Pourquoi l’axe Téhéran – Moscou – Pékin soutient le régime de Bachar al-Assad

Article  •  Publié sur Souria Houria le 22 février 2012

Alors que les forces syriennes intensifient leur assaut sur la ville martyre de Homs, le soutien diplomatique et financier de la Russie, de la Chine, et de l’Iran ne faiblit pas. Tour d’horizon des raisons de ce soutien indéfectible.

Le régime syrien est loin d’être isolé dans son combat pour mater la rébellion, comme en témoigne l’arrivée de deux navires de guerre iraniens à la base navale de Tartous. Retour en questions – réponses sur les soutiens russe, chinois, et iranien au régime de Bachar al-Assad avec le spécialiste en politique étrangère de FRANCE 24, Robert Parsons.

Qu’est ce qui a poussé l’Iran à envoyer deux navires de guerre en Syrie ?

Il s’agit de faire d’une pierre deux coups pour les Iraniens. Il est très rare pour la marine iranienne de s’aventurer en Méditerranée. L’objectif de Téhéran est de montrer ses capacités de projection militaire au moment où Israël se fait plus menaçant que jamais. L’Iran est essentiellement en train de dire qu’il pourra riposter en cas d’attaque israélienne sur ses installations nucléaires.

De plus, Téhéran montre ainsi qu’il n’a aucune intention de laisser tomber son allié régional, Bachar al-Assad. La Syrie est l’élément clef de l’influence iranienne au Moyen-Orient, à travers notamment le Hamas et le Hezbollah. Si l’Iran perd son allié syrien, c’est toute sa politique au Moyen-Orient qui s’écroule.

Est-ce que le soutien des Russes et des Chinois apporte un vrai répit au régime d’Assad ?

Cela ne fait aucun doute. La Russie et la Chine ont mis leur véto à une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU – ce que beaucoup de personnes ont considéré comme un feu vert au gouvernement d’Assad pour mater militairement la rébellion. Ni la Russie, ni la Chine ne veulent que l’ONU soit utilisée pour légitimer une intervention dans les affaires intérieures d’un pays souverain. Il ne faut pas oublier que la Russie a mené deux guerres contre son propre peuple en Tchétchénie, durant lesquelles l’armée russe a fait preuve d’encore plus de brutalité que les forces syriennes. Moscou ne veut surtout pas créer un précédent afin d’empêcher qu’un jour l’ONU soit tentée d’intervenir dans les affaires intérieures russes.

Quant à la Chine, elle affirme que le soutien des Occidentaux et de la Ligue arabe à l’opposition syrienne rend la guerre civile inévitable. Mais, à l’instar des Russes, Pékin est surtout effrayé qu’une intervention en Syrie n’ouvre la porte à des interférences futures dans les affaires domestiques chinoises au Tibet ou au Xinjiang.

Quel est l’intérêt des Russes à ce que Bachar al-Assad survive à la rébellion en cours ?

Comme l’Iran, Moscou considère la Syrie comme sa pièce maîtresse au Moyen-Orient depuis plusieurs décennies. C’est une question de prestige pour la Russie dont l’influence dans le monde n’a fait que décliner.

Mais c’est aussi une question d’argent. La Russie a perdu beaucoup d’argent du fait de contrats annulés après la guerre en Libye et Moscou ne veut surtout pas que la situation se reproduise en Syrie.

Quels sont les enjeux militaires pour Moscou ?

On en revient à la base navale de Tartous. Il s’agit de l’unique base de la marine russe en Méditerranée. La Syrie est d’autant plus importante pour l’industrie militaire russe que les ventes à destination de la Libye et de l’Iran ont chuté. Au contraire, les exportations d’armes russes en Syrie ont plus que doublé entre 2007 et 2010, passant de 2,1 milliards de dollars à 4,7 milliards de dollars. Il n’est pas étonnant dès lors que les Russes aient catégoriquement refusé l’instauration d’un embargo sur les armes à destination de la Syrie.

source: http://www.france24.com/fr/20120221-syrie-pourquoi-axe-teheran-moscou-pekin-supporte-le-regime-bachar-al-assad



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