Lettre Infos Syrie Résistance – N°3

Article  •  Publié sur Souria Houria le 10 juin 2016

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La terreur à outrance…

Le 5 mai, le camp de déplacés d’Al-Kammouna (dans la province d’Idlib) a subi des bombardements aériens qui ont fait plusieurs dizaines de victimes. Dans ce camp trouvent refuge des familles qui fuient les combats de la région voisine d’Alep.

Il est établi que l’aviation du régime, appuyée par les militaires russes, outre de déverser à tout va des barils d’explosifs ravageurs, frappe prioritairement les écoles, les boulangeries, les centres de santé… Le régime ne recule devant aucun crime de masse contre son peuple. Avec un message adressé à la population : « partez ou mourez ».

Frapper un camp de réfugiés, c’est préciser qu’il faut partir plus loin, ailleurs, hors de Syrie…

Ainsi, depuis mars 2011, la tragédie s’aggrave, des millions de Syriens sont partis de chez eux, et des centaines de milliers sont morts. Pour préserver sa mainmise sur la Syrie, qu’il considère comme sa propriété privée, le régime Assad est prêt à tout. Y compris à vider le pays de ses habitants, à se débarrasser de son peuple !

Et ladite « communauté internationale » ? On voit la Russie et l’Iran participer à ce sale travail. Et les Occidentaux, malgré quelques protestations, laissent faire ! Mais ne ménagent pas leurs reproches aux forces démocratiques lorsqu’elles refusent de négocier dans de telles conditions, oubliant que chacune des trêves décidée entre Russes et Américains a été rompue unilatéralement par le régime, bien déterminé à poursuivre ses bombardements.

Il faut arrêter le massacre. Pour cela, il faut en finir avec ce régime criminel.

 

Souria Houria, Collectif « Avec la Révolution syrienne » (Alternative libertaire, CEDETIM, EELV, Émancipation, Ensemble !, NPA, Solidaires, UJFP)

Les articles de la lettre traduisent la diversité des organisations parties prenantes 

Questions et repères : 

Chaque numéro propose des repères sous formes de réponses à quelques questions sur la situation.

Le maintien de Bachar al-Assad est-il la condition nécessaire à une perspective de paix ? 

Face à Daech, incarnant le mal absolu, Bachar al-Assad est présenté comme un moindre mal, et on affirme qu’il ne peut exister une solution politique sans un accord avec lui et son régime.

Pourquoi devrions-nous choisir entre deux barbaries, celle de Bachar et celle des différentes formations djihadistes ? Et pourquoi la première, responsable de centaines de milliers de morts, de terribles destructions et de déplacement de la moitié de la population syrienne, serait-elle un moindre mal ? Et, surtout, selon quelle logique peut-on croire que le maintien de Bachar serait l’une des conditions de la paix ?

Nul besoin d’insister sur le nécessaire rejet moral, immédiat, d’une telle issue, au moins pour en finir avec l’impunité dont a joui le régime des Assad depuis plus de quarante-cinq ans. Mais il est chimérique aussi, sur le plan politique, quels que soient les calculs cyniques des maîtres du jeu, d’imaginer le rétablissement d’un minimum de paix civile tant que le clan Assad est au pouvoir.

Il est certes évident, en raison du soutien iranien et russe, massif et multiforme, apporté à Bachar, en raison aussi de la mansuétude américaine à son égard et de la prise en otage d’une partie non négligeable de la population par différentes forces djihadistes, que les objectifs pour lesquels les Syriens se sont soulevés en mars 2011, et y compris l’arrêt définitif des combats, ne peuvent être atteints qu’au prix d’une période de transition politique. Période nécessairement longue, étant donné l’ampleur du désastre et la somme des rancunes nourries notamment durant les cinq dernières années. Et qui devrait être placée sous un contrôle international efficace et n’exclure aucune force politique ou sociale en présence, y compris celles qui sont favorables au régime. Mais il est non moins évident si ses dirigeants les plus représentatifs, en particulier Bachar, restent en place, qu’elle ne fera que reproduire ce régime quasi intégralement, donc lui permettre de poursuivre la guerre sous d’autres formes et raviver les haines et les méfiances communautaires, avec tous les moyens militaires, policiers et financiers dont ils disposent.

