Les athlètes syriens, porte-drapeau involontaires du régime de Damas – par Ségolène Allemandou

Article  •  Publié sur Souria Houria le 27 juillet 2012

À Londres, dix athlètes porteront les couleurs de la Syrie. La délégation olympique composée de 28 membres a été reçue par le président Bachar Al-Assad avant de quitter Damas la semaine dernière. Leur participation aux Jeux fait l’objet de diverses polémiques car aux yeux du monde entier, ces sportifs représentent le régime syrien qui réprime dans le sang la rébellion depuis mars 2011.

Les athlètes, eux, se défendent de venir à Londres pour faire de la politique. Ils entendent montrer une autre image de leur pays. « Ce serait formidable d’entendre l’hymne national syrien résonner à Londres, a raconté à l’AFP Ghofrane Mohammed, qui, à 23 ans, participe pour la première fois à des Jeux. Le monde entier saura que nous avons pu nous entraîner et participer malgré la crise. » La nageuse Bayan Jomaa, 18 ans, assure que les athlètes sont focalisés sur les résultats sportifs. « Nous essaierons d’éviter la politique. Nous sommes des sportifs », affirme-t-elle.

Selon l’esprit des Jeux, les concurrents ne sont pas là pour représenter un régime politique, rappelle Mustapha Kessous, auteur de l’ouvrage « Les 100 histoires des Jeux olympiques ». L’article 6 de la Charte olympique indique clairement que « les Jeux olympiques sont des compétitions entre athlètes, en épreuves individuelles ou par équipes et non entre pays ».

Pourtant, l’histoire a montré que la politique était toujours liée aux Olympiades. En 1896, lors des premiers Jeux olympiques de l’ère moderne, la Turquie a refusé d’y participer car ils se déroulaient en Grèce, pays avec lequel Ankara entretenait des relations diplomatiques difficiles. En 2004, à Athènes, le judoka iranien Arash Miresmaeili, double champion du monde (2001 et 2003) en moins de 66 kg, avait refusé de combattre son adversaire israélien Ehoud Vaks, « par sympathie pour les souffrances du peuple palestinien ». Il faut attendre les Jeux de 1992 pour constater aucun boycott, précise Mustapha Kessous.

« Ils sont piégés par le régime syrien »

Cette année, le gouvernement britannique a mis en pratique les sanctions européennes contre le régime syrien en place en refusant d’accorder un visa au président du comité olympique syrien, Mouwaffak Joumaa, proche du président et général au sein de l’armée syrienne. Ce dernier, « fier d’appartenir à l’armée syrienne », a fustigé un « complot » contre la Syrie et a affirmé que ses athlètes participeraient aux JO pour prouver « leur attachement au pays et à sa direction ». Également président de l’Union générale sportive en Syrie, il a critiqué une « violation des conventions olympiques ».

À leur arrivée à Londres, mercredi 25 juillet, toute la délégation syrienne a signé le mur de la Trêve olympique destiné à promouvoir la paix dans le monde. Un geste hautement symbolique, même si, pendant ce temps, en Syrie, l’armée régulière continuait de bombarder Alep, la deuxième ville du pays, où des rebelles sont retranchés.

Selon le coordinateur général de l’Association des athlètes libres syriens (FSAA) Muh’d Yaser Alhallak, les athlètes syriens n’ont pourtant pas d’autre choix que de représenter la Syrie. « Je sais que deux d’entre eux soutiennent le régime, les autres préfèrent garder le silence ou afficher leur soutien par peur de représailles, explique-t-il. Ils sont piégés par le régime qui les utilisent à des fins politiques. Il faut les comprendre, ce sont des sportifs qui rêvent comme n’importe quel athlète de participer aux Jeux. »

Ahmad Hamcho, cavalier syrien et neveu de Maher Al-Assad, considéré comme le numéro 2 du régime.

Parmi ces dix Syriens, un athlète a toutefois ouvertement pris position dans les médias britanniques sur la situation dans son pays. « Nous [les sportifs] devons représenter non seulement la Syrie mais aussi et surtout Bachar al-Assad qui reste notre président. Il ne fait rien de mal, il ne cherche qu’à nous protéger de groupes terroristes », a déclaré le 25 juin dans les colonnes du Times Ahmad Hamcho, engagé en saut d’obstacles. Des propos « inacceptables », s’insurge un opposant syrien vivant en France, Rabee al-Hayek, qui a depuis lancé une pétition pour demander auprès des instances olympiques son exclusion des Jeux de Londres.

Ahmad Hamcho, cavalier de 19 ans, n’est autre que le fils de Mohammad Hamcho, accusé d’être l’un des financiers du régime Assad et qui fait l’objet de sanctions américaines et de l’Union européenne (UE). Il est également le neveu de Maher al-Assad, considéré comme le numéro deux du régime et le chef d’orchestre de la répression sanglante qui a coûté la vie à 19 000 personnes au cours des 16 derniers mois, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme.

« La position honteuse du CIO »

« Le problème, c’est surtout qu’il affiche ouvertement son soutien au président syrien », précise Rabee al-Hayek qui appuie sa demande sur l’article 2 de la charte des Olympiades, selon lequel l’objectif des jeux est de « placer le sport au service d’un développement harmonieux de l’humanité et de promouvoir des sociétés pacifiques qui chercheraient à préserver la dignité humaine ». « En attendant, le nombre de sportifs martyrs ne fait qu’augmenter : 23 ont été tués, 6 blessés et 38 emprisonnés depuis le 15 mars 2011 parce qu’ils ont fait défection au régime », ajoute l’opposant au régime.

Rabee al-Hayek, qui dit avoir récolté 5 000 signatures, s’insurge devant « la position honteuse » du Comité international olympique (CIO) « qui préfère fermer les yeux et se boucher les oreilles ». De son siège de Lausanne, l’intéressé se dit « très clair sur le fait que les Jeux olympiques ne sont pas l’endroit pour faire des déclarations politiques et nous sommes persuadés que les comités nationaux olympiques et les athlètes en sont conscients et feront en sorte de respecter ces règles lors des compétitions à Londres ».

LES DIX ATHLÈTES SYRIENS

Bayan Jomaa (natation) ; Azad Barazi (natation) ; Wissam Salamana (boxe) ; Omar Hassanein (cyclisme) ; Majd Gazal (athlétisme) ; Gwfran Muhammad (athlétisme) ; Ahmad Hamsho (équitation) ; Ahd Jegali (haltérophilie) ; Thoraya Sobh (haltérophilie) ; Raya Zen Aldein (tir).

source : http://www.france24.com/fr/20120726-athletes-syriens-porte-drapeaux-regime-CIO-politique



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