Paroles de Syriens, pour le 3ème anniversaire de la révolution en Syrie (6) par Burhan Ghalioun – présenté par Ignace Leverrier

Article  •  Publié sur Souria Houria le 23 mars 2014

Dans des conditions humainement et matériellement atroces,
la révolution syrienne entame en ces jours sa quatrième année.
Chacun à sa façon,
des citoyens et des responsables de l’opposition syrienne
ont accepté de résumer en quelques lignes
le message qu’ils souhaitaient à cette occasion
adresser à la population française.

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Burhan Ghalioun
citoyen syrien
et membre de la Coalition nationale

Burhan GhaliounBurhan Ghalioun

La Syrie… et le prix à venir du renoncement aux principes et aux engagements.

Il y a un peu plus de trois ans, reprenant ce que répétaient les jeunes tunisiens et égyptiens lors de leurs manifestations du Printemps arabe, quelques jeunes ont écrit sur des murs de la ville de Daraa une simple phrase : « Ton tour est venu, Docteur »…

Durant des jours, le gouvernorat de Daraa, l’un des fiefs du régime en place, a connu une situation de tension croissante. Ces jeunes n’ont pas seulement été arrêtés. Ils n’ont pas seulement été soumis à la torture. On ne leur a pas seulement arraché les ongles. Mais la Sécurité politique a refusé de les rendre à leurs familles, auxquelles elle a demandé de les « oublier ». S’ils voulaient d’autres enfants pour les remplacer, elles n’avaient qu’à envoyer leurs femmes à la branche du service en question pour que ses agents s’en occupent.

Cette histoire suffit à elle seule pour montrer la nature des relations existant en Syrie entre la classe dirigeante, dont le seul langage est celui de la force et de l’humiliation, et le peuple, obligé de s’incliner et de se soumettre comme un esclave à la volonté de celui qui maîtrise le fer et le feu.

Pour répondre aux manifestations pacifiques qui mobilisaient des millions de fils du peuple, encouragés par l’atmosphère du Printemps arabe à briser leurs chaînes et à respirer le souffle de la liberté, le dictateur Bachar al-Assad n’a rien trouvé de mieux, au début, que les tirs à balles réelles. Puis, rendant sanglantes les démonstrations, il a lancé contre elles l’armée et les forces armées, réduites au rôle de simples milices à sa solde, opérant hors de tout cadre légal et soumises directement à ses ordres, dans une confrontation totale et directe avec un peuple sacrifié.

Le massacre se poursuit en Syrie depuis trois ans. L’armée du dictateur a utilisé contre le peuple la totalité de ses moyens : les avions, les missiles balistiques et à chaleur, les bombes à fragmentation, les bombes à implosion, les bombes à sous-munitions et même les armes chimiques. Les despote a tué plus de deux cent mille de ses sujets. Il a poussé sur les routes de l’exode plus de neuf millions de Syriens, tandis que le nombre des réfugiés dans les pays voisins dépasse les deux millions et demi de personnes. Plus de onze mille hommes sont décédés sous la torture dans les geôles des Services de renseignements dans la seule ville de Damas. Chaque minute, trois Syriens sont condamnés à fuir vers l’extérieur. Toutes les deux minutes, huit enfants syriens sont obligés d’abandonner leurs maisons. Les enfants aujourd’hui déplacés sont aujourd’hui près de neuf cent vingt mille, soit le tiers environ de la totalité des Syriens contraints à l’errance. Quant aux destructions, elles ont mis à terre la plupart des villes, des villages, des bâtiments. Elles n’ont pas épargné les sites archéologiques.

Ces trois années d’une guerre aussi sanglante que dévastatrice n’ont suffi ni à émouvoir les Etats signataires de la Charte des Nations Unies, ni la conscience universelle. La « responsabilité de protéger » s’est perdue au milieu des marchandages politiques. Le destin du peuple syrien et de ses millions de victimes civiles ne pèse guère face à la peur d’ébranler les équilibres locaux, régionaux et internationaux. Après avoir fui leurs responsabilités en prenant pour prétexte une « guerre civile », les Etats signataires de la Charte ont pris leurs distances avec la revendication de liberté du peuple syrien. Ils ne pensent plus à lutter que contre les « organisations terroristes ».

Mais la fuite devant leurs responsabilités en Syrie poursuit désormais les uns et les autres. Le retour en arrière provoqué par la couardise et la pusillanimité des vieilles démocraties n’a pas tardé à montrer ses conséquences dans l’agression organisée contre l’Ukraine, ouvrant la voie aux séismes en chaîne que nous promet l’axe des néofascismes, de Moscou à Téhéran, en Europe, au Moyen-Orient et sur d’autres scènes.

Comment cette situation ne nous rappellerait-elle pas la lâcheté européenne qui, au siècle dernier, a incité l’Allemagne nazie à mettre en œuvre son projet de domination mondial ? Pour l’arrêter, il a fallu une guerre sanglante et exterminatrice. Des dizaines de millions d’êtres humains y ont perdu la vie, sans compter les destructions et des pertes économiques et en vies humaines terrifiantes…

Burhan Ghalioun

source : http://syrie.blog.lemonde.fr/2014/03/22/paroles-de-syriens-pour-le-3eme-anniversaire-de-la-revolution-en-syrie-6/

date : 22/03/2014



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