M. Riyad Hijab : « L’Amérique est impuissante et Alep est confrontée à une extermination »

Article  •  Publié sur Souria Houria le 28 septembre 2016

in Al-Hayat, 26 septembre 2016
propos recueillis par Raghida Dargham
traduit de l’arabe par Marcel Charbonnier

New York, lundi 26 septembre 2016 (10 h 00 de Greenwich)

Le Coordinateur général du Haut Conseil des négociations de l’opposition syrienne, M. Riyad Hijab a affirmé son engagement total à appliquer les résolutions du Conseil de Sécurité de l’Onu et la déclaration de Genève en ce qu’elle initie une phase de transition « dans laquelle Bachar al-Asad n’a aucun rôle à jouer ni aucun de ceux qui ont perpétré des crimes contre le peuple syrien », considérant que la solution en Syrie « ne saurait être possible en présence de ce « criminel », même si l’envoyé spécial en Syrie Stefan de Mistura affirmait un avis contraire, auquel cas il serait « dans l’erreur ».

Lors d’une rencontre en marge des travaux de l’Assemblée générale de l’Onu, à New York, M. Hijab a qualifié la position américaine sur la crise syrienne d’« impuissante et hésitante », ajoutant que tout ce que faisait l’administration américaine revenait à un « apaisement avec les Russes et avec les Iraniens dans une tentative de les contenir, et ce, au détriment du peuple syrien et de ses aspirations ».

Il a précisé qu’il n’avait pas demandé à rencontrer le Secrétaire d’État John Kerry durant sa présence à New York en raison du « mécontentement » de l’opposition syrienne face à l’inexistence d’une position américaine qui soutiendrait fermement les droits du peuple syrien.

Hijab a ajouté que la Russie et l’Iran déploient un effort de propagande autour de la question de la scission du mouvement Jabhat an-Nusra du reste de l’opposition pour en faire un problème central dans la crise syrienne afin que «  cette controverse occulte les crimes perpétrés contre le peuple syrien ».

Mais il a souligné que le Front an-Nusra devait adopter des mesures supplémentaire pour « s’intégrer dans le projet de la Patrie syrienne ».

À ses yeux, le processus politique en Syrie « est arrêté depuis la fin du mois d’avril et ce qui se produit actuellement rend ce processus sans valeur et sans utilité », ce qui impose une prise de position militaire sur le terrain.

Hijab a affirmé qu’il est vraisemblable que la crise syrienne ne durera pas, car « elle ne concerne plus les seuls Syriens : elle a même des conséquences dans l’ensemble du Moyen-Orient, en Europe et dans le monde entier, provoquant une mobilisation sécuritaire mondiale, un flux de réfugiés et une extension du danger terroriste à l’extérieur de la Syrie ».

Voici notre interview in-extenso :

Raghida Dargham [RD] : Je commencerai par l’accueil que vous avez reçu ici, à l’Onu, qui était pratiquement celui que l’Organisation réserve généralement à des chefs d’État. Vous avez rencontré plusieurs présidents et plusieurs ministres, notamment. S’agissait-il d’une reconnaissance de ce que vous représentez ou plutôt d’une sorte de compensation, à votre égard, de ce qui est en train de se produire sur le terrain en Syrie ?

Riyad Hijab [RH] : Tout d’abord, oui, c’est vrai : nous avons eu des rencontres extrêmement importantes et aucune des rencontres que nous avons eues n’était dépourvue d’importance, depuis le Secrétaire général de l’Onu et ses adjoints jusqu’aux rencontres de présidents et de ministres des Affaires étrangères. Non, ça n’était pas une compensation : c’était effectivement une reconnaissance du rôle de l’Opposition syrienne, qui incarne les justes aspirations du peuple syrien à sa libération de la dictature militaire.

[RD] : Quelles avancées concrètes avez-vous constatées ?

[RH] : De la part des pays amis et des pays [arabes] frères, nous avons été satisfait de constater des engagements de soutien extrêmement importants, mais ceux-ci doivent encore trouver une traduction sur le terrain pour qu’il y ait réellement, au bout, une action qui nous aide à repousser l’impitoyable offensive actuelle du régime et de ses alliés. À cette fin, j’ai parlé en termes très clairs au Secrétaire général de l’Onu. Certes, il ne peut, dans le cadre de ses prérogatives, adopter des décisions de manière individuelle : les décisions que prend l’Onu sont celles des pays membres permanents et des pays membres du Conseil de sécurité. Mais M. Ban Ki-Moon peut, dans le cadre de ses prérogatives en tant que Secrétaire général de l’Onu, parler en toute clarté et sincérité de ce qu’il est en train de se passer en Syrie – en quelque sorte, de mettre les points sur les « i ».

[RD] : Donc, si j’ai bien compris, vous l’avez critiqué implicitement. Parce qu’il n’évoque jamais de comptes à rendre, ou pour quelle autre type de raison ?

