Paroles de Syriens, pour le 3ème anniversaire de la révolution en Syrie (5) – par Subhi Hadidi – présenté par Ignace Leverrier

Article  •  Publié sur Souria Houria le 23 mars 2014

Dans des conditions humainement et matériellement atroces,

la révolution syrienne entame en ces jours sa quatrième année.
Chacun à sa façon,
des citoyens et des responsables de l’opposition syrienne
ont accepté de résumer en quelques lignes
le message qu’ils souhaitaient à cette occasion
adresser à la population française.

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Subhi HADIDI
citoyen syrien
et critique et analyste au journal Al-Quds al-Arabi

Soubhi HadidiSubhi Hadidi

En mars 2011, le peuple syrien s’est soulevé pour la liberté, la dignité, l’égalité et la justice sociale. Il s’est dressé contre un régime qui avait méprisé et combattu ces valeurs au long de quatre décennies, et qui leur avait substitué un système despotique et corrompu, un pouvoir familial transmis par héritage et des réseaux d’allégeance communautaire. Il avait également réprimé la société au moyen de ses appareils sécuritaires. Disposant de prérogatives illimitées, ceux-ci procédaient à des arrestations arbitraires, soumettaient qui bon leur semblait à la torture et étranglaient les libertés, au plus total mépris pour les lois d’exception imposées et en vigueur depuis 1963.

Tout le monde connaît désormais dans les moindres détails les souffrances endurées par les Syriens, en Syrie comme dans les camps de réfugiés et dans les multiples lieux de leur exil. Ces souffrances résultent de la sauvagerie du régime et des méthodes fascistes mises en œuvre pour réduire le soulèvement, qui reposent sur le principe : « Al-Assad ou nous réduisons le pays en cendres ». De même, sont aujourd’hui évidentes les tactiques non-militaires, de la mobilisation confessionnelles aux massacres, au viol et au vol sur une grande échelle, auxquelles le régime recourt, tantôt pour inciter les Syriens à la vengeance mutuelle, tantôt pour encourager les groupes islamistes radicaux et djihadistes, dont il n’hésite pas à se faire le complice et dont il exploite les pratiques haineuses pour faire avaler son discours sur la domination par les « terroristes » du mouvement populaire. Mais, parce que ces tactiques ont échoué, ou parce qu’elles n’ont atteint qu’une part minime de leurs objectifs, le régime a été contraint d’attirer en Syrie des combattants des Gardiens de la Révolution iranienne et du Hizbollah libanais. Il y a aujourd’hui près de 35 groupes étrangers qui assument la plus grosse part de la charge militaire aux lieux et places des unités loyalistes.

La dernière arme dont le régime a bénéficié est le soutien absolu – financier, militaire, en armes et diplomatique – de ses alliés iraniens et russes, face à l’hésitation de la communauté internationale en général, et des Etats-Unis en particulier, à encourager les options susceptibles d’équilibrer le rapport des forces aux plans politique et militaire. Sans compter les pressions secrètes exercées par Israël, publiquement et en secret, pour prolonger la vie du régime aussi longtemps que possible, en application du principe que « le diable que nous connaissons – c’est-à-dire la famille al-Assad – vaut mieux que tout autre diable » syrien à venir, par définition inconnu.

Alors que le soulèvement syrien entame en ces jours sa quatrième année, il n’y a rien d’étonnant à ce qu’il offre un tableau d’une infinie complexité. Ce qui se déroule n’est en effet ni une guerre civile, ni un conflit confessionnel, ni un djihad… Il s’agit d’un soulèvement populaire confronté à une extermination collective. C’est pour cela que la victoire du peuple syrien modifiera le visage de la région toute entière. Il n’ouvrira pas seulement de nouveaux horizons devant les autres soulèvements arabes, en Tunisie, en Egypte, en Libye, au Yémen ou au Bahreïn. Mais il brisera le projet perso-iranien à l’œuvre dans le triangle Irak – Liban – Syrie. Il permettra à la compréhension par les Arabes de la liberté, de la dignité et de la justice sociale, d’accéder à un stade plus élevé. S’il est vrai que la victoire est en marche et qu’elle n’est qu’une question de temps, il est également exact, malheureusement, qu’elle exigera encore, de la part du peuple syrien, des pertes supplémentaires considérables.

Mais, tout compte fait, il n’a pas devant lui d’autre choix.

Subhi Hadidi

 



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