Lettre de l’opposant syrien Georges Sabra à la mère du journaliste américain James Foley

Article  •  Publié sur Souria Houria le 29 août 2014

Madame Diane Foley,

Vous avez déclaré, chère Madame : « Nous n’avons jamais été aussi fier de notre fils Jim. Il a sacrifié sa vie pour faire connaître au monde les souffrances qu’endure le peuple syrien ». Nous, nous vous disons que des millions de Syriens, comme des millions de citoyens libres dans le monde entier, sont aussi fiers de James que vous avez le droit de l’être, car tous les hommes libres dans le monde constituent une famille unie.

© Nicole Tung/www.freejamesfoley.org

Si votre fils a révélé au monde la souffrance des Syriens, votre message a touché le cœur de la majorité d’entre eux, parce qu’il est celui d’une mère courageuse, dans un moment particulièrement douloureux et difficile.

Nous partageons votre douleur et votre chagrin pour la perte de James, martyr du devoir et de la responsabilité, qui a permis au monde d’entendre les cris de douleur des Syriens et leur aspiration à la liberté.

Par la souffrance de sa détention pendant 638 jours, d’abord entre les mains du régime assassin d’al-Assad qui l’a livré plus tard aux tueurs de l’Etat islamique d’Irak et du Levant (Da’ech), par la fin tragique et douloureuse de sa captivité, et par le sacrifice suprême de sa vie pour un message de liberté et de vérité, James est devenu un martyr de la justice, de la liberté et des Droits de l’Homme. Il est un modèle de sacrifice et de courage face aux forces des ténèbres, de la barbarie et du terrorisme. Il restera durablement dans nos mémoires et dans nos consciences. Nous nous engageons à faire tout ce qui est en notre pouvoir pour découvrir les circonstances de son enlèvement, de sa remise à Da’ech et de son exécution. Nous nous engageons à poursuivre et à juger les personnes impliquées à divers niveaux dans sa capture, sa remise aux tueurs et son assassinat. Il s’agit en effet d’un crime de guerre qui échappe à toute prescription et amnistie.

Ce qu’a subi votre fils est un crime contre lui, contre vous-même et contre les principes, les règles morales et les croyances du peuple Syrien, ce peuple qui s’est révolté contre un pouvoir qui le tenait en servitude et qui a payé par de grands sacrifices sa volonté de liberté, sa soif de dignité et son aspiration à un Etat de droit et d’égalité.

Comme vous le savez, les révolutionnaires syriens défendent la liberté de la presse. Ils ont protégé la vie des journalistes étrangers, souvent au péril de leur vie. En 2012, un groupe de 12 combattants pour la liberté ont trouvé la mort dans la ville syrienne de Homs, tués par le régime syrien alors qu’ils cherchaient à sauver le journaliste britannique Paul Conroy et à assurer sa sortie de la Syrie en toute sécurité. Dans les même conditions, la même année, d’autres combattants ont péri alors qu’ils procédaient à l’évacuation hors de Homs de la journaliste française Edith Bouvier.

En mon nom personnel, et au nom du Conseil national syrien et tous les Syriens libres, permettez-moi, Madame Foley, d’offrir mes plus sincères condoléances à vous-même, à votre famille et aux collègues de James. Nos cœurs sont avec vous. Nous prions pour que son âme repose en paix. Que Dieu vous bénisse et vous donne la force de surmonter cette épreuve.

George Sabra
Président du Conseil national syrien

source : http://syrie.blog.lemonde.fr/2014/08/26/lettre-de-lopposant-syrien-georges-sabra-a-la-mere-du-journaliste-americain-james-foley/
date : 26/08/2014

 



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