Quelle stratégie pour sortir de l’impasse ? – Par Céline Lussato

Article  •  Publié sur Souria Houria le 1 avril 2012

Créé le 30-03-2012 à 17h15- Mis à jour le 01-04-2012 à 09h54

Alors que la conférence des « amis du peuple syrien » vient de s’ouvrir à Istanbul, quelles directions prennent la communauté internationale, l’opposition et le régime?

Le régime de Bachar al-Assad accepte le plan de sortie de crise de l'émissaire Kofi Annan YURI KADOBNOV / AFP FILES / AFP

Le régime de Bachar al-Assad accepte le plan de sortie de crise de l’émissaire Kofi Annan YURI KADOBNOV / AFP FILES / AFP

Alors que les représentants de plus de 70 pays sont attendus ce dimanche à Istanbul pour la deuxième réunion des « Amis du peuple syrien », quelques jours seulement après l’accord de Bachar al-Assad sur l’application du plan Annan de sortie de crise, la situation semble toujours aussi bloquée.

Quelles sont les stratégies de la communauté internationale, de l’opposition et d’Assad dans cet imbroglio ?

Après deux résolutions bloquées au Conseil de sécurité par les vetos russe et chinois, un vote en Assemblée générale, des séries de sanctions européennes, un plan de paix de la Ligue arabe… la communauté internationale a tenté de sortir des sables mouvants dans lesquelles elle se débat depuis un an pour aider les Syriens à sortir de la voie de la guerre civile en mandatant Kofi Annan. Une initiative qui a le mérite d’avoir associé la Russie et la Chine à la pression internationale.

Mais si le plan en six points d’Annan a fait faire un pas en avant à Moscou et Pékin, il constitue en revanche un recul pour les Chancelleries européennes qui avaient appelé au départ de Bachar al-Assad, ce que ne propose pas le plan Annan.

Révolution russe?

Election présidentielle passée, la Russie est-elle moins campée sur ses positions ? Il n’y a pas de révolution dans la position de Moscou qui reste blessé d’avoir été dépassé par les événements libyens, désireux de se montrer comme un Etat fort, et dans la logique de la puissance chrétienne assiégée par une ceinture de terres d’islam, soucieuse de défendre les chrétiens d’Orient.

Quant aux Occidentaux : « Ce n’est pas un recul de notre part », souligne une source diplomatique européenne. « Fallait-il encore une fois proposer une résolution qui se serait heurté au veto russe ? » souligne-t-elle. « Et le plan Annan ne peut être dissocié des autres leviers à notre disposition », explique cette source à la veille du sommet des « amis du peuple syrien » qui doit se tenir dimanche à Istanbul.

Le savoir-faire de Kofi Annan, qui a réussi à garder le soutien de tous autour de son plan, est à saluer ! Aboutira-t-il a des avancées concrètes ? Rien n’est encore fait. Car si Bachar al-Assad a d’ores et déjà dit qu’il acceptait le plan de paix, aucune date pour sa mise en place n’a été décidée et le CNS, en plein chantier de reconstruction, n’a pas émis d’avis.

L’armée a encore intensifié ses opérations sur le terrain et le nombre de morts civiles dans ce conflit ne cesse de s’accroître. Le « Strategic Research and Communications Centre » recense au 30 mars quelque 11.950 morts. L’Onu retient un bilan officiel de 9.000.

Le chef des Nations unies, Ban Ki-moon, a donc appelé le président syrien à appliquer « immédiatement » ce plan qui prévoit notamment la cessation des violences par toutes les parties, la fourniture d’aide humanitaire et la libération des personnes détenues arbitrairement. Toujours en vain.

Quelle stratégie pour les oppositions ?

La situation est toujours plus difficile pour les opposants qui, à la faveur de l’enlisement de la situation sur le terrain et dans les chancelleries, apparaissent de moins en moins unis. Le Conseil national syrien, qui reste la principale représentation des opposants à l’extérieur du pays, a subi ces dernières semaines une perte d’effectif, certains membres préférant prendre leur distance. Répondant aux appels à l’unité de la communauté internationale, ils ont toutefois signé – à l’exception du Comité de coordination national pour le changement national et démocratique (CCNCD) et de factions kurdes – une charte définissant leur vision de la Syrie du futur et reconnaissant le rôle prééminent du CNS.

La réunion des « amis du peuple syrien » va peut-être leur permettre d’afficher une entente retrouvée. Elle ne sera en tout cas pas, de l’avis de sources diplomatiques, l’occasion d’une reconnaissance de la part de la communauté internationale.

Rien ne dit non plus que cette réunion sera l’occasion pour le CNS d’accepter le plan d’Annan. Car le Conseil national syrien est face à un choix impossible : accepter ce plan qui ne prévoit pas le départ immédiat de Bachar al-Assad et ne plus être reconnu par l’opposition intérieure, ou refuser ce plan – pour le même motif – et ne plus apparaître comme un interlocuteur raisonnable aux yeux de la communauté internationale.

Fragile union de la communauté internationale derrière Annan, stratégie du pourrissement d’Assad, désorganisation de l’opposition… Autant d’éléments qui ne laissent pas beaucoup d’espoirs aux opposants de l’intérieur.

Source: http://tempsreel.nouvelobs.com/la-revolte-syrienne/20120330.OBS5102/syrie-quelle-strategie-sortir-de-l-impasse.html

 



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