Nicolas Henin: » Les terroristes sont des déchets que nous avons produits »

Article  •  Publié sur Souria Houria le 25 juin 2016

Il a bien connu Mehdi Nemmouche, le tueur présumé du musée juif de Bruxelles. Le journaliste Nicolas Hénin, a reconnu Nemmouche comme l’un de ses geôliers, après l’attentat qui a ôté la vie à quatre personnes. Le terroriste jouait les gardiens et les tortionnaires, à l’époque où Hénin était otage du groupe terroriste État islamique. « Ce qu’il a fait ? Ça ne me surprend pas, il a fait ce qu’il disait qu’il allait faire. C’est un rigolo. Un criminel comme beaucoup d’autres, c’est quelqu’un qui n’a ni consistance, ni intérêt« , déclare-t-il à propos de Mehdi Nemmouche. Dix mois de calvaire, avec trois autres otages français, et bien d’autres nationalités, enfermés dans les sous-sols de l’hôpital d’Alep. On l’appelait « Abou Omar le cogneur« , Nemmouche. Une brute « au très grand ego« , comme l’a décrit Nicolas Hénin. « Quand il ne chantait pas, il torturait« , disait le journaliste après sa libération en avril 2014

L’état islamique est-il structuré ?

Malgré la captivité, l’ex-otage reste lucide. Il estime que le groupe terroriste État islamique puise sa force dans le malheur des sociétés. « Ils ont réussi à rapprocher d’une part, des populations qui sont, en Syrie et d’Irak, inscrits dans des logiques de guerres civiles et des populations de nos pays qui se sentent en rébellion, marginalisés dans nos sociétés« , analyse le journaliste français.

Pour lui, les terroristes de l’État islamique n’ont pas pour objectif premier de tuer, mais comme leur nom l’indique de terroriser et de changer notre vision de la société.

Nos sociétés responsables 

Nicolas Hénin va même un cran plus loin et estime que : « Ces djihadistes sont des produits, des déchets de nos sociétés. C’est le résultat des mots et des problèmes mal gérés qui se retrouvent aujourd’hui exportés sur le terrain syrien« . Et d’ajouter : « Quant aux combattants radicalisés en Syrie et en Irak,  ce sont aussi des déchets de nos politiques étrangères qui ont échoué à résoudre les problèmes que nous avons-nous-même provoqués« .

Charlie Hebdo, le Bataclan, Bruxelles et après ?

A quelques jours de l’ouverture de l’Euro 2016, tous les regards se dirigent vers la France et sa sécurité. De nombreux observateurs craignent des attaques lors de cet événement sportif d’envergure. « Nous avons aujourd’hui, sur le sol européen, très probablement des terroristes en puissance qui cherchent à commettre des actes terroristes. Tous les services de renseignements le disent. Mais qui sont-ils ? Où vont-ils frapper, où en sont leur projet ? C’est ce que doit trouver la police« , explique-t-il.

Une vie après la captivité

Aujourd’hui, Nicolas Hénin continue son métier: il écrit, il raconte. Il pose un diagnostic aussi. Après les événements de Paris, il s’est dit « ni surpris, ni incrédule« . Parfois, sa volonté de comprendre et d’expliquer titille notre part de responsabilité. À la question de savoir si la captivité l’a changé, il répond : « C’est dix mois d’ennui que l’on cherche à tuer. Dix mois de qui nourrisse le discours, la réflexion et de compréhension que j’exprime dans des livres et dans les conférences« .



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