Les derniers atouts de Bachar al-Assad – Par MARC SEMO, JEAN-PIERRE PERRIN

Article  •  Publié sur Souria Houria le 3 février 2012

Alors que le Conseil de sécurité cherche à trouver une issue à la crise, la situation en Syrie demeure complètement bloquée et risque de s’aggraver encore, le régime cherchant à provoquer une guerre civile.

Le plan de sortie de crise de la Ligue arabe est-il applicable ?

Sans doute pas. Adopté il y a une semaine, ce plan, dont les grandes lignes sont reprises dans le projet de résolution des Nations unies, appelle le président Bachar al-Assad à transférer «toute son autorité à son vice-président», en vue d’une transition démocratique et de la formation d’un gouvernement d’union nationale. Cette initiative découle du constat que ni l’opposition ni le pouvoir alaouite ne sont capables de l’emporter. D’où la crainte de l’Arabie Saoudite, dont le poids est déterminant au sein de la Ligue, d’un enlisement du conflit avec des possibilités de guerre civile et des risques d’embrasement pour toute la région. Aussi la Ligue a-t-elle imaginé cette troisième voie pour sortir de l’impasse. Le président syrien sortirait donc du jeu mais le régime perdurerait. Ce plan fait le pari qu’une partie du régime syrien ne serait pas hostile à des réformes démocratiques et qu’une telle solution pourrait rassurer Moscou, qui ne veut pas entendre parler de la chute de l’actuel pouvoir. Un pari des plus incertains, d’autant plus qu’il table sur un départ volontaire de Bachar al-Assad. Or, jusqu’à présent, c’est lui le maître du pays et il n’entend pas céder une once de son pouvoir. Une révolution de palais pourrait rendre cette hypothèse moins improbable. C’est ce sur quoi tablent les Américains. Mais il y a peu de dissensions connues au sommet de la chaîne de commandement. Cependant, le retour précipité dimanche à Damas de la Garde républicaine (la garde prétorienne du pouvoir) et de la 4e division blindée, que commande Maher, le frère de Bachar, pourrait s’expliquer par des problèmes au sein du régime. Davantage que par la crainte de l’Armée syrienne libre.

Sur quels alliés peut compter la Syrie ?

Même si Téhéran a formulé quelques critiques sur la façon dont Damas gérait la crise, l’Iran reste un soutien indéfectible, fournissant au régime aide financière et assistance pour la contestation, comme le montre la récente saisie par la police turque d’un camion d’armes venues d’Iran à destination de la Syrie. Le Hezbollah libanais n’aimerait pas non plus voir chuter le régime, ce qui le priverait de toute une profondeur stratégique qu’il utilise notamment pour recevoir des missiles iraniens. Le Parti de Dieu étant associé au gouvernement libanais, celui-ci peut aussi être compté parmi les amis de Damas même si le Premier ministre, Najib Mikati, un sunnite, cherche parfois à prendre ses distances. Très proche de l’Iran, l’actuel gouvernement irakien de Nouri al-Maliki, dominé par les chiites, tient aussi à ce que les alaouites, un rameau du chiisme, conservent le pouvoir à Damas, même s’il a voté le plan de la Ligue arabe. Le mois prochain, c’est au tour de Bagdad d’assurer la présidence de la Ligue arabe et sans doute tentera-t-il de promouvoir une position moins tranchée de cette organisation envers la Syrie. Damas l’espère.

Une intervention internationale est-elle possible ?

«Ce n’est pas à l’ordre du jour», répète-t-on avec réalisme aussi bien à Paris qu’à Londres et Washington. Instruites du précédent libyen, la Russie et la Chine sont particulièrement vigilantes et bloqueront tout texte autorisant d’une manière ou d’une autre un recours à la force même dans le seul but de protéger les populations civiles. Le régime syrien dispose en outre d’alliés puissants, dont l’Iran. Toute ingérence militaire extérieure, a fortiori occidentale, ne pourrait que rendre la situation régionale encore un peu plus explosive. Mais, au sein même de la Ligue arabe, les pays les plus mobilisés contre Damas n’hésitent pas à évoquer le sujet. «Il faudrait envoyer des troupes [arabes, ndlr] pour arrêter le bain de sang», déclarait ainsi mi-janvier à la chaîne CBS le cheik Hamad al-Tani, émir du Qatar, dont le pays préside actuellement la Ligue arabe. Cet Etat avait déjà été en pointe dans le renversement de Kadhafi. Un tel déploiement de forces, même arabes, semble improbable à la fois en raison de l’opposition du régime syrien et de la difficulté pour les pays concernés de créer une force commune. C’est aussi pourquoi les projets de «corridors humanitaires» ou de «zone de protection pour les civils», brièvement évoqués en novembre par Alain Juppé, ont été depuis abandonnés, car ils impliquent s’il n’y a pas d’accord de Damas, une protection armée internationale.

Quel est le rôle de la Turquie ?

Ferme soutien de son «ami» Bachar al-Assad pendant les premiers mois de la révolte, tout en l’appelant à ouvrir des réformes, le Premier ministre islamo-conservateur turc Recep Tayyip Erdogan a effectué dès juin une volte-face, dénonçant, avec toujours plus de virulence, la répression menée par «un régime engagé dans une guerre injuste contre son propre peuple». Plusieurs conférences du Conseil national syrien ont eu lieu à Istanbul, et la Turquie accueille sur son sol le colonel Assad, le chef de l’Armée de libération syrienne. «Si une tragédie humanitaire se passe sous nos yeux et si l’ONU entreprend une action, nous sommes prêts à collaborer», affirmait la semaine dernière Ahmet Davutoglu, le ministre des Affaires étrangères d’une Turquie toujours plus décidée à s’affirmer comme une puissance régionale, à la fois pilier du flanc sud-est de l’Otan et grand pays musulman sunnite soutenant totalement dans cette crise la stratégie du Qatar. Principal partenaire commercial de Damas avant la révolte, Ankara sait être incontournable. «Sans la Turquie, on ne pourra rien faire en Syrie mais, à elle seule, elle ne réglera pas le problème», résume un diplomate occidental.

source: http://www.liberation.fr/monde/01012387209-les-derniers-atouts-de-bachar-al-assad



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