Les chrétiens syriens, entre la tyrannie du régime et le terrorisme des groupes radicaux – par Ignace Leverrier

Article  •  Publié sur Souria Houria le 30 décembre 2014

Pour marquer sa solidarité avec les Syriens chrétiens à l’occasion de la fête de Noël, le Réseau syrien des Droits de l’Homme (RSDH) a diffusé, le 27 décembre, un rapport sur Les détenus chrétiens syriens entre la tyrannie des forces gouvernementales et le terrorisme des organisations radicales.

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Dans son introduction, il rappelle que les chrétiens, comme les membres des autres « minorités confessionnelles », sont nombreux parmi les écrivains, politiciens, activistes, journalistes ou humanitaires qui constituent autour de 90 % de l’ensemble des Syriens aujourd’hui détenus dans les prisons et autres geôles des Services de Renseignements. Il avait d’ailleurs consacré plus tôt un rapport entier aux exactions dont les membres de la communauté assyrienne luttant pour leur existence et la liberté étaient victimes dans leur pays.

Il regrette également que, cédant à la propagande officielle, les instances internationales, du Conseil de Sécurité de l’ONU au Comité international de la Croix Rouge, aient rapidement adopté un vocabulaire inadapté à la réalité d’une révolution qui n’était pas la « guerre civile » voulue et encouragée par le régime de Bachar al-Assad, mais une révolte populaire contre un pouvoir illégitime et despotique.

Il reconnaît et déplore que, en raison d’une répression dont la sauvagerie inouïe a été délibérément ignorée par la communauté internationale, des groupes radicaux aient fini par apparaître et par donner raison aux prophéties les plus sinistres des responsables syriens.

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1. Selon les chiffres dont dispose le Réseau, les forces gouvernementales ont arrêté au moins 450 chrétiens de diverses confessions, parmi lesquels une petite trentaine de femmes. Près de 40 % d’entre eux – 185 dont 19 femmes – ont été remis en liberté. Sur les 265 chrétiens encore prisonniers, plus de la moitié sont considérés comme des « disparus de force », c’est-à-dire des détenus sur lesquels personne ne dispose d’information de quelque nature que ce soit. Il n’y a pas lieu de penser, si l’on se fie aux déclarations des chrétiens libérés, qu’ils échappent aux multiples formes de torture – le RSDH en a naguère répertorié une cinquantaine – auxquelles les enquêteurs et les geôliers du régime ont recours de façon ordinaire. Parmi les chrétiens les plus connus actuellement sous les verrous, il cite les noms de

– l’ingénieur Gabriel Mouche Kouriyeh, responsable du bureau politique de l’Organisation Démocratique Assyrienne (ODA),
– Saïd Malki, vice-président de l’Union Syriaque (US),
– Roubil Baho, membre de la même Union Syriaque,
– le Dr Samir Yousef Ibrahim, membre dirigeant de l’ODA,
– l’avocat Khalil Maatouq, défenseur de nombreux prisonniers politiques et directeur exécutif du Centre syrien d’Etudes et de Recherches juridiques,
– Mme Ibtisam Soukriyeh…

2. S’agissant des groupes radicaux, le RSDH rappelle que, directement ou indirectement, ils ont contraint à la fuite les populations de certaines localités tombées entre leurs mains dans les gouvernorats de Raqqa, Deïr al-Zor, Hassakeh et Alep. Il mentionne en particulier

– le père jésuite Paolo Dall’Oglio, qui a été arrêté le 7 juillet 2013 par l’Etat islamique et dont le sort est depuis lors inconnu,
– le père franciscain Hanna Moussa, enlevé par le Front de Soutien le 5 octobre 2014 mais libéré quatre jours plus tard,
– les religieuses orthodoxes de Maaloula, enlevées et échangées contre des activistes retenues en prison par les autorités syriennes…

3. Le Réseau syriens des Droits de l’Homme rappelle également que deux évêques, Mgr Boulos Yaziji et Mgr Grigorios Yohanna Ibrahim, font partie de la dizaine de personnalités chrétiennes enlevées dans les régions sous le contrôle de l’opposition armée dans les gouvernorats d’Idlib et Alep.

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Dans ses recommandations, le Réseau appelle en conséquence  à placer la question des arrestations illégales et celle de la torture des détenus en tête des priorités de toute action politique et de toute négociation. Et il réclame d’exercer des pressions directes sur le gouvernement syrien en vue d’obtenir la remise en liberté de l’ensemble des prisonniers politiques ne s’étant rendus coupables d’aucun crime ou délit.

http://syrie.blog.lemonde.fr/2014/12/28/les-chretiens-syriens-entre-la-tyrannie-du-regime-et-le-terrorisme-des-groupes-radicaux/



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