«L’opposition syrienne doit coopérer avec les Russes» – Par Georges Malbrunot

Article  •  Publié sur Souria Houria le 11 avril 2012

Publié le 4 Avril 2012 – Mis à jour

INTERVIEW – Refus de militariser la révolte, dialogue avec Moscou, Michel Kilo, figure libérale de l’opposition syrienne, explique au Figaro pourquoi il a décidé de créer son propre mouvement politique, le Forum démocratique.

 

LE FIGARO. – N’allez-vous pas accentuer la cacophonie au sein de l’opposition?
Michel KILO. – Pas du tout. Contrairement au Conseil national syrien (CNS), le Forum démocratique, que je vais lancer le 15 avril au Caire, regroupera surtout des personnalités de la société civile de l’intérieur de la Syrie, comme Areth Delila, Fayez Sara et d’autres, qui ont également fait de nombreuses années de prison, pendant que les dirigeants du CNS étaient tranquillement installés à l’étranger. De nombreux jeunes des comités de coordination de la révolte en font également partie. Contrairement au CNS, le Forum s’oppose à la militarisation du soulèvement, et le conseil des sages que nous allons former motivera notre choix en faveur d’une solution politique.
Michel Kilo, figure libérale de l’opposition syrienne.Crédits photo : LUCIEN LUNG/Le Figaro

 

 

 

 

Avec Bachar el-Assad?

Non. Les Syriens n’en veulent plus. Bachar s’est moqué des gens. Mais nous croyons à une solution politique progressive et non pas radicale -type militariser la révolte-, qui fait chuter le peuple mais pas le régime. Faute d’intervention extérieure, un pouvoir, comme celui qui dirige la Syrie depuis quarante ans, ne peut tomber rapidement, contrairement à ce qu’ont cru certains dans l’opposition et à l’étranger. Vous avez en face de vous un million et demi de membres de l’armée, des services de renseignements et des miliciens. Ce type de pouvoir ne peut se disloquer que peu à peu. Il faut gagner ces gens-là à notre combat en faveur de la démocratie. Nous devons leur montrer qu’il peut y avoir, pour eux aussi, une porte de sortie. Nous devons être capables de leur dire que leurs intérêts seront préservés, qu’ils pourront jouer un rôle dans la Syrie de demain. Le parti Baas, par exemple, pourra jouer un rôle dans un processus démocratique. Il nous faut absolument garder l’État en Syrie.

À Istanbul, le CNS est parvenu à adopter une charte et les Frères musulmans ont rédigé un document d’entente nationale. Rassure-t-il le laïque chrétien que vous êtes?

En insistant sur un État civil et l’égalité entre hommes et femmes, le document des Frères musulmans est même plus important que la charte du CNS. Mais une phrase me dérange, quand ils évoquent une vision islamique pour la Syrie. Je ne suis pas obligé d’accepter cette vision. Ni moi ni les autres laïques. La Syrie n’est pas un pays islamiste, mais un pays arabe, doté d’une large majorité musulmane. C’est pourquoi au lieu de lancer mon mouvement à Paris ou à Istanbul, je le ferai depuis une grande capitale arabe. C’est un message d’indépendance adressé à tous les Syriens, contrairement à la conférence d’Istanbul, qui lie trop le CNS à sa tendance islamiste, soutenue par la Turquie. Or avec la Turquie et le Qatar comme parrains, nous allons vers la militarisation du soulèvement, qui conduira hélas à la guerre civile.

Pourquoi les Russes sont, selon vous, indispensables à une sortie de crise?

L’opposition doit coopérer avec les Russes, car à un moment donné, Moscou pourrait envisager une solution sans Bachar el-Assad. Les Russes veulent trouver un partenaire au sein de l’opposition qui garantit leurs intérêts: rester influents au Moyen-Orient, garder leur position de partenaire privilégié avec l’armée syrienne. Nous devons leur offrir une alternative à Bachar. Les Russes ont l’impression que le CNS est sous l’influence des Occidentaux et des Frères musulmans. Or pour Moscou, l’alliance de l’opposition avec la Turquie est une ligne rouge. Ils l’ont dit au CNS et ils nous l’ont dit: nous ne permettrons jamais que la Syrie tombe entre les mains de la Turquie. Or Moscou a fait un pas très important en approuvant, fin mars à l’ONU, la déclaration présidentielle sur le plan Annan. C’est le signe qu’ils sont prêts à travailler avec l’opposition. Au lieu de cela, qu’a fait l’opposition? Elle a laissé la Turquie et d’autres pays injecter des combattants islamistes dans la révolte, alors qu’ils étaient inexistants au début. Le résultat? Les indécis en Syrie restent nombreux: entre 30 et 40%. Ils ne sont pas avec Bachar. Mais ils ont peur de l’après-régime et du chaos. C’est à nous de les rassurer.

Source: http://www.lefigaro.fr/international/2012/04/04/01003-20120404ARTFIG00700-l-opposition-syrienne-doit-cooperer-avec-les-russes.php



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