Portrait : Maroine Al Dandachi, sécher les larmes de la Syrie… – par Sonia Amirat

Article  •  Publié sur Souria Houria le 18 février 2014

A l’heure où la Syrie croule toujours sous les balles, rencontre avec Maroine Al Dandachi, jeune étudiant français d’origine syrienne, partagé entre la “culpabilité de vivre en France” et l’espoir de voir son pays enfin libre. 

Maroine Al Dandachi © MENA PostMaroine Al Dandachi © MENA Post

En France, c’est une guerre que l’on suit de loin. Il ne s’est pourtant jamais senti aussi proche de la Syrie. Plus de deux ans après le début de la révolution damascène,  Maroin, 20 ans, étudiant en deuxième année à l’ISEN de Lille ” ne se sent plus à sa place en France.” À 3500 kilomètres qui le sépare du chaos que vit sa famille, le jeune homme s’est engagé à aider, comme il le peut, une terre qu’il qualifie “d’une diversité incroyable“.

Les mains dans les poches et la tête baissée, c’est néanmoins avec le sourire qu’il se remémore les souvenirs d’une enfance heureuse en Syrie. Des mélodies et des odeurs qu’il ne peut oublier. “Nous partions très souvent en vacances avec mes parents et mes sœurs dans mon village d’origine situé à la frontière libano-syrienne. C’était les meilleurs moments de ma vie“. C’est une Syrie brillante et sereine que le jeune homme a laissé derrière lui cet été de juillet 2010. Depuis, la vie de Maroine et de ses proches a viré au drame. D’abord il y a eu l’exil. Une partie de sa famille est allée se réfugier au Liban début 2012. Une fuite vers le territoire voisin dans l’espoir d’échapper à la guerre civile imminente. Puis, les morts. 21 membres de la famille de Maroine ont péri sous les balles et la torture depuis l’éclosion du conflit.  Un véritable déclic pour l’étudiant qui se devait de réagir. C’est après avoir perdu un cousin cher à ses yeux qu’il s’est juré de transmettre “sa vérité à lui.” Il souligne l’ignorance des gens face aux évènements en Syrie. Un élan qui le pousse à sensibiliser ses amis mais pas seulement.

Maroine ne sort jamais sans son smartphone, branché sur les médias du monde entier. Amer mais déterminé, il reste à l’affût de la moindre évolution. Il cherche, en vertu de la de la masse d’information qui gouverne sa vie, à “rendre justice à sa patrie“.  Chez lui, c’est derrière son écran d’ordinateur qu’il passe le plus clair de son temps. Très actif, Maroine fait partie de cette jeunesse meurtrie qui alimente les réseaux sociaux de vidéos et d’articles sur la révolution syrienne. Pour lui, mais surtout pour les siens, ce futur ingénieur veut se battre pour la paix.

Quand on aborde avec lui la question du djihad, il répond qu’en général “les jeunes qui partent en guerre ne connaissent pas la Syrie.” Une question reste alors en suspend. “Pourquoi je suis en France ?,” s’interroge-t-il. Des mots qui résonnent comme un cri de guerre qu’il ne peut pas faire. “Il faut savoir se raisonner. La Syrie n’a pas besoin d’homme. Elle a besoin d’arme” ajoute Maroine. Il en est désormais sûr. S’il le pouvait, il prendrait la route d’Alep. Non pas pour “poser des bombes” mais pour témoigner des faits et d’envoyer des dons humanitaires. Le lillois s’est rendu une première fois en août 2012 au nord du Liban. ” Je suis allé faire un tour là-bas pour les aider moralement et financièrement.

Lors de ce déplacement, Maroine a vu passer de très près les bombardements syriens. Cela ne l’empêchera surement pas d’y retourner d’ici l’année prochaine. Il n’espère qu’une chose: que les coupables paient de façon juste. Pour que le printemps revienne enfin en Syrie.

Sonia AMIRAT

source : http://www.mena-post.com/2014/02/12/portrait-maroine-al-dandachi-secher-les-larmes-de-la-syrie/
date : 12/02/2014


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