Quelles sont les conditions d’une extension de la guerre contre Dâ‘esh (EI, l’« Etat islamique ») au territoire syrien ? par Walid Shuqaïr

Article  •  Publié sur Souria Houria le 11 septembre 2014

traduit de l’arabe par Marcel Charbonnier – 05/09/2014

http://alhayat.com/Opinion/Walid-Choucair/4455117/الحرب-على-«داعش»-في-سورية-وشروطها

Walid Choucair

Walid Choucair

Le recoupement des intérêts entre les puissances régionales et mondiales en matière de lutte contre Dâ‘esh et contre l’extrémisme dans les pays où des affrontements multiples font rage entraînera-t-il un changement dans la géographie des alliances (et des confrontations), ou bien la situation se cantonnera-t-elle à une convergence d’intérêts entre ces puissances dans un combat commun contre la terreur ?

Cela dépendra de la voie qu’emprunteront les Etats-Unis.

En effet, Dâ‘esh n’était que la partie émergée de l’iceberg constitué par les politiques qui ont conduit à ce que l’on tombe dans le piège de l’« islam djihadiste ».

Si l’on peut juger de l’enchaînement des événements au travers des réactions suscitées par la montée de l’islam politique dans notre région du monde sous l’effet du Printemps arabe, Washington et certains pays de la région ont contribué à cette ascension, lorsqu’ils ont parié sur le modèle turc – ce (fameux) modèle turc qui a réussi, dans une certaine mesure, à diriger le pays et à réguler la vie de sa société.

Ce même pari a été projeté sur l’Egypte des « frères » (musulmans) et sur la Tunisie du mouvement Al-Nahdha, ainsi que sur leur homologue en Libye.

Mais ce qui s’est produit après l’échec de ces expériences a conduit à l’apparition d’un « islam djihadiste » dont l’Histoire a montré qu’il naît généralement d’un islam politique aspirant à gouverner.

Ce pari a été fait dans le contexte de l’ouverture américaine à l’islam politique (chiite) y compris en Iran. Peut-être cela contribuera-t-il à apaiser le conflit régional, parallèlement au désengagement de Washington d’une région qui lui a causé des maux de tête, tandis que le principal avantage que les Etats-Unis retiraient de leur implication directe, à savoir le pétrole, n’a plus pour eux l’importance de naguère. En effet, les découvertes et l’exploitation des gaz de schiste et de pétrole aux Etats-Unis ont commencé à entraîner une diminution de leurs importations d’or noir, et leur intérêt se ‘limite’ désormais à assurer la sécurité des routes d’approvisionnement en pétrole et en gaz moyen-orientaux de leurs alliés européens et asiatiques.

La mentalité américaine a considéré que les formations (militaires, partisanes et paramilitaires) régionales liées à Téhéran avaient en cette capitale une métropole capable de les contrôler, et que l’on ne pouvait en dire autant de leurs homologues sunnites qui échappaient au contrôle de tout Etat que ce soit. Mais les Etats-Unis ont manifestement oublié que Téhéran utilise ce type de terrorisme au service de sa stratégie, comme elle l’a fait en coopérant avec le régime de Damas et avec le gouvernement (du Premier ministre déchu) Nuri al-Maliki en Irak.

Et de même que le terrorisme auquel la Turquie a parfois eu recours a fini par échapper au contrôle de ce pays, il a échappé également à celui de Téhéran.

Soudain, l’administration du Président Obama a découvert les conséquences désastreuses de son pari sur de mauvais chevaux, qu’elle avait la ferme intention de substituer à son influence directe. Et voici que ce pari se met à produire des bêtes féroces, comme cela s’est produit en Irak.

Même s’ils ont tardé à évaluer la possibilité que des facteurs apparemment contradictoires entre eux aboutissent à la montée de fanatiques éradicateurs (takfîriyy) qui vivent en dehors du temps présent, les Américains ont pris conscience du fait que l’islam politique, avec ses deux branches sunnite et chiite, n’était pas en mesure de diriger les sociétés arabes ou, à tout le moins, qu’il ne leur procurerait jamais la moindre stabilité.

L’administration de Barack Obama en vient donc à reconnaître la nécessité d’un affrontement inéluctable et décisif avec Dâ‘esh depuis un lieu dont l’éloignement politique dépasse de très loin l’éloignement géographique. C’est la raison pour laquelle elle a besoin de ce que le président américain a qualifié de stratégie – une stratégie qui requiert une coordination avec les pays de la région et avec ceux qu’il a qualifiés d’alliés sunnites, après avoir ignoré les réserves de ces derniers vis-à-vis du comportement de Washington au Moyen-Orient. C’est aussi pour cette raison qu’Obama a assorti son engagement à « détruire l’Etat islamique » de la précaution oratoire selon laquelle cela prendrait du temps. Si les atrocités perpétrées par Dâ‘esh et l’effondrement de la succursale de l’Iran sur laquelle Obama s’est appuyé à Bagdad lui ont imposé de se lancer dans l’affrontement avant même que cette stratégie ne soit devenue lisible, sa complétion à l’échelle de toute la région requiert un plan politique cohérent, un plan qui soit aussi sécuritaire et militaire et qui, par conséquent, prenne en compte Dâ‘esh en Syrie – la Syrie étant le pays à partir duquel ce mouvement de terreur s’est étendu dans le « Pays des deux Fleuves », l’Irak.

Bien que les positions déclarées d’Obama et de la plupart des dirigeants européens semblent montrer leur détermination à ce que le régime de Bachar al-Asad ne puisse en aucun cas devenir un élément dans cette stratégie du fait qu’il a « contribué » à fabriquer Dâ‘esh, les dirigeants de la campagne militaire contre ce genre de terreur devront régler beaucoup de points restés en suspens. Et si l’Arabie saoudite a pris très tôt la tête d’une position décisive contre cette terreur, cela par des actions évidentes tant à l’intérieur d’elle-même que dans la région, en particulier au Liban et même si, ce faisant elle a démenti toutes les accusations selon lesquelles elle soutiendrait ces mouvements terroristes lancées contre elle par l’Iran et ses alliés, les autres pays participant à cette lutte contre ceux-ci doivent se déterminer plus clairement.

De plus, une participation de l’Iran à cette stratégie exigerait qu’aient été résolus ses conflits avec les pays de la région, notamment avec l’Arabie saoudite. En effet, il est naturel que ces autres pays adoptent une position claire sur l’« islam politique », à commencer par la Turquie, pour finir par le Qatar.

L’extension de la confrontation (contre Dâ‘esh) à la Syrie requiert que soient remplies plusieurs conditions et que des réponses soient apportées à un grand nombre de questions.

Va-t-on prendre Dâ‘esh pour cible en Syrie à la seule fin que le régime d’Assad puisse concentrer toutes ses forces contre l’opposition syrienne modérée, après que l’Occident ait contribué à affaiblir celle-ci ?

Ou bien se contentera-t-on de frappes aériennes en Irak aboutissant à ce que Dâ‘esh doive se replier en Syrie à la seule fin que le régime syrien et cette organisation terroriste s’épuisent mutuellement par attrition (et avec eux, possiblement, l’« autre » opposition, l’opposition non terroriste [la « bonne » opposition], en préparation à son anéantissement ultérieur ?

Si la confrontation contre Dâ esh est inéluctable à la fois en Irak et en Syrie, Washington, puis la Turquie et d’autres pays s’engageront-ils à soutenir l’opposition [syrienne] modérée et à l’encourager à s’unifier afin qu’