L’étrange propagande du ministère du tourisme syrien

Article  •  Publié sur Souria Houria le 7 septembre 2016

Le conflit syrien a fait plus de 260 000 morts depuis cinq ans, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme, et déplacé la moitié de la population du pays. Plusieurs villes ont été presque entièrement détruites par des années de combats entre la rébellion, les forces du régime et la coalition internationale. Attirer les touristes alors que des images d’enfants blessés par les bombardements font le tour du monde semble donc, a priori, peine perdue.

Pourtant, le ministère du tourisme syrien a mis en ligne, cette semaine sur YouTube, une étrange publicité. Intitulée Syria Always Beautiful (« la Syrie est toujours belle »), cette vidéo a été tournée sur le front de mer de Rimal, une station balnéaire au nord de Tartous, dans la zone sous contrôle du régime de Bachar Al-Assad. On y voit des alignements de parasols, des jet-skis et des vacanciers dans l’eau, sur fond de musique techno.

Mensonge mal ficelé

Mais ce n’est pas seulement à cause du contexte de guerre que cette vidéo ressemble à un mensonge mal ficelé : les images sont prises en vue aérienne, et ne dépassent jamais le front de mer. Si la zone a été relativement épargnée par la guerre, la côte est prise en étau entre la terre, où la guerre a laissé quelques traces, et le port de Tartous, où sont ancrés les navires de guerre russes. Ces quelques centaines de mètres de plage étaient donc (vraiment) tout ce qu’il y avait à montrer.

Même d’un point de vue purement pragmatique, il est difficile de comprendre le sens de cette vidéo : aucune agence n’organise de voyages en Syrie depuis le printemps 2011. Contactée par BFMTV, l’association des tour-opérateurs confirme que le pays est classé « zone rouge » depuis cette date. Le ministère des affaires étrangères français, à l’instar de toutes les chancelleries occidentales, recommande à quiconque présent en Syrie de « quitter le pays immédiatement ». Pays qui n’est plus desservi par les vols commerciaux internationaux.

Pourtant, cette vidéo de propagande n’est pas la seule mise en ligne par le ministère du tourisme syrien, dont la chaîne YouTube est relativement fournie en clips publicitaires du même type : montage rapide, images fuyantes, comme s’il fallait à tout prix réussir à montrer quelque chose tout en laissant les ruines hors champ.

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Teir Maalah, près de Homs, en avril. Loin, bien loin, de la plage de Tartous.Teir Maalah, près de Homs, en avril. Loin, bien loin, de la plage de Tartous. MAHMOUD TAHA / AFP#SummerInSyria

L’été dernier, le ministère du tourisme avait déjà tenté une opération de communication surréaliste. Une vidéo censée promouvoir les événements culturels en Syrie, intitulée Summer in Syria (« été en Syrie »), était accompagnée d’un appel sur Twitter : les Syriens étaient invités à « partager leurs expériences de l’été en Syrie ». Les internautes ont évidemment répondu avec ironie, en tweetant par exemple des photographies de décombres, avec le commentaire : « Bons baisers de Homs. »

Le système de propagande du ministère du tourisme avait été documenté, le même été, par le journaliste américain Martin Smith, qui visitait les zones contrôlées par le régime pour un reportage produit par Frontline,« Inside Assad’s Syria ». Le ministre du tourisme, Bishr Yazigi, l’a invité à venir visiter un nouveau complexe touristique à quelques kilomètres du centre-ville de Homs. Pour s’y rendre, les deux voitures traversent la ville en ruines.

 



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