Les manifestations de soutien à la Révolution se poursuivent en Syrie… et à Paris – par Ignace Leverrier

Article  •  Publié sur Souria Houria le 6 mai 2013

Sous le slogan « Vos lignes rouges assassinent les Syriens« , des habitants de nombreuses villes et bourgades de Syrie se sont rassemblés, vendredi 3 mai. Ils ont adressé des messages à l’ensemble du monde, en particulier au président américain, pour dénoncer le silence et les lignes rouges fictives qui contribuent en réalité à la mort d’un nombre croissant de leurs concitoyens.

« Grâce à vos lignes rouges,
al-Bayda a pris la teinte du sang de ses martyrs »
(Raqqa, 3 mai 2013)

Les Comités Locaux de Coordination avaient confectionné pour cette occasion des banderoles et des panneaux tournant en dérision la position de Barack Obama. Ils reprochaient au chef de l’exécutif américain de n’avoir offert aux Syriens que de belles paroles et de s’être montré incapable de faire cesser les tueries commises par le régime contre le peuple syrien en révolte.

Dans la plupart des gouvernorats du pays, les révolutionnaires ont laissé libre cours à leur colère pour le bombardement du pont suspendu de Deïr al Zor, désormais considéré comme une voie symbolique menant les martyrs au paradis. Ils se sont également étonnés de voir des Syriens tués par des Libanais, alors qu’ils leur avaient ouvert les bras et offert l’abri de leur pays lors de la « guerre de juillet » (2006). Enfin ils ont ironiquement interrogé Hasan Nasrallah sur le contenu de son dernier discours.

« Par quelle ironie du sort, les Syriens sont-ils assassinés
par ceux qu’ils ont accueillis comme réfugiés lors de la guerre de juillet ? »
(Al-Zafaraneh, 3 mai 2013)

Répondant par le mépris au silence international, aux promesses mensongères et à l’aveuglement volontaire sur les massacres hideux qui venaient d’être commis à Banias et dans ses environs, les Syriens ont tenu à affirmer, en se rassemblant encore une fois de manière pacifique, qu’ils resteraient dans leur pays pour le libérer par eux-mêmes.

Les Comités Locaux de Coordination ont dénombré 236 manifestations.

Pour la troisième semaine consécutive, c’est le gouvernorat de Deïr al Zor qui arrive en tête de la mobilisation, avec 54 rassemblements au cours desquels les manifestants ont juré de « reconstruire de leurs mains le pont suspendu » et promis de « poursuivre leur révolution jusqu’à l’obtention de leur liberté« .
A Idlib, Les participants aux 47 manifestations ont apporté leur « soutien aux familles des martyrs d’al-Bayda« , à Banias.
Durant les 38 rassemblements organisés à Damas et dans ses environs, les révolutionnaires se sont interrogés sur « les limites des lignes rouges de Barack Obama« .
A Alep, ceux qui participaient aux 31 manifestations ont affirmé que « la révolution pour la liberté et la dignité est une révolution contre le confessionnalisme et non une révolution confessionnelle ».
Les 29 manifestations de Hama ont été l’occasion pour les protestataires d’affirmer que « ce sont les Syriens et personne d’autre qui doivent décider de leur sort« .
A Raqqa, où 17 manifestations ont été organisées, les slogans ont rendu « hommage aux unités de l’Armée Syrienne Libre oeuvrant dans le respect des principes moraux de la révolution« .
Les manifestants regroupés à Daraa dans 11 emplacements différents ont demandé à « Ghassan Hitto où était son gouvernement provisoire« .
A Homs, 5 rassemblements, les révolutionnaires ont tourné en « ridicule la récente intervention de Hasan Nasrallah« .
A Hassakeh, enfin, les participants aux 4 manifestations ont exprimé leur « soutien aux villes syriennes dévastées« .

« Jdaydet al-Fadl pleure al-Bayda.
Al-Bayda redoute de pleurer bientôt pour d’autres.
Les massacres rendent la Syrie plus forte que tous »
(Alep, 3 mai 2013)

Si le nombre total des manifestations est relativement facile à établir, celui des manifestants reste problématique. Semaine après semaine, l’un et l’autre sont incontestablement en baisse. Chassés de leurs villes et villages par la politique de la terre brûlée mise en œuvre par le chef de l’Etat, des centaines de milliers de Syriens, pour la plupart favorables à la révolution, ont été chassés de chez eux ou contraints de se réfugier à l’étranger. Les difficultés de la vie quotidienne et l’impossibilité d’accéder aux soins pour les blessés contribuent à dissuader de nombreux Syriens à participer à des attroupements pris pour cibles par le régime. Epuisés par un conflit qui s’éternise, doutant de son issue ou effrayés par la nature de l’alternative qu’ils perçoivent, d’autres ont rejoint, au moins dans leur réticence à participer désormais à des manifestations, les rangs des indécis.

La sauvagerie de la répression mise en œuvre par les partisans de Bachar Al Assad restant ce qu’elle est, la diminution du nombre des manifestants et des manifestations est moins étonnante que le courage des milliers de Syriens qui, plus attachés à la liberté et à la dignité qu’à leur propre vie, n’ont pas renoncé et affirment qu’ils ne renonceront jamais à exiger le départ du « traitre qui tue son peuple », condition pour eux sine qua non du retour de la démocratie en Syrie.

Manifestation à Paris en solidarité avec la révolution en Syrie

Pour encourager les Syriens engagés en Syrie dans cette guerre d’indépendance et de libération, le Comité de Coordination de Paris pour le Soutien à la Révolution Syrienne invitent ceux qui le peuvent au rassemblement qu’il organise, samedi 4 mai, de 15h00 à 18h00, au pied de la Fontaine de Innocents, près des Halles sous le slogan « Je suis la Syrie. Je ne suis pas minorité« .

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Ils m’ont divisée en peuples et en tribus.
Ils m’ont classée en majorité et minorités.
En Occident comme en Orient, on fait commerce de mon nom.
Le sang de mes enfants fait l’objet de surenchères.

Celui-la se soucie des minorités,
Celui-ci évoque la majorité,
Comme si l’Euphrate coulait en Chine
et le Barada se jetait dans la mer à Paris,
Comme si les plaintives norias de Hama se lamentaient à Londres
et la Vallée des Chrétiens était un parc de Washington,
Comme si la grande mosquée des Omeyades et l’église d’Oum el-Zounnar
se dressaient au cœur de Madrid.

Assez de mensonges.
Assez de calomnies et de disputes.
Aidez- moi tout entière, ou bien taisez-vous.
Je ne suis pas minorité.
Je suis la Syrie.

source : http://syrie.blog.lemonde.fr/2013/05/04/les-manifestations-de-soutien-a-la-revolution-se-poursuivent-en-syrie-et-a-paris/

date : 04/05/2013



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