Le premier Syrien astronaute est aujourd’hui un réfugié par Jesselyn Cook

Article  •  Publié sur Souria Houria le 24 février 2017

Le premier Syrien astronaute est aujourd’hui un réfugié

on The World Post

article publié sur le site de Souria Houria le 22 février 2017 – traduit de l’anglais par Marcel Charbonnier

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Le premier Syrien astronaute Muhammad Faris

Muhammad Faris est le premier et le seul Syrien à avoir été envoyé dans l’espace. Sélectionné pour faire partie de l’équipe d’une mission spatiale soviétique dans les années 1980, il avait été reçu en héros à son retour dans sa patrie. Mais ce héros national syrien vit aujourd’hui en tant que réfugié à Istanbul, car il a été contraint de fuir le déchaînement de violence à Alep durant la première année d’insurrection de cette ville.

Alors qu’il a naguère survolé la Terre à une altitude de plusieurs centaines de kilomètres, l’ex-astronaute Muhammad Faris (64 ans) se retrouve comme s’il avait atterri au milieu de l’une des pires crises humanitaires sur notre planète, indique le site de The WorldPost. Faris, qui fut le premier Syrien à voler dans l’espace, est aujourd’hui réfugié en Turquie.

Ce natif d’Alep vit aujourd’hui dans un immeuble lépreux d’Istanbul avec son épouse et leurs trois enfants, explique le quotidien britannique The Guardian.

« J’ai vu la Terre depuis l’espace. La Terre, on dirait une balle : elle n’a pas de frontières », a dit Fares à l’Agence Associated Press lors d’une interview réalisée dans la ville turque de Bursa. « Et c’est merveilleux, parce que, dans l’espace, il n’y a pas de grillages et de portails entre les pays. Depuis là-haut, la Terre semble un foyer, une seule famille… ».

Fares était colonel dans l’Armée de l’Air syrienne lorsqu’il fut sélectionné afin de faire partie d’une mission spatiale soviétique dans la station Mir, en 1987, ce qui fait de lui le premier et seul Syrien à avoir été envoyé dans l’espace à ce jour.

À son retour de cette expédition qui avait duré une semaine, Fares avait été distingué des prestigieux Ordre de Héros de l’URSS et Ordre de Lénine par le Comité central du Parti communiste de l’Union soviétique. Rentré chez lui, en Syrie, il fut employé par le gouvernement syrien en tant qu’instructeur aéronautique et que conseiller militaire

Quand la Révolution syrienne éclata, en 2011, explique Fares, sa femme et lui, ils ont participé aux manifestations pacifiques anti-Assad à Damss. Ayant été les témoins de brutalités extrêmes de la part de l’armée syrienne, il prit la décision de fuir en Turquie, en 2010, un pays où Fares vit encore aujourd’hui en tant que réfugié, avec son épouse et leurs enfants.

« Cela fut une décision difficile. Au lieu de vivre là-bas, en Syrie, en tant que « héros », alors que mon peuple souffrait, j’ai préféré vivre dans les dures conditions de l’exil, mais en pouvant conserver mon honneur », a-t-il déclaré au quotidien turc en anglais Daily Sabah.

Aujourd’hui, Fares s’efforce d’user de son prestige pour exhorter les dirigeants de l’Union européennes à mettre un terme à la crise des réfugiés qui connaît ne cesse de s’aggraver très rapidement en mettant un terme à la gouvernance autocratique du président syrien Bashar al-Assad.

« Aux Européens, je leur dis que s’ils ne veulent pas être submergés par les réfugiés, ils doivent nous aider à nous débarrasser de ce régime », a-t-il expliqué à l’Associated Press.

Le quotidien britannique The Guardian indique que Fares apporte des prestations de conseil militaire au gouvernement turc, de manière régulière.

En dépit de ses liens avec l’ère soviétique, Fares critique véhémentement l’intervention de Moscou dans la guerre civile syrienne. Il a décliné toutes les invitations qu’il a reçues, ces derniers temps, à participer à divers événements officiels en Russie.

« Je leur ai répondu que je ne pourrais accepter leur invitation qu’à la seule condition qu’ils cessent de soutenir Assad. Il est impossible, pour moi, de leur serrer la main, alors qu’ils sont en train de perpétrer toutes les cruautés imaginables », a-t-il indiqué, en 2015, au quotidien turc Habertürk.

« Ces Russes, ce sont des tueurs, des criminels et de soutiens d’assassins », déclarera un peu plus tard Faris au Guardian.

La Russie a sans doute tué davantage de civils que les hommes de l’ainsi appelé État Islamique, en recourant à des bombardements aériens qui ont commencé en septembre 2015 à la demande du gouvernement syrien pour combattre les djihadistes, (mais aussi) les groupes rebelles. Depuis le début du conflit, il y a de cela cinq ans, près d’un demi-million de personnes ont perdu la vie, indique le Centre Syrien de Recherches Politiques.

 

Au minimum 7,6 millions de Syriens qui ont été déplacés à l’intérieur du pays, tandis que plusieurs millions d’entre eux ont fui le pays, selon une estimation réalisée (en 2015) par l’ONU. Des centaines de milliers de réfugiés syriens ont demandé l’asile politique en Europe, qui continue à renforcer ses frontières aujourd’hui surpeuplées.

« Mon rêve, c’est de pouvoir retourner dans mon pays, de m’asseoir dans mon jardin et de regarder mes enfants jouer dehors sans avoir à craindre les bombes », nous a confié Faris, qui garde l’espoir de pouvoir un jour retourner chez lui, en Syrie : « Ce jour, nous le verrons – c’est pour moi une certitude ! ».

 



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