Moralement et politiquement inacceptable, le maintien au pouvoir de Bachar et de son petit clan familial prolongera indéfiniment le malheur du peuple syrien et ne manquera pas, à l’échelle régionale, de provoquer des guerres en chaînes, et davantage de massacres et de nettoyages ethniques et confessionnels.

Farouk Mardam Bey

Bibliothèque : deux nouveaux livres sur la Syrie

« A l’Est de Damas, au bout du monde » de Majd Al-Dik (traduction de Nathalie Bontemps, Éditions Don Quichotte, avril 2016) est un témoignage poignant d’un jeune étudiant en droit de la Ghouta de Damas qui participe à la révolution syrienne dès ses premiers jours. Manifestations, rassemblements pacifiques, solidarité populaire et assistance médicale aux victimes de la répression, arrestations et torture, documentation des crimes commis par le régime, lutte armée et confrontations, siège et famine, attaque chimique, mort et colère contre un monde qui abandonne la Syrie, ce livre raconte le quotidien de millions de Syriens depuis 2011.

Majd Al-Dik nous offre ainsi le premier récit écrit par un Syrien ayant vécu à l’intérieur du pays jusqu’en 2014, et ayant participé activement au soulèvement populaire et aux activités de la société civile émergente qui résiste toujours dans plusieurs zones du pays.

« La Question Syrienne » de Yassin Al-Haj Saleh (traduction de Nadia Leila Aissaoui, Ziad Majed et Farouk Mardam Bey, Actes Sud/Sindbad, mai 2016) est un recueil de textes de sociologie politique qui offre l’analyse la plus fine de la nature du régime Assad, et des origines sociales, culturelles et politiques de sa violence. Mais c’est aussi l’ouvrage qui permet de mieux comprendre le confessionnalisme en Syrie et ses modes opératoires, la montée de l’islamisme combattant (et de ce que l’auteur appelle depuis fin 2012 « le nihilisme guerrier »), et les dynamiques de résistance qu’ont développées les « gens ordinaires » contre la machine de mort assadienne.

Médecin de formation et écrivain, Yassin Al-Haj Saleh a passé 16 ans dans les geôles de Hafez Al-Assad (entre 1980 et 1997) pour son appartenance au Parti communiste (bureau politique). Avec le début de la révolution en 2011, il est rentré en clandestinité à Damas, puis il a résidé dans la Ghouta libérée du régime, avant de se rendre à Raqqa (sa ville natale) où la montée en puissance de l’État Islamique fin 2013 l’a poussé à traverser la frontière vers la Turquie.

Depuis, son épouse Samira Al-Khalil (militante de gauche et ancienne prisonnière politique chez le régime) a été enlevée par un groupe armé à Douma, et son frère Firas a été kidnappé par les miliciens de l’État Islamique à Raqqa.

En 2015, Yassin Al-Haj Saleh avait déjà publié en France « Récit d’une Syrie Oubliée. Sortir la mémoire des prisons » sur son expérience carcérale (traduction de Marianne Babut et Nathalie Bontemps, Éditions Les Prairies Ordinaires).

Ziad Majed

 

Contraindre des populations à se déplacer : une arme de guerre…

La Syrie de Bachar al-Assad détient 2 records mondiaux :

  1. Celui de la première population de réfugiés (le nombre de Syriens réfugiés dépasse à présent le nombre de Palestiniens réfugiés).
  2. Celui du plus grand nombre de déplacés à l’intérieur d’un pays. Lors de sa conférence du 29 mai dans le cadre des « dimanches de Souria Houria », la chercheure Leïla Vignal (Université Rennes 2), qui travaille sur la question des destructions urbaines et des déplacements de populations, a communiqué quelques données concernant la Syrie :

– 11,5 millions de personnes ont quitté leur domicile (dont près de 7 millions à l’intérieur du pays).

– 4,8 millions de personnes sont maintenant officiellement enregistrées comme réfugiés.

– 900 000 demandes d’asiles ont déjà été déposées dans l’Union européenne.

Pour consulter les statistiques les mieux documentées voir le site Who is killing civilians in Syria

 

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