[RH] : En réalité, M. Ban Ki-Moon a bien parlé de comptes à rendre et après deux journées du la 71èmesession de l’Assemblée générale de l’Onu, c’était la première fois que Ban Ki-Moon ait affirmé de manière claire et courageuse que le sort d’une nation ne saurait être lié à celui d’une seule personne. Les violations et les crimes qui sont perpétrés en Syrie ne doivent pas demeurer impunis. J’ai réaffirmé à M. Ban Ki-Moon l’importance de la nécessité de sanctions, que la justice doit s’appliquer à quiconque commet des crimes à l’encontre du peuple syrien et que les coupables devront rendre des comptes.

[RD] : Vous êtes accusé de vous accrocher à certaines conditions, comme en a fait part M. De Mistura, ce dont on vous accuse comme on en  accuse le régime de Damas, manière de vous dire : « Revoyez vos positions, car elles empêchent toute avancée ». Bien entendu, je fais allusion au sort personnel de Bachar al-Assad…

[RH] Nous n’avons ni exigences ni positions qui empêcheraient toute avancée. Bien au contraire. Ce que nous exigeons, c’est que les décisions de l’Onu soient appliquées : la Déclaration de Genève, les Résolutions 2254, 2118 et 262:67 de l’Assemblée générale de l’Onu (qu’ont validées 138 pays) préconisent, toutes, la constitution d’une instance de gouvernement de transition ayant toutes les prérogatives exécutives et que Bachar al-Assad, ainsi que ceux qui ont perpétré des crimes contre le peuple syrien n’auront aucun rôle futur en Syrie. Mais, contrairement à Lavrov ou d’autres disent, à savoir qu’il s’agirait de notre part de positions dilatoires, non, ce ne sont pas des positions dilatoires : il ne saurait y avoir de solution en Syrie en présence de ce criminel.

[RD] : … mais c’est là ce qu’a dit M. de Mistura, et non Lavrov…

[RH] : Même si c’est M. de Mistura qui l’a dit, je dis quant à moi qu’il a tort. Ces propos sont inconvenants. Il ne saurait être question de transition politique tant qu’Assad sera encore en Syrie, et il en va de même en ce qui concerne les criminels qui ont perpétré des crimes contre le peuple syrien.

[RD] : Sur le terrain, vous ne recevez pas le soutien qui vous permettrait d’imposer des conditions. Vous n’êtes même pas soutenu par vos « amis »…, vous êtes donc dans l’incapacité d’éradiquer Assad ?

[RH] : Quoi qu’il en soit, nous nous appuyons sur notre conviction, ainsi que sur la volonté et la détermination de notre peuple à poursuivre le combat jusqu’à ce que soient réalisés les objectifs de la Révolution et les aspirations du peuple syrien – cette Révolution qui entamera bientôt sa sixième année et qui ne s’arrêtera pas, de même que ne faiblira pas la détermination du peuple syrien à réaliser ses objectifs. Au final, ce qui est en train de se produire actuellement en Syrie représentera une obligation pour tous les protagonistes.

[RD] : À la lumière de ce qu’il est advenu des relations russo-américaines au cours des rencontres qui se sont tenues au Conseil de Sécurité et des propos tenus par Kerry à Lavrov, puis lors de la rencontre du groupe des pays amis de la Syrie, assiste-t-on à un changement fondamental dans la position américaine ou bien s’agit-il  simplement d’un « pétage de plombs » après lequel tout redeviendra « normal comme avant » ?

[RH] : Malheureusement, il n’y a aucun changement dans la position américaine. La position américaine est impuissante et hésitante, il n’y a nulle détermination chez les Américains pour mettre un terme à la tragédie syrienne. Il y a ces déclarations à la presse, que nous entendions depuis longtemps de la part du président Obama, y compris au cours de son discours devant l’Assemblée générale de l’Onu, cette année, dans lesquelles nous n’avons pas entendu un seul mot au sujet de la Syrie. C’est éminemment regrettable et cela montre bien quelle est l’impuissance de cette administration à faire quoi que ce soit. Elle ne fait rien, mis à part apaiser les Russes et tenter de les contenir, ainsi que les Iraniens, au détriment du peuple syrien, de son drame et de ses aspirations.

[RD] : Vous irez à Washington, n’est-ce pas ?

[RH] : Oui…

[RD] : J’imagine que vous allez rencontrer la conseillère du président en matière de sécurité nationale, Mme Susan Rice ?

[RH] : C’est possible…

[RD] : Lui parlerez-vous avec cette même sincérité, en particulier à propos de l’Iran ? Vous ne parlez pas des milices que l’Iran dirige, en Syrie. Le ministre iranien des Affaires étrangères m’a dit, lors de la réunion du « Conseil des relations extérieures », à New York, que le fait de faire venir des milices de pays étrangers relevait du droit souverain du gouvernement syrien. Que pensez-vous de cette présentation des choses et comment allez-vous aborder ce problème à Washington, en particulier durant votre rencontre avec Mme Rice ?

