«Le régime d’Al-Assad doit sa survie depuis deux ans à son crime de la Ghouta» – par Hala Kodmani

Article  •  Publié sur Souria Houria le 22 août 2015
Ancien capitaine de l’armée de l’air syrienne, Abdelnasser Ayed, 40 ans, a été limogé en 2009 après treize ans de service dans les bases aériennes de la région d’Alep. Aujourd’hui expert militaire et romancier, il vient d’obtenir l’asile en France. Il suit avec acharnement depuis deux ans le dossier des armes chimiques syriennes.
Que sait-on de plus à propos de la frappe chimique du 21 août 2013 ?

Tous les détails ont été très précisément rapportés, décrits et vérifiés, aussi bien par les inspecteurs de l’ONU que les enquêtes d’ONG reconnues comme Human Rights Watch ou Médecins sans frontières, qui se sont appuyés sur des témoignages des victimes et des médecins sur place. Dans la nuit du 20 au 21 août, à partir de 3 heures, des dizaines d’obus de 330 mm et de missiles sol-sol de fabrication soviétique chargés de gaz sarin liquide se sont abattus sur plusieurs localités de la banlieue de Damas, tenues par l’opposition. Des milliers de familles ont été atteintes dans leur sommeil par les substances toxiques. Au lieu de sanctionner les coupables, la communauté internationale a failli à tous ses principes et s’est attachée uniquement à supprimer l’arme du crime, à travers l’accord sur la livraison de l’arsenal chimique syrien. Le régime doit sa survie depuis deux ans à son crime.

Pourquoi le régime a-t-il décidé de franchir la ligne rouge tracée par Obama ?

Ses forces étaient en très mauvaise posture à ce moment-là et les groupes rebelles préparaient une offensive d’envergure contre Damas. Le recours aux armes chimiques était destiné à briser les rangs de l’opposition et causer un choc mondial pour rebattre les cartes. Techniquement, trois hommes et quelques heures suffisent à charger les missiles de sarin liquide. Les Russes ont sans doute été avertis avant la frappe puisqu’ils auraient à répondre de l’action de leur allié face à la communauté internationale et qu’ils sont les premiers fournisseurs des capacités chimiques de l’armée syrienne.

Comment expliquez-vous l’accord russo-américain intervenu au moment où des frappes occidentales étaient imminentes ?

C’est le fruit d’un chantage diabolique du régime Al-Assad, avec les Russes à la manœuvre. En déclarant qu’il détenait un arsenal chimique de 1 300 tonnes qu’il était prêt à livrer à la destruction dans le cadre d’un accord international, il a gagné sur tous les tableaux. Il signifiait tout d’abord que sans lui, ces quantités de produits toxiques réparties à travers le territoire syrien tomberaient aux mains de toutes sortes d’irresponsables. Il a surtout retrouvé une légitimité, y compris auprès des pays qui le rejetaient, en signant un accord international. Il a pu ainsi se remettre en selle, regagner du terrain en faisant un usage massif d’armes non interdites, comme les barils de TNT, aux effets ravageurs. Dans le même temps, l’opposition a perdu toute crédibilité, ses forces se sont décomposées et on a assisté à l’émergence de Daech [l’autre nom de l’Etat islamique, ndlr].

Aujourd’hui, la question des armes chimiques revient avec de récentes attaques au chlore. L’occasion d’un rattrapage ?

Ce pourrait être plutôt l’occasion d’un nouveau grand marchandage. Contrairement aux gaz sarin ou moutarde, que seule l’armée syrienne détenait, le chlore est disponible, même dans des zones tenues par l’opposition. Son utilisation récente dans des barils largués par les hélicoptères du régime sur Alep est documentée, mais on peut aussi émettre des doutes sur son usage par certaines forces d’opposition.

La question des armes chimiques serait-elle une clé pour la solution du conflit syrien ?

Elles sont le capital de dissuasion d’Al-Assad. Une arme de chantage massif pour rester en place ou, au pire, pour négocier une sortie dans l’impunité internationale. Le régime peut très bien transmettre son message au monde : «Vous ne pouvez pas vous passer de moi contre les terroristes.» Il reste un ­espoir : que la conscience d’Obama se réveille à la fin de sa présidence en signant un accord international. Il a pu ainsi se remettre en selle, regagner du terrain en faisant passer un message au monde: « Vous ne pouvez pas vous passer de moi contre les terroristes. » Il reste un espoir: que la conscience d’Obama se réveille à la fin de sa présidence.

sosurce : http://www.liberation.fr/monde/2015/08/21/le-regime-d-al-assad-doit-sa-survie-depuis-deux-ans-a-son-crime-a-la-ghouta_1367010

date  21/08/2015



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