Modalités et supports de la communication du régime syrien – par Ignace Leverrier

Article  •  Publié sur Souria Houria le 30 octobre 2013

L’étude des modalités et des supports utilisés par le régime syrien pour sa communication à destination de l’extérieur ne manque pas d’intérêt. Incapable de se reposer sur ses propres citoyens pour cette opération, qu’il conçoit comme une guerre non seulement contre ses opposants mais contre la réalité et les événements, il recours en priorité à des amis ou à des mercenaires étrangers. Parmi bien d’autres, on se penchera ici sur le cas de René Naba, un journaliste franco-libanais ayant effectué une longue carrière dans l’audio-visuel public français. Son dernier article se présente comme une nouvelle illustration de sa stratégie de défense du pouvoir en place en Syrie. Comme si Bachar al-Assad pouvait figurer à quelque titre que ce soit parmi les « pays arabes séculiers » et/ou revendiquer la représentation de la « résistance arabe ».

« Résistance » (Caricature d’Ali Farzat)

Pour décrypter la nature exacte de l’agenda de René Naba dans la crise syrienne, il suffit, sans se laisser induire en erreur par quelques pages destinées à brouiller les pistes, d’aller à l’essentiel. On le trouve dans les paragraphes que, sous le titre “Un procès politique sous habillage juridique”, l’intéressé a naguère consacré à la défense de Michel Samaha. L’ancien ministre phalangiste libanais, chargé par Bachar al Assad de sa promotion médiatique, venait d’être arrêté en août 2012, en flagrant délit de participation à une terrifiante entreprise de manipulation, ourdie avec l’aval des plus hautes personnalités du régime par les services syriens.

Pour défendre cette « prise de guerre » du pouvoir syrien, René Naba a tenté de noyer le poisson et de réduire l’arrestation de son mentor à un épisode de la vieille vendetta entre services libanais et syriens. Très significativement, le “journaliste d’investigation” s’est abstenu de mentionner la base factuelle des accusations qui pesaient sur le communicateur de Bachar al-Assad. Il faut les rappeler car elles étaient pourtant particulièrement graves : l’ancien ministre libanais a été arrêté alors qu’il venait de transporter des explosifs dans sa voiture, de Damas à Beyrouth. Des enregistrements faits à son insu en explicitaient la destination, à savoir l’organisation sur le sol libanais d’attentats contre des personnalités chrétiennes… pro-syriennes. L’objectif de cette opération à laquelle Michel Samaha apportait son concours était de discréditer l’opposition sunnite syrienne, au sein du courant libanais du Futur comme auprès des milieux occidentaux traditionnellement favorables aux Chrétiens d’Orient.

Avec des moyens différents, la mission de René Naba est la même : discréditer, en les privant de légitimité nationaliste, ceux qui s’en prennent à Bachar al-Assad. À défaut de défendre un régime qu’il sait indéfendable, et qu’il prend soin d’égratigner ici et là pour brouiller les pistes, il s’emploie essentiellement à discréditer l’opposition à ceux qu’il a pour mission de protéger. Le large front des opposants est donc qualifié d’ “off shore et ses leaders, parce que certains d’entre eux sont – comme lui-même d’ailleurs… – des binationaux, sont présentés comme ayant été purement et simplement fabriqués par l’Occident et ses alliés conservateurs arabes. Sous couvert ultime de défense de la Palestine – Hamas a trahi, seul le Hizbollah tient bon… -, l’objectif d’une telle ligne de communication est bien sûr de prévenir toute mobilisation internationale efficace en faveur de l’opposition au régime en place à Damas dont, sans pouvoir l’énoncer clairement, il lutte avec constance pour la survie. Quitte à réduire à « un épisode » le gazage, le 21 août 2013, par le chef de l’Etat syrien, de sa propre population ! Quitte à faire croire que les al-Assad père et fils ne se sont jamais retirés, à la différence du Hamas, du champ de bataille avec l’ennemi isréalien !

Le lectorat du site musulman francophone Oumma.com a été l’un des terrains de manœuvre récents de René Naba et sans doute l’une de ses plus belles prises de guerre. Le résultat de son emprise sur la rédaction du site n’a pas tardé à se manifester. Le soutien initial très clair d’Oumma.com à l’opposition syrienne a insensiblement laissé place d’abord à une vision dualiste présentant les opposants et les soutiens au régime… sur un pied d’égalité, avant, comme l’a démontré chiffres à l’appui Thomas Pierret sur son blog Mediapart, de basculer majoritairement dans l’entreprise de discrédit de cette opposition.

Les contradictions ne manquent pas dans l’argumentaire “nationaliste” à deux vitesses de Naba. Celui qui prive Bassma Kodmani ou Bourhan Ghalioun de leur légitimité de citoyens syriens du seul fait de leur parcours professionnel en France oublie ainsi qu’il a été lui-même de très nombreuses années un rouage discipliné de l’audio-visuel français d’Etat. Il s’honore d’avoir été associé aux travaux d’une fraction de l’opposition syrienne – jamais reconnue comme leur représentante par les Syriens en quête de changement -, tout en montrant dans la critique de l’opposition reconnue par les révolutionnaires un bel acharnement…

source : http://syrie.blog.lemonde.fr/2013/10/29/modalites-et-supports-de-la-communication-du-regime-syrien/

date : 29/10/2013



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