Khaled

Article  •  Publié sur Souria Houria le 23 avril 2012

20 avril 2012
Khaled. Hama-Syrie. Photo N.T. Camoisson
« Je traverse la nuit avec vous.
Et je sais que l’aube vient toujours.
Je la rejoins par un matin déjà chaud sur les berges de l’Oronte. Je quitte en silence l’hôtel endormi. Sur la pointe des pieds pour ne pas éveiller le garçon de l’hôtel dont le sommeil est secoué toujours par l’obsédante mission d’être aux aguets des désirs de ses maîtres. Sur la berge d’en face, vous êtes déjà là, près de la petite noria Dasha, la folle, que l’on nomme ainsi parce que son débit est frénétique et son énergie sans fin. Vous me voyez vous regarder, vous me faites de grands gestes, des saluts chaleureux et rieurs, « déjà debout ? ». Je me décide à vous rejoindre. Vous rejoindre, m’asseoir près de vous en silence, vous regarder envelopper la noria de vos gestes délicats et puissants, vous regarder vous concentrer, vous chamailler, vous efforcer et écrire vos gestes, vos mouvements, vos regards. Pour atteindre Dasha, il faut franchir un pont, écouter l’Oronte et son lent voyage depuis sa source puis traverser le jardin des odeurs du matin, longer les ruches, frôler de la main les grenadiers, lever les yeux vers les pêchers, saisir une feuille de menthe. Et vous voilà, avec vos belles chemises, vos pantalons aux plis parfaits et vos sandales légères. Et vous dansez sur les bras de la roue, équilibristes agiles malgré la rondeur de vos corps. Vos bras soulèvent les lourdes masses pour insérer les cales de bois de la roue. Vous travaillez sans économiser vos efforts mais vos gestes sont calmes et réfléchis. Et je vous regarde. J’aime tellement vous regarder. Et vous êtes fiers de ce regard d’une jeune femme écrivain française silencieuse qui se pose là tout près de vous chaque matin. Nous avons mis tant de temps à nous apprivoiser. Vous comme moi, un peu sauvages, pris dans la peau de nos pays, de nos cultures. Et nous voici, dans cette aube déjà chaude, sans barrières, dans la justesse de nos regards, dans la chaleur de nos silences. Puis l’odeur du thé nous invite au repos et nous formons une ronde paisible, nous partageons quelques olives et de la « Vache qui rit » étalée sur le pain frais. Et j’oublie d’écrire.
Je traverse la nuit avec vous.
Et je sais que l’aube vient toujours. »

M.C.

Source: http://coudertmarion.blogspot.fr/2012/04/khaled.html

 



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