[RH] : Pour commencer, ce gouvernement [syrien] n’a plus de légitimité ni de souveraineté ni de pouvoir de décision indépendant. Par conséquent, les propos de Javad Zarif ne tiennent pas. Ces milices ont traversé clandestinement nos frontières, ce sont des terroristes et des mercenaires stipendié qui tuent le peuple syrien et perpètrent tous les crimes possibles et imaginables en Syrie. Nous soulevons ce problème chaque fois que nous en avons l’occasion.

[RD] : Que leur demandez-vous, aux Américains ?

[RH] : Si je rencontre effectivement Mme Rice, j’évoquerai avec elle cette question [des milices étrangères en Syrie] sans aucune complaisance. J’en ai parlé avec Kerry en toute franchise et j’en parlerai à n’importe quel responsable américain qu’il me sera donné de rencontrer, sans changer une virgule pour complaire à mon auditoire. Cela s’inscrit dans les droits de notre peuple.

[RD] : Avant d’entrer dans les détails de votre conversation avec M. Kerry, disons [par hypothèse] qu’il s’agit d’un gouvernement légitime et que cela ne fait aucunement question ni ne soulève de doutes. Le gouvernement a-t-il pour autant le droit d’importer des milices sur son territoire en fonction d’une quelconque stipulation du droit international ? C’est en effet ce qu’affirme Javad Zarif. Même si vous supposiez, en tout hypothèse, que le gouvernement en question est légitime ? Un quelconque gouvernement, fût-il légitime, a-t-il le droit de demander à des milices transfrontalières de venir sur son territoire ?

[RH] : D’abord, ce gouvernement est illégitime. Tout gouvernement qui ferait venir des milices d’assassins ou de terroristes pour assassiner son peuple ne saurait être considéré légitime : il s’agirait d’un gouvernement tout aussi criminel que les hommes de main des milices en question, un gouvernement qui mérite qu’on lui demande des comptes pour avoir fait venir ces milices et sur les crimes qu’elles ont perpétrés.

[RD] : Votre rencontre avec Kerry a dû être tempétueuse ?

[RH] : Je ne l’ai pas rencontré lors de cette visite.

[RD] : Mais vous nous avez dit que vous lui aviez tenu ce propos ?

[RH] : C’est exact – mais je les ai tenus au cours de nombreuses rencontres précédentes.

[RD] : Pourquoi ne l’avez-vous pas rencontré lors de votre dernière visite à New York ?

[RH] : Je n’ai pas demandé à le rencontrer car j’avais le sentiment que les Américains n’avaient strictement rien de nouveau à proposer.

[RD] : Comment ça ? L’on suppose pourtant que ce sont vos alliés ?

[RH] : Oui, ce sont des amis et des alliés, mais malheureusement nous ne sommes pas satisfait de ce qu’il se passe parce qu’il n’y a pas [chez notre partenaire américain] de détermination ni de volonté allant dans le sens de rétablir le peuple syrien dans ses droits…

[RD] : Vous pensez donc que ce qui s’est passé au Conseil de sécurité, cette séance houleuse, mercredi dernier, n’était qu’une comédie à laquelle se serait livré le Secrétaire d’État Kerry ?

[RH] : Peu m’importent les propos tenus, seuls m’importent les actes. Pourquoi l’Assemblée n’a-t-elle pas adopté de résolution sur ce qu’il s’est passé ? Au minimum au sujet du bombardement du convoi humanitaire international et des fonctionnaires de l’Onu [tués] ? Et à l’encontre de ceux qui l’ont bombardé ou de ceux qui ont tué ces employés de l’Onu, même en faisant abstraction de la situation du peuple syrien : le strict minimum serait pourtant que le Conseil de Sécurité et l’Onu se respectent eux-mêmes ?

[RD] : Avez-vous demandé à rencontrer Lavrov ? Ou avez-vous reçuune telle demande de sa part ?

[RH] : L’on nous suggère souvent de rencontrer les Russes, mais à quel sujet allons-nous les rencontrer ? Nous ne pouvons pas rencontrer les Russes tandis que ceux-ci perpètrent des massacres quotidiens contre le peuple syrien. Autrement dit, la balle n’est pas dans notre camp : elle est chez eux, dans le camp russe. Nous abordons la question avec un maximum de souplesse et de réalisme. Et eux, tout ce qu’ils font, c’est assassiner le peuple syrien, pour rendre service à un criminel.

