La machine de mort syrienne ne peut être un allié contre Daech

Communiqué Souria Houria  •  Publié sur Souria Houria le 2 octobre 2015

 

Livre_Cesar OperationLe livre de la journaliste Garance Le Caisne qui sort en librairie: « L’opération César, au coeur de la machine de mort syrienne », vient rappeler à ceux qui proposent d’intégrer la Syrie d’Assad dans une coalition contre Daech, la réalité de ce régime sanguinaire.

César, du nom de code de ce photographe de la police militaire syrienne, a risqué sa vie pour exfiltrer de la prison où il travaillait, pendant deux ans, 55 000 photos de détenus torturés à mort représentant 11 000 personnes. Autant de preuves accablantes de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité. L’enquête de la journaliste du JDD sur le fonctionnement de cette machine de mort syrienne est une plongée dans l’horreur qui ferait passer les actions barbares de Daech pour du travail d’amateur.Sur la base du témoignage de César, le Ministère des Affaires Etrangères a saisi le Procureur de la République et une enquête  pour « crimes contre l’humanité » visant le régime syrien a été ouverte le 15 septembre par le Parquet de Paris.

Le livre de Garance Le Caisne et cette enquête du Parquet de Paris viennent rappeler à ceux qui veulent nous le faire oublier que le bourreau ne peut être un partenaire. Car c’est ce régime-là que la Russie voudrait nous convaincre d’enrôler dans une coalition pour combattre l’organisation terroriste Etat islamique. Les présidents Hollande et Obama, à cette heure, ont opposé une fin de non recevoir à cette manoeuvre.

Si l’on devait considérer, hors toute préoccupation morale, la validité d’une telle proposition, on aurait peine à lui trouver un fondement autre que la tentative de remettre en selle le régime syrien comme le montre les frappes de la Russie  le 30 septembre sur Homs et Hama. Comment peut-on sérieusement penser que l’armée exsangue d’Assad, portée à bout de bras par ses deux parrains, l’Iran et la Russie, pourrait être d’une quelconque utilité dans cette coalition? Elle a perdu la plupart des batailles et se trouve aujourd’hui dans une bande côtière entre Damas et Lattaquié équivalant à 25% du territoire. Une portion qu’elle peine à défendre et qui serait encore grignotée sans l’aide de ses parrains Iran et Russie. Et si la Russie est venue s’implanter avec des équipements militaires dans la région de Lattaquié où elle possède depuis longtemps une base qu’elle fait agrandir, ce n’est pas dans le but de reconquérir le territoire perdu mais pour sécuriser celui que l’armée syrienne tient à grand-peine. Une armée qui a laissé entrer sans combattre les djihadistes de l’Etat islamique à Palmyre. Une armée qui peine à recruter parmi ses propres fidèles et doit se livrer à une conscription sauvage obligeant les fils des familles alaouites à fuir le pays, eux qui ont qui ont vu revenir tant de cercueils de leurs frères ou cousins. Une armée qui sous les ordres de son chef Bachar Al Assad a détruit les villes et le patrimoine de son pays dans des proportions incomparablement plus importantes que celles faites par Daech.

Et il faudrait l’enrôler dans une coalition internationale? Cette manoeuvre, pourtant grossière, trouve hélas beaucoup de défenseurs parmi les hommes politiques français et dans l’opinion. De même dans les médias, l’idée est de plus en plus avancée qu’il faudrait accepter le régime syrien aux côtés de la Russie dans une coalition contre Daech. A cela, le président français a fait le 28 septembre à l’ONU, une réponse négative ferme.

Non, l’auteur de crimes de guerre, dont une partie seulement est révélée dans le rapport César, ne peut être un partenaire. Le livre de Garance Le Caisne vient opportunément le rappeler. Il s’en trouvera hélas encore pour ne pas voir et ne pas entendre, ne pas comprendre que même face à la violence de Daech, on ne peut opposer un régime sanguinaire comme rempart. Et qu’on invoque pas la realpolitik. On ne peut éteindre l’incendie avec le fuel qui l’alimente.

note : Rappel de la conférence à l’IMA sur le rapport César, le 26/04/2014

Conférence sur la torture de masse en Syrie à l’IMA – David Crane
Conférence sur la torture de masse en Syrie à l’IMA – Hassan Shalabi
Vendredi 2 octobre 2015
Souria Houria (Syrie Liberté)



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