Marine Le Pen et la Syrie par Bernard Guetta (France Inter)

Article  •  Publié sur Souria Houria le 21 février 2017

Marie Le PEN et le président libanais Michel Oun

Marine Le Pen et la Syrie

Pour elle, c’était une première. Mme Le Pen, la candidate à la présidentielle française qui caracole aujourd’hui en tête des sondages, était hier au Liban où elle a été reçue par le chef de l’Etat, Michel Aoun, et le Premier ministre, Saad Hariri.

Jamais elle n’avait eu droit à tant d’honneurs. Jamais un pays étranger ne l’avait traitée en personne pouvant accéder à la plus haute fonction de la République et jamais n’avait-elle ainsi eu l’occasion de développer aussi solennellement, si près de Damas, sa vision de la crise syrienne.

Pour elle, les choses sont simples. « J’ai clairement exprimé, a-t-elle indiqué après son entretien avec le Premier ministre, qu’il m’apparaissait que Bachar al-Assad était évidemment une solution bien plus rassurante pour la France que l’Etat islamique ». « Il m’apparaît, a-t-elle ajouté, n’y avoir aucune solution viable et plausible en dehors de ce choix binaire qui est Bachar al-Assad d’un côté et l’Etat islamique de l’autre ».

C’est une position limpide, parfaitement limpide, mais elle n’en est pas moins surprenante car qui propose, en France ou ailleurs, de faire de l’Etat islamique, des égorgeurs de Daesh, une solution à la crise syrienne ? Personne, absolument personne.

Cette option que Mme Le Pen repousse pour mieux prôner la solution Bachar al-Assad n’est défendue ni par les Américains, ni par les Européens, ni par les pays sunnites, ni par la Turquie, ni par l’Iran et la Russie, bien sûr, qui sont totalement aux côtés du régime syrien.

Mme Le Pen se bat là contre des moulins à vents puisque la seule autre personne à présenter ainsi les choses est Bachar al-Assad dont toute la politique consiste à dire que c’est lui ou Daesh. Or même les Russes n’en sont pas là puisqu’ils s’efforcent de favoriser un compromis entre le régime syrien et une opposition qui n’est pas Daesh et qui existe tellement que la Russie est en discussion avec elle et l’a conviée à des négociations avec le régime de Damas.

Mme Le Pen ne semble pas bien au courant de la simple actualité internationale mais au-delà même de ces questions de faits a-t-elle raison de penser que Bachar al-Assad serait, pour la France, une solution plus rassurante que Daesh ? Eh bien non, pas non plus, car le problème ne se pose pas ainsi puisque l’Etat islamique est en train de perdre la partie et ne peut heureusement plus prendre le pouvoir alors que Bachar al-Assad, grâce à la Russie, s’est considérablement consolidé. Ce n’est pas l’un ou l’autre. C’est Bachar al-Assad ou un compromis avec l’opposition et, si ce président honni de son peuple retrouvait tous ses pouvoirs, la question des réfugiés ne serait pas résolue avant longtemps et ni la France ni aucun autre pays européen ne s’en sortirait mieux.

Soutenir Bachar al-Assad c’est faire durer cet exode des Syriens vers l’Europe dont ne veut plus Mme Le Pen qui est ainsi en pleine contradiction avec elle-même et, bien plus grave encore, avec les intérêts de la France.



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