[RD] : Ils disent que l’organisation Jabhat an-Nusra est devenue la pierre d’achoppement, dans la phase actuelle. Je partage votre abattement, en particulier parce que la question syrienne dans son ensemble semble se résumer un jour à Daesh, et le lendemain à la question de Jabhat an-Nusra…

[RH] : Ce sont les Russes qui, avec les Iraniens, mettent en avant cette polémique. Ce qui se produit aujourd’hui en Syrie serait lié à An-Nusra et en dépendrait. Nous rejetons tout ce qui obéit à des agendas extérieurs, qu’il s’agisse d’Al-Qâ‘ida, de Daesh, mais sans oublier les organisations terroristes chiites que l’Iran et le régime criminel de Damas ont amenées en Syrie, ainsi que les mercenaires et toutes les forces étrangères qui se trouvent aujourd’hui sur le territoire syrien. Si l’on parle d’Al-Qâ‘ida, alors il faut parler aussi des organisations chiites extrémistes. Mais la question est celle de savoir si la Russie, depuis qu’elle intervient en Syrie et depuis qu’elle y massacre le peuple syrien, soit depuis environ un an, s’en est jamais prise à ces organisations extrémistes [chiites] ? Non. La Russie massacre les hommes de l’Armée Syrienne Libre et des civils innocents et paisibles, elle détruit les hôpitaux, les mosquées, les marchés et les lieux de prière. Voilà : c’est ça, ce que fait la Russie [en Syrie], quotidiennement. Si elle soulève en permanence la question du devenir de Jabhat an-Nusra, c’est uniquement afin de dissimuler les crimes qu’elle perpètre contre le peuple syrien.

[RD] : À propos de l’axe qui réunit la Russie, le régime syrien, l’Iran et les milices, il semble que quelque chose est en train de se passer à Idlib. Que signifie ce qui s’est passé à Idlib et dans le quartier Al-Waer [à Homs], ainsi que le transfert vers Idlib  [des résistants armés évacués d’Al-Waer, ainsi que de Dârayâ et de Ma‘zamiyyét al-Shâm] ?

[RH] : Ce qu’il s’est passé à Dârayâ, et ce qu’il se passe aujourd’hui dans le quartier homsiote d’Al-Waer, et ce que fait le régime Assad à Ma‘zamiyyet al-Shâm, à Madâyâ et à Zabadânî, c’est une évacuation forcée (un transfert) et une épuration ethnique : ce sont là des violations du droit humanitaire international. C’est un crime, à tous les sens du terme, que de transférer les populations de ces régions vers d’autres régions. Malheureusement, le monde assiste en spectateur et il couvre ces agissements médiatiquement, mais strictement sans rien faire.

[RD] : …, à ce sujet, nous entendons citer des noms tels que Qandahar ou Grozny… ?

[RH] : Ce qui est en train de se passer en Syrie est bien pire que ce qui s’était passé ailleurs dans le monde par le passé, c’est même pire que la Seconde guerre mondiale.

[RD] : Qu’allez-vous faire ? Quel choix avez-vous ?

[RH] : Notre choix, c’est celui de persévérer…

[RD] : Par l’intermédiaire de qui ?

[RH] : Par la détermination de notre peuple, par sa volonté et au nom de nos combattants qui se sont sacrifiés à notre cause, nous persévérerons.

[RD] Permettez-moi d’en revenir à la question d’An-Nusra. Le Mouvement de Nûr ed-Dîn az-Zankî a décidé de se fondre dans l’Armée de la Conquête (Jaysh al-Fath). Est-ce que cette décision vous sert, ou au contraire est-ce qu’elle vous dessert ?

[RH] : La fusion de l’organisation Nûr ed-Dîn az-Zankî dans l’Armée de la Conquête (Jaysh al-Fath) ne signifie pas qu’elle ait fusionné avec l’armée de la Conquête du Levant (Fath al-Shâm). En effet, il y a dans Jaysh al-Fath beaucoup de factions modérées et islamistes, dont Fath al-Shâm. D’ailleurs, à  ce sujet, nous demandons à la communauté internationale où elle veut en venir avec la société syrienne, avec le peuple syrien.

[RD] : J’aimerais que vous m’aidiez à comprendre quelle est la position d’An-Nusra. Qu’allez-vous faire ? L’on exige de vous que vous preniez une position claire à son sujet (que ces exigences soient considérées comme réalisables ou non), qu’allez-vous faire, en définitive ?

[RH] : Notre position sur le mouvement Jabhat an-Nusra est claire. Et nous avons sur le terrorisme, de manière générale, une position claire. Nous sommes contre tous les agendas extérieurs, contre la pensée takfiriste et contre les organisations terroristes, dont nous n’acceptons pas l’existence.

[RD] : An-Nusra en fait-elle partie ?

[RH] : An-Nusra a évolué, elle a pris l’initiative de se distancer de l’organisation Al-Qâ‘ida. Mais nous, nous disons que cela ne suffit pas : il faudra encore de nombreux pas en avant successifs pour que cette formation trouve sa place au sein de notre projet national.

