our Salam Kawakibi, politologue syrien, les terroristes ont « une image déformée » de l’Islam – par Angelique Schaller

Article  •  Publié sur Souria Houria le 4 décembre 2015
Pour Salam Kawakibi, politologue syrien, les terroristes ont « une image déformée » de l'Islam

Pour Salam Kawakibi, politologue syrien, les terroristes ont « une image déformée » de l’Islam

Politologue syrien, Salam Kawakibi livre de premières réflexions sur les raisons de l’attentat et rappelle que la pensée musulmane éclairée est le pire ennemi des terroristes.

Politologue, Salam Kawakibi a dirigé l’Institut Français du Proche Orient d’Alep avant de devenir directeur de recherche et directeur adjoint de l’Arab Reform Initiative (ARI) à Paris. Il devait participer aux Rencontres d’Averroès. Entretien.

Restaurants, salle de concert, stade… Quel sens ont les cibles choisies pour les attentats ?

Les terroristes se sont attaqués aux lieux de plaisir. Se faisant, ils propagent une image déformée de la religion musulmane qui est aussi une religion de plaisir et de désir. Mais cette image fausse est malheureusement accueillie par beaucoup comme réelle. Ce qui est aussi la faute de ceux qui ne font rien pour contredire le processus. Par peur. Car les gens éclairés ont peur. Or, le pire ennemi des terroristes est la pensée musulmane éclairée. Avant de s’attaquer aux non-musulmans, leurs principales victimes sont d’ailleurs des musulmans. En Syrie, ils sont sous le double joug du terrorisme d’État et de Daech.

Pourquoi la France ?

Il y a en France une assise parmi des groupuscules extrémistes au sein de la jeunesse, une jeunesse délaissée et exclue, mal encadrée par l’État mais aussi par les associations. Il y a aussi l’intervention de la France en Syrie, la France est engagée contre Daech mais aussi contre la raison d’être de Daech : le régime syrien. Le message de Bachar al-Assad suite aux attentats est d’ailleurs d’un cynisme sans nom : il présente ses condoléances et affirme que c’est ce que la Syrie vit depuis 5 ans. C’est de la désinformation mais qui malheureusement peut trouver un écho certain.

Mais le refus de collaborer avec Bachar al-Assad n’est-il pas en train de se fissurer en France ?

Des députés en font effectivement désormais l’éloge. Des élus de la République qui sont dans la plus grande ignorance du phénomène. Même Hubert Védrine est allé jusqu’à affirmer que l’on pouvait travailler avec Bachar al-Assad, justifiant ses propos par l’alliance passée avec Staline contre Hitler. Mais cela n’a rien à voir. Staline était un homme fort dans un état fort. Là, Bachar al-Assad n’est à la tête que d’une minorité et son pouvoir repose sur une alliance avec les Russes et les Iraniens. Le parallèle a néanmoins donné lieu à une phrase médiatique qui se retrouve ensuite dans la bouche de tous les commentateurs.

En Syrie, les Russes ne sont-ils pas en train de « reprendre » la main ?

Les Russes font des frappes qui ont d’abord ciblé les rebelles modérés, qui ont causé la mort de civils et provoqué des exils. Ils sont dans la contradiction, affirmant un jour qu’il n’y a pas d’opposition modérée et les invitant le lendemain à Moscou. Mais c’est normal dans la mesure où il n’y a pas de contre-discours. Ils ont bien compris l’explosion de l’occident sur le sujet, l’indifférence des Etats-Unis, l’absence de politique européenne étrangère commune et la montée des extrêmes droites.

Mais vous dites aussi que la France a une politique claire ?

L’Europe voit la région à partir de deux angles : le terrorisme et les réfugiés. Elle se concentre sur les conséquences et ignore les causes. La France, elle, frappe Daech mais rappelle aussi souvent avec raison que si on ne trouve pas une solution politique à Damas, il y aura d’autres Daech. Elle n’a pas changé de position depuis 2011 et plaide pour une transition politique pacifique soutenue par l’opposition modérée. Et elle paye le prix de cette politique.

Comment réagir selon vous ?

Le plus grand danger est de pencher pour une gestion sécuritaire de l’après-13 novembre. Il faut une solution globale, qui passe par le sécuritaire mais aussi l’éducation, le social et l’international. Faute de quoi, cela renforcera la haine, suscitera la méfiance. Cela suppose un travail de l’État mais aussi un engagement citoyen et de tous les partis politiques. Ce qui me semble difficile avec la polarisation politique actuelle et nul doute que certains politiques vont chercher à exploiter l’événement.



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