Monsieur Gauck, s’il vous plait, regardez cette ville ! par Markus C. Kerber

Article  •  Publié sur Souria Houria le 15 février 2014

Monsieur Gauck, s’il vous plait, regardez cette ville ! 
Eh oui, le siège de la ville de Homs concerne aussi l’Allemagne.
Markus C. Kerber

Alors qu’à l’occasion de la conférence pour la sécurité de Munich -un salon de l’OTANMonsieur
Gauck essaye de convaincre les Allemands de prendre plus de responsabilités
militaires dans le monde, il se joue devant notre porte, en Méditerranée, un drame
humanitaire dont l’étendue nous rappelle l’ « épuration » du Kosovo. Il s’agit de la guerre
civile en Syrie. Nous sollicitons l’attention de notre estimé lecteur sur la ville dont les
souffrances incarnent non seulement une nostalgie de de la liberté mais aussi une
indifférence permanente des Occidentaux envers les crimes contre l’humanité. À l’instar de
son père qui, il y a plus de 30 ans, bombardait Hama sans scrupules et laissait derrière lui
environ 20 000 morts pour consolider son pouvoir, le fils Baschar al-Assad se concentre sur
la répression stratégique de la ville de Homs. La ville assiégée de troupes régulières héberge
toujours, malgré sa destruction presque complète, un nombre considérable de civils ainsi
que les combattants inlassables des différentes forces d’opposition. Il se peut que l’un ou
l’autre d’entre eux soit djihadiste mais cela ne change rien au fait que l’Allemagne et
l’ancien pasteur Gauck sont désormais priés de ne plus ignorer le problème.
Malgré la dictature, la Syrie se singularisait par sa tolérance religieuse, à l’instar du Maroc.
Les acteurs du Printemps Arabe de 2011voulaient instaurer une démocratie et un État de
droit comme dans les pays occidentaux. Les Syriens, et plus particulièrement ceux qui
habitent à l’étranger, occupent des postes généralement haut placés d’experts grandement
qualifiés. Il ne s’agissait pas de savoir s’ils auraient pu eux-mêmes diriger un pays
démocratique mais plutôt de trouver celui qui pourrait imposer cette façon de diriger. La
famille de Baschar al-Assad, qui gouverne le pays comme s’il lui avait été offert par Dieu,
n’a pas voulu entendre parler de telles reformes. Depuis ce moment-là, al-Assad mène une
guerre terrible contre son propre peuple et laisse ses milices avoir recours à des atrocités que
ses propres troupes régulières hésitent à accomplir. Le bilan s’élève à près de 200 000 morts
et 3 millions de réfugiés. Chaque Syrien qui peut se le permettre décide, comme de
nombreux Chrétiens, de quitter le pays. Si les Occidentaux, malgré leur pluralité, avaient
soutenu les mouvements de libération à temps, l’opposition serait aujourd’hui bien plus
homogène et le régime syrien n’aurait jamais réussi à mobiliser les aides militaires du
Hezbollah chiite et du régime iranien. Mais les Occidentaux, y compris les élites politiques
allemandes et leur président, ont d’abord décidé d’ignorer le problème puis ont fini par
laisser les États-Unis, la Russie ou encore la Grande Bretagne et la France élaborer des
stratégies. C’est ainsi que la France et l’Angleterre se retrouvent au premier plan alors que,
dans le cadre de la Première Guerre Mondiale, ils ont partagé le Proche Orient de telle sorte
que toute stabilisation durable, sans même parler de paix, avait était rendue impossible.
Tandis que le carnage syrien continue, Baschar al-Assad qualifie les négociations entre
différents groupes d’opposition et le gouvernement officiel à Genève d’insignifiantes pour
le futur du pays. En ce qui concerne Homs, les deux côtés étaient prêts à s’entendre sur un
« corridor humanitaire ». Cela aurait permis aux femmes et aux enfants de quitter la ville et
donné bien entendu la possibilité aux troupes régulières de la conquérir et d’achever les
derniers opposants.

La situation de Homs nous concerne tous. Alors qu’un engagement allemand est désormais
essentiel pour régler le conflit, les Allemands prient les personnes concernées de ne plus
ignorer le problème. Mais la Syrie et la ville de Homs paraissent bien loin pour ces hommes
politiques provinciaux qui dirigent l’Allemagne. Ils préfèrent agir comme le font habilement
les Français, c’est-à-dire attendre qu’on leur montre la Centrafrique et l’aéroport de Bangui
sur une carte. Il semblerait que là-bas, la sécurité ne pourrait plus être assurée et les troupes
françaises auraient immédiatement besoin d’aide de la part de l’Allemagne. Peut-être que le
président de la République fédérale se charge après coup de demander ce que les soldats
allemands en Afrique ont à voir avec le prolongement de la puissance française sur le
territoire africain. Le nouveau commandant suprême des forces armées, Ursula von der
Leyen, ministre de la défense, ancienne interne hospitalière et ministre de la famille, s’est
montrée favorable aux sollicitations françaises et voit déjà la possibilité d’accompagner
personnellement une telle intervention de la Bundeswehr. Le Président Fédéral devrait
prendre conscience une bonne fois pour toute que l’histoire de l’Allemagne n’a plus à
influencer les engagements du pays à l’étranger. Il s’agit néanmoins de faire attention à ce
que les soldats allemands n’interviennent pas au-delà de leurs frontières. Si le pasteur
Gauck et l’ambitieuse nouvelle ministre s’y mettent, ils pourraient laisser l’aéroport de
Bangui aux mains des Français et utiliser en revanche toute la puissance de l’Allemagne
pour libérer la Syrie de ses bouchers. Au préalable une mise au point avec la Russie est
essentielle pour s’assurer que même si elle n’a pas vraiment d’affinité avec al-Assad, sa
stratégie méditerranéenne ne dépend pas de l’issue du conflit syrien. La Russie a toujours
été attirée par les mers chaudes. Raison de plus pour l’Allemagne de faire jouer son poids
dans les négociations avec la Russie. Les derniers opposants de Homs vous attendent,

Monsieur le Président. Cessez de détourner le regard, ou la Syrie va connaitre une
persécution archaïque des Chrétiens semblable à celle qui existe en Iraq !1
1 Voir L’expulsion des Chrétiens en Irak, FAZ du 26.02.2011, P. 31, « L’Exode »
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