[RD] : Ces pas, à qui revient-il de les franchir ?

[RH] : À cette organisation, à ses dirigeants et à ceux qui y appartiennent. Cette formation doit encore accomplir de nombreuses évolutions pour trouver sa place sous le toit du projet national syrien, conformément aux aspirations de notre peuple et aux objectifs de notre révolution.

[RD] : Qu’exige-t-on de vous que vous fassiez, précisément, à ce sujet ?

[RH] : Nous travaillons sur plusieurs niveaux, dont le plus important est l’éradication de l’extrémisme et la mise en garde de nos jeunes contre ces groupes dans lesquels ils se sont enrôlés parce qu’ils ont été trompés. Mais la communauté internationale doit savoir que l’injustice, l’oppression et la violence ne font que générer de la violence et de l’extrémisme.

[RD] : Pensez-vous qu’il puisse y avoir, de la part de certaines formations modérées, une tendance à choisir d’appartenir à des formations djihadistes parce qu’elles n’ont pas d’autre choix ?

[RH] : Non, nous espérons qu’elles ne feront pas un tel choix et que nous n’en arriverons jamais à une telle extrémité.

[RD] : Que pouvez-vous faire, selon vous, pour satisfaire les exigences internationales, qui sont essentiellement américaines et russes, au sujet d’An-Nusra ?

[RH] : C’est une question complexe, qui exige un travail sur le terrain. C’est un véritable travail qui est nécessaire, contrairement à ce que prétendent Lavrov et d’autres, selon lesquelles les différentes factions doivent s’éloigner d’An-Nusra sur un claquement de doigts. Cela requiert un travail, des efforts sur le terrain. Et cela demande aussi, bien entendu, du temps.

[RD] : Donc, la tragédie et la crise vont perdurer, tandis que s’éloignera de plus en plus la probabilité d’une négociation ?

[RH] : Ils le savent parfaitement. La Russie n’est pas sérieuse dans son « combat contre le terrorisme » et elle ne veut absolument pas le combattre. Ce qu’elle veut, c’est pérenniser le terrorisme en Syrie afin de pouvoir dire qu’il n’y a pas d’autre choix que le choix entre Bachar al-Assad et le terrorisme.

[RD] : Et, donc, le fait que des factions modérées finissent par se fondre dans ces formations [terroristes] ne fait qu’apporter de l’eau au moulin de ceux qui formulent ces allégations ?

[RH] : Ces factions ne deviendront pas des organisations terroristes et extrémistes. Cette fusion, à laquelle nous assistons actuellement, ne signifie pas que ces factions aient adhéré ou se soient incorporées dans ces mouvements terroristes : [ça n’est pas idéologique] : il s’agit simplement de tactique militaire, sur le terrain.

[RD] : Avec vous un « plan B » ? Si c’est le cas, la Turquie en est-elle le passage obligé ? Quel est la nature de ce « plan B » ?

[RH] : Que voulez-vous dire ?

[RD] : Je veux dire que, face à l’échec de l’opération américano-russe (dû à leurs exigences impossibles à satisfaire), il faut s’asseoir ensemble autour d’une table, en particulier avec la Turquie, pour étudier d’autres options…

[RH] : Oui, c’est vrai. En effet, à la lumière de ce qui arrive, y compris en ce qui concerne le choix du processus politique dans son ensemble, alors que celui-ci est arrêté depuis le mois d’avril, il y a beaucoup de questions qui se posent sur le fond de ce processus politique. Et ce qui se produit aujourd’hui a rendu ce processus politique sans intérêt. C’est pourquoi il faut vraiment renforcer les positions sur le terrain.

[RD] : Qui vous y aidera ?

[RH] : Nous espérons que les pays qui sont nos amis et nos frères (arabes) renforceront le soutien qu’ils nous apportent pour faire face à l’offensive qui est menée contre nous aujourd’hui.

[RD] : Sont-ils à même de le faire ?

[RH] : Oui. Quant à nous, nous sommes capables de modifier les termes de l’équation sur le terrain.

[RD] : En seront-ils capables, même si les États-Unis s’y opposent ?

[RH] : Les États-Unis ne font rien au Conseil de Sécurité, ils ne participent pas au processus politique en Syrie, par contre ils oeuvrent afin que les pays amis nous suppriment leur aide. Que veulent les États-Unis ? Aujourd’hui, ils sont sur la sellette devant tous leurs alliés dans la région du Moyen-Orient à cause des malheurs que subit le peuple syrien.

[RD] : Et la Turquie ? Dispose-t-elle de toutes les clés et de tous les instruments, qu’ils soient humains (malheureusement, les réfugiés qui partent vers l’Europe) ou qu’il s’agisse des armements qui franchissent les passages vers la Syrie. La Turquie est-elle l’élément décisif dans la situation actuelle ?

