Les Syriens dépossédés de leur guerre de libération par les forces étrangères – de Victorine Tolmos

Article  •  Publié sur Souria Houria le 26 juin 2016

La guerre en Syrie mobilise de nombreux acteurs étrangers. François Burgat, spécialiste du monde arabe et Thomas Pierret, spécialiste belge de l’Islam sunnite et de la Syrie étaient récemment en débat à la Villa Méditerranée.

Présents à la Villa Méditerranée mardi 10 mai, François Burgat et Thomas Pierret, ont détaillé le parcours des différentes puissances, leur intérêt et leur vision par rapport à ce conflit. La guerre syrienne a été régionalisée et internationalisée. Cette crise s’est construite sur l’éclatement du lien national. Des liens alternatifs sont alors apparus permettant à chacun de trouver son intérêt. Pour François Burgat, quatre camps s’affrontent en Syrie : l’opposition, le régime, les Kurdes et Daesh. Un des tournants de cette crise est le changement de rapport de force entre le désengagement des « amis de la Syrie » et des défenseurs de l’opposition. Cette crise syrienne n’est plus un corolaire du printemps tunisien selon le spécialiste. Elle va marquer un changement d’époque.

 Intervention russo-iranienne : entre ambitions et sacrifices

Thomas Pierret s’est focalisé sur la période d’intervention russo-iranienne à partir de l’automne 2015. Le régime syrien souffre d’un manque d’effectif : le plan militaire s’appuit sur la minorité alaouite et le régime est en manque de soldats. Cette incapacité à défendre les villes va précipiter l’intervention des Russes. Les Iraniens, quant à eux, sont intervenus très tôt dans le pays de manière « directe-indirecte » en 2013, selon Thomas Pierret, via des milices chiites libanaises, irakiennes et des combattants Afghans (réfugiés afghans chiites). En 2015, l’armée régulière iranienne intervient dans la région d’Alep, au nord-ouest de la Syrie. L’Iran et la Russie veulent maintenir Bachar Al Assad au pouvoir. Leurs intérêts en Syrie ne peuvent être préservés que par le maintien du régime en l’état : les Iraniens défendent les joyaux de la couronne du Hezbollah Libanais, force militaire considérable, qui a tenu tête à Israël en 2006. L’Iran a investi politiquement, économiquement et militairement dans le Hezbollah. Celui-ci ne peut survire que si un régime allié contrôle les régions syriennes limitrophes du Liban. La Russie et l’Iran ne sont pas satisfaits des accords de Genève qui prévoit une transition politique, selon Thomas Pierret. Ils veulent aider Bachar Al Assad à garder le contrôle de l’ouest de la Syrie mais ni l’Iran ni la Russie n’est prêt à consentir les sacrifices nécessaires pour prendre l’est.

Pourtant, des différences demeurent entre les deux pays. L’Iran défend ce qui est perçu comme ses intérêts vitaux. Pour la Russie, l’intervention en Syrie est « un luxe, une sorte de caprice » déclare le spécialiste belge. La Russie ne défend pas d’intérêts vitaux mais créée en revanche des intérêts stratégiques. Elle n’est pas prête au même niveau de sacrifices économiques et humains que l’Iran. La divergence totale entre la Russie et l’Iran reste la question kurde. « La Russie prend un malin plaisir à agiter la carte des séparatistes kurdes en Syrie dans le cadre de sa rivalité avec la Turquie » ajoute Thomas Pierret, « La Russie a permis au PKK d’ouvrir une représentation officielle à Moscou et s’en amuse beaucoup contrairement à l’Iran qui possède sa propre question kurde » déclare le spécialiste, « Le grand mouvement séparatiste kurde en Iran, PJAK, est la branche iranienne du PKK. Il en va de l’intégrité territoriale de l’Iran lui-même » conclut-il.

 Les puissances alliées de la Syrie

De nombreuses puissances prennent part au conflit syrien. Le soutien régional à l’opposition est devenue une « tache ingrate. » Selon Thomas Pierret, en terme économique soutenir les rebelles syriens n’est pas important. Les pays du Golfe ne veulent pas offrir la Syrie à l’Iran pour des questions de légitimité. L’Arabie Saoudite, quant à elle, s’est engagée dans un programme de réforme dans le but de réduire les aspects redistributifs de l’Etat saoudien. La Turquie a besoin d’un contre poids face aux Kurdes. L’Etat islamique a joué ce rôle et a signé le pacte de non agression avec la Turquie. Il a été rompu depuis l’année 2016 : l’Etat Islamique a commis des attentats contre l’économie Turque et a mené des tirs de roquettes à la frontière de la Turquie. Le pays a aussitôt changé de camp et s’est mis à soutenir les rebelles syriens dans le but d’éjecter l’Etat islamique de la zone frontalière. Les autres alliés de la Syrie sont les Etats-Unis qui mène « une politique américaine incohérente au niveau du conflit » d’après Thomas Pierret. Les américains interviennent peu sur le dossier syrien. Ils veulent éviter la confrontation et abandonnent peu à peu leur revendication pour le départ de Bachar Al Assad du pouvoir. Des différences significatives avec la France, qui préserve l’idée qu’une transition politique doit mener au départ du président syrien.

Le conflit syrien : une aubaine pour la création d’un Etat kurde

Les Kurdes représentent une tierce partie dans la crise syrienne. Ils ont une attente nationale qui n’a pas été satisfaite par l’attribution d’un Etat. Ce conflit leur permet de prendre du pouvoir en vue de créer un foyer au nord de la Syrie. Des guerres éclatent alors entre kurde, opposition et régime syrien. Des arrangements de coexistence entre l’administration kurde et le régime ont été trouvés après plusieurs jours de combats entre les deux parties. Les Kurdes se sont emparés des régions à majorité arabes grâce au soutien international américain et russe.
Dans ce contexte, de nombreuses chancelleries européennes ont tiré un trait sur le maintien d’une Syrie unie et constituée par un seul Etat…

ée.



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