L’Etat islamique assassine un animateur télé en Turquie – par Hala Kodmani

Article  •  Publié sur Souria Houria le 15 avril 2016
Le 30 octobre 2012, Zaher al-Sherqat lors d'un festival à Al-Bab, en Syrie.

Le 30 octobre 2012, Zaher al-Sherqat lors d’un festival à Al-Bab, en Syrie. © Photo AP

Farouche opposant à Daech, l’animateur syrien d’une émission de télévision musulmane sur la chaîne Aleppo Today a succombé à ses blessures, après un tir dans le centre-ville de Gaziantep le 10 avril.

La troisième tentative aura finalement été fatale à Zaher al-Shurqat. Touché à la tête le 10 avril en plein centre de Gaziantep par un tireur au pistolet muni d’un silencieux, l’animateur d’une émission de télévision religieuse sur la chaîne Aleppo Today a succombé à ses blessures mardi à l’hôpital de la ville du sud de la Turquie. L’Etat islamique avait revendiqué l’assassinat à travers son agence officielle Aaamaq avant l’annonce de la mort de l’homme de 34 ans, dans le viseur de l’organisation jihadiste depuis 2013.

«C’est parce qu’il a été l’un des premiers et des plus acharnés opposants de Daech qu’il a été tué», explique Nassim, un jeune activiste proche de la victime. «Il y a quelques jours encore, il nous parlait des menaces qu’il recevait via les réseaux sociaux.» Zaher Al-Shurqat avait échappé à deux reprises à des attentats de l’organisation jihadiste. Ancien combattant de l’Armée syrienne libre (ASL), il avait défendu sans succès sa ville natale d’Al-Bab, à l’est d’Alep contre l’assaut des hommes de Daech qui la contrôlent depuis. Poursuivant le combat dans la localité d’Al-Raï, frontalière de la Turquie, il a été le seul survivant d’une attaque-suicide le 2 février 2014 contre le centre d’opération de l’ASL dans la ville, disputé ces derniers jours entre les forces de Daech et l’ASL. Quelques semaines plus tard, toujours au nord d’Alep, un engin explosif avait été découvert sous sa voiture.

Diplômé de «charia»

Replié à Gaziantep depuis 2014, Zaher al-Shurqat a poursuivi différemment sont combat contre l’Etat islamique. Dans son émission hebdomadaire très suivie sur la chaîne locale, le diplômé de «charia» de l’université de Damas expliquait combien les agissements de l’organisation terroriste étaient contraires aux enseignements de l’islam. Surnommé «le Cheikh» par son entourage, cet islamiste modéré avait un profil différent des autres militants démocrates anti-Daech, dont Naji Jarf, le journaliste assassiné de la même manière à Gaziantep le 27 décembre. Celui-ci était surnommé «Khal» («oncle») par les mêmes jeunes activistes de la ville, qui compte le plus grand nombre de réfugiés syriens en Turquie.
 

FILE - In this April 4, 2016 file photo, Syrian journalist Mohammed Zahir al-Sherqat is seen on Halab Today TV studio in Gaziantep, Turkey. A Syrian journalist who was shot in the Turkish city of Gaziantep in an attack claimed by the Islamic State group died from his wounds Tuesday, April 12, 2016 a close friend said. The death of Halab Today TV presenter Mohammed Zahir al-Sherqat marks the fourth assassination of a Syrian journalist in Turkey claimed by the extremist group. Friends told the AP that the jou

Zaher al-Sherqat, le 4 avril à Gaziantep. © Photo Halab Today. AP

Autant que l’émotion, l’angoisse est remontée ces derniers jours parmi les opposants à l’Etat islamique. «Oui, on n’est plus à l’abri, oui, on va faire plus attention, dit Nassim, mais on sait qu’on ne peut complètement se protéger des tueurs de Daech qui pullulent parmi nous.»



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