[RH] : La Turquie accueille à bras ouvert les Syriens. Elle accueille trois millions de réfugiés syriens. Elle soutient la Révolution syrienne depuis le début et elle n’a pas changé de position en ce qui concerne son soutien à notre révolution, aux revendications de notre peuple. Et nous espérons et nous souhaitons que les pays qui soutiennent le peuple syrien augmentent leur effort de soutien.

[RD] : Vous savez, mieux que moi, que les priorités de la Turquie sont différentes des vôtres. La Turquie a pour priorités le combat contre les kurdes et le combat contre Dâesh : ce ne sont pas vos priorités ?

[RH] : Non. La Turquie ne combat pas les kurdes : elle combat l’organisation appelée Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK) qui est une organisation terroriste. Mais en nous aidant, la Turquie nous aide à combattre Daesh dans le nord de la Syrie. Quant à sa guerre contre le PKK, c’est une question totalement indépendante. Dans l’opération Bouclier de l’Euphrate (Dir‘ al-Furât), nous combattons Daesh. Nous l’avons chassé de Jerabulus et nous sommes en train de le chasser d’autres localités et régions. Actuellement, des opérations sont dirigées contre lui dans la région d’Al-Bâb.

[RD] : Donc, c’est devenu une priorité pour l’opposition syrienne, que vous combattiez Daesh et que vous le pourchassiez ?

[RH] : Oui. Parce que Daesh est l’un des instruments du régime Assad. Daesh nous tue et tue le peuple syrien et nous devons absolument l’éradiquer.

[RD] : Mais, tandis que vous éradiquez Daesh, avez-vous des garanties que le régime ne viendra pas prendre ces régions que vous aurez libérées en en chassant Daesh ?

[RH] : Nous sommes dans une course contre le temps pour la prise de contrôle de ces régions occupées actuellement par Daesh afin que le régime ne s’en empare pas. À un certain moment, nous allons être en confrontation avec le régime si nous continuons à libérer de plus en plus de terres actuellement aux mains de Daesh – c’est bien entendu ce que nous souhaitons.

[RD] : Vous avez évoqué un nouveau développement sur l’arène syrienne. Quelle issue possible voyez-vous à la situation actuelle ? Quelle issue pratique, effective ? Que pensez-vous qu’il va se passer d’ici trois mois, d’ici six mois, d’ici un an ? Que va-t-il se passer en Syrie ?

[RH] : La question syrienne ne concerne plus exclusivement les Syriens. Elle a des conséquences dans tout le Moyen-Orient, en Europe et dans le monde entier. Elle fait peser une menace sur la sécurité mondiale et tous les pays du monde sont pratiquement dans un état d’alerte maximale. Nous remarquons, au cours de notre séjour ici, à New York, une mobilisation sécuritaire absolument énorme. C’est le résultat de ce qui se passe en Syrie. Il faut absolument mettre un terme à ce problème si le monde veut la stabilité et stopper la menace sécuritaire, ainsi que le déferlement des réfugiés. Cette situation ne pourra trouver un terme et cette menace ne cessera qu’en se débarrassant de celui qui a été à l’origine de cette terreur. Pour en finir avec cette terreur et ces menaces sur la sécurité. La Russie combattra-t-elle éternellement en Syrie ? Va-t-elle exterminer les Syriens jusqu’au dernier ? Il faut mettre un point final à cette situation et le monde entier recherche une solution. Au Conseil de Sécurité, lors de la tenue de l’Assemblée générale de l’Onu, un seul sujet a été discuté, celui de la menace terroriste et les événements en Syrie. Cela préoccupe le monde entier, c’est pourquoi le monde entier est contraint de mettre un terme à la tragédie actuelle en Syrie.

[RD] : Sur quoi misez-vous, en Europe ? Sur la position de la France ou sur le ton nouveau qu’a adopté la Grande-Bretagne ? Je sais que la France a soulevé la question des armes chimiques et du système de surveillance qui est supposé prendre une nouvelle orientation. L’on a recherché, au cours de séances à huis clos, le type et le mécanisme de surveillance, d’un côté, et les modalités de classification des organisations combattantes entre terroristes ou non terroristes. En qui avez-vous confiance, quel est votre principal soutien et comment peut-on imaginer une issue au conflit ?

[RH] : Depuis quelque temps, nous avons exposé, à Londres, notre vision d’une solution politique au conflit syrien. Notre vision est claire et nous avons reçu un soutien extrêmement important de la part de la Grande-Bretagne, de la France, de l’Allemagne, de l’Italie, de l’Arabie Saoudite, de la Turquie, du Qatar et des Émirats Arabes Unis. Bref : de tous les pays qui ont participé à la conférence de Londres et tous ces pays se sont exprimés et ils ont salué notre vision de l’avenir en Syrie, c’est une vision qui stipule le départ de Bachar al-Assad et de tous les membres de son entourage et de sa clique qui ont perpétré des crimes contre le peuple syrien. Il en est allé de même lors de nos rencontres avec des dirigeants internationaux en marge de la réunion de l’Assemblée générale de l’Onu. Il y avait une unanimité sur le groupe de Paris qui regroupe les amis du peuple syrien. Notre position était très claire pour tous, et tous l’ont soutenue. C’est pourquoi tous ces pays soutiennent notre vision des choses et les aspirations de notre peuple à se débarrasser du régime Assad.

[RD] : Ces pays soutiennent votre position par ce qu’il est convenu d’appeler des propos mielleux n’engageant à rien ou bien sont-ils effectivement prêts à vous soutenir logistiquement sur le terrain ?

[RH] : Nous espérons que ce soutien se développera sur ce niveau opérationnel. Les positions de ces pays, que ce soit au Conseil de sécurité de l’Onu ou à toutes les tribunes internationales sont dans l’intérêt du peuple syrien, de sa Révolution et de ses objectifs. Mais nous espérons que ce soutien va se développer pour devenir un soutien réel exerçant des pressions sur ce régime afin de modifier le cours de choses.

[RD] : Des doutes s’expriment sur votre compte, en tant qu’opposition syrienne. Ne m’en veuillez pas pour la franchise dont je vais faire preuve avec vous sur cette question. Vous supportez une grande partie du fardeau que représente la catastrophe qui est tombée sur la Syrie. Non que vous ayez détruit la Syrie, mais en raison de vos erreurs, de vos divisions et de vos tiraillements. Tout d’abord, contestez-vous ce que j’avance là ?

[RH] : Non, absolument pas. Je ne conteste pas la teneur de vos propos. Oui, c’est vrai. La Révolution syrienne pâtit de divisions. C’est là quelque chose de naturel qui se produit dans toute révolution. Mais, vous l’aurez sans doute remarqué, il s’est produit une évolution notable dans la dernière période. Le Haut Comité des Négociations regroupe aujourd’hui un large éventail de l’opposition politique syrienne, de la société civile syrienne et d’autres composantes dont, ce qui est extrêmement importante, des composantes de l’armée syrienne. Un nombre important des membres du Haut Comité sont des militaires. Aujourd’hui, il y a effectivement une position unifiée et la vision que nous avons exposée est celle de tous les Syriens.

[RD] : Cette vision est certes audacieuse et elle a procédé à de nombreux changements. Mais elle est encore déficiente dans une certaine mesure et elle n’est pas totalement en cohérence avec la réalité. Naturellement, vous avez le droit d’être ambitieux et d’avoir une vision prospective. Mais il semble que cette vision soit encore éloignée de la réalité ?

[RH] : Pour que vous ayez une bonne représentation des choses, je dirai que cette vision est celle des Syriens, que nous l’avons exposée et expliquée durant de nombreux mois et qu’elle a été l’objet de débats entre toutes les composantes et toutes les couches de la société syrienne. Nous l’avons édifiée sur la base des résolutions internationales et conformément aux constantes de la Révolution et de ses objectifs et nous nous sommes efforcés dans toute la mesure du possible d’œuvrer à l’unité de la Syrie, à son unité territoriale, à son indépendance nationale et à l’unité de la société syrienne, ainsi qu’à la conservation des institutions de l’État syrien. Naturellement, certaines institutions nécessitent d’être reconfigurées, c’est en particulier le cas des institutions militaires et des institutions sécuritaires. Je ne dis pas que notre vision soit idéale à cent pour cent, mais nous avons dit clairement qu’il s’agit d’une vision dynamique qui se caractérise par toute la souplesse requise et qui est susceptible d’évoluer conformément aux aspirations du peuple syrien à un avenir meilleur.

[RD] : Réalistement et logiquement, craignez-vous que le drame et le conflit en Syrie perdurent très longtemps, dix ans, vingt ans, cinq ans ?

[RH] : Non, non. Le conflit syrien ne durera pas longtemps, nous sommes en train d’en vivre les derniers moments.

[RD] : Que voulez-vous dire par « le conflit ne durera pas » ?

[RH] : Cela signifie qu’aujourd’hui la crise syrienne n’est plus, comme je l’ai mentionné à l’instant, la crise des [seuls] Syriens.

[RD] : C’est plutôt menaçant, non ?

[RH] : Non, ça n’est pas  une menace. Les États-Unis ont essayé de contenir la crise syrienne à l’intérieur des frontières de la Syrie, mais aujourd’hui la crise s’est échappée des frontières et nous avons assisté au flux des réfugiés et au déferlement de la terreur qu’a produit ce régime [criminel] au-delà des frontières de la Syrie. Avec l’Iran et les milices que ce pays a amenées depuis le Liban, l’Irak, l’Afghanistan et le Pakistan, ainsi que les forces russes présentes sur le sol syrien et que les Gardiens de la « Révolution » iraniens et d’autres mercenaires, la crise n’est plus « limitée » aux seuls Syriens. Ils disent que la solution serait « syro-syrienne ». « Laissez les Syriens décider de leur avenir par eux-mêmes » : ces propos, nous entendons Lavrov les répéter, et nous entendons aussi les Iraniens les rabâcher. S’ils étaient vraiment sérieux, ils sortiraient de Syrie, les forces russes, les forces iraniennes et leurs milices laisseraient le peuple syrien décider par lui-même son avenir avec ou sans le régime actuel. Après leur départ, le régime Assad tiendrait-il seulement un mois ? Non : ce sont eux qui maintiennent ce régime en survie artificielle.

 

[RD] : C’est vrai, ils ne s’en cachent même pas…

[RH] : Je ne suis pas d’accord avec vous : ils le dissimulent soigneusement, au contraire. S’ils supportaient ces propos, pourquoi sont-ils donc encore présents en Syrie ? Qu’ils laissent donc le peuple syrien décider par lui-même de son sort [comme ils le préconisent en paroles verbales] !

[RD] : Une dernière question : Alep est une bataille décisive pour tous les camps, aussi bien pour la Russie que pour l’Iran et pour le régime que pour l’opposition syrienne, et peut-être aussi pour Daesh et ses semblables. Quelles sont vos expectatives, que pensez-vous qu’il va se passer à Alep ?

[RH] : Alep est très importante pour nous, bien sûr. Malheureusement, nos concitoyens, à Alep, sont victimes d’une véritable extermination perpétrée par les forces russes et iraniennes. La Russie utilise pour la première fois de nouvelles armes extrêmement sophistiquées qui ont un effet proche de celui d’un tremblement de terre local, ce sont des bombes pour ainsi dire sismiques dont chacune pèse deux tonnes et demie. La Russie, actuellement, mène une guerre d’extermination contre le peuple syrien comme elle l’avait fait en Tchétchénie. Et elle fait cela contre la population civile d’Alep. Grâce au Ciel, nos concitoyens et nos révolutionnaires tiennent bon. Mais la douleur est immense et les pertes [humaines et matérielles] sont considérables. Des enfants, des femmes sont tués ou blessés, les destructions sont énormes. Mais, à Alep, il y a aussi une bataille qui se déroule et il y a d’autres batailles, sur d’autres fronts qui ont été ouverts ou qui se sont réactivés. Et les Révolutionnaires ont progressé dans d’autres régions, notamment à Hama. La bataille, à Alep, n’est pas près de cesser, elle se poursuivra. Le régime peut progresser en un point donné, mais les Révolutionnaires peuvent aussi regagner le terrain perdu, par la suite. C’est ce qui s’est produit dernièrement. Le régime a progressé sur de nombreux fronts, mais les Révolutionnaires syriens ont réussi à reprendre aux forces du régime et aux forces russes les positions qu’elles avaient conquises. Cela signifie que la puissance destructrice à laquelle la Russie a recours est une chose épouvantable [c’est une politique de la terre brûlée].

[RD] : Pourquoi ne demandez-vous pas à vos amis de protester au Conseil de Sécurité, si ces bombes « sismiques » sont prohibées par le droit international ?

[RH] : Ces armes sont internationalement prohibées et les Russes, de surcroît, les utilisent contre des civils. Aujourd’hui, j’ai conféré avec M. Ban Ki-Moon et je lui ai demandé de faire une déclaration aux médias et à prendre ses responsabilités en sa qualité de Secrétaire général de l’Onu face aux armes internationalement prohibées qu’utilisent la Russie, l’Iran et le régime Assad : gaz de combat, napalm, bombes incendiaires au phosphore et bombes à fragmentation. Auxquelles s’ajoutent aujourd’hui les bombes russes sismiques à ondes de choc.

[RD] : Le président turc Recep Tayyip Erdoğan entretient d’excellentes relations avec le président russe Vladimir Poutine. Pourquoi ne soumettez-vous pas ce problème à ce dernier par l’entremise d’Erdoğan ? Avez-demandé à ce dernier de faire quelque chose à ce sujet ?

[RH] : Cela, nous le demandons à tous les responsables.

[RD] : Oui. Mais à la Turquie en particulier, à Recep Tayyip Erdoğan ?

[RH] : Nous demandons à tous nos interlocuteurs et au Conseil de Sécurité d’intervenir. Nous exigeons de tous qu’ils assument leurs responsabilités à l’égard du peuple syrien. L’extermination dont les civils syriens, le peuple syrien sont victimes actuellement est le fait de la Russie, de l’Iran et du régime criminel de Bachar al-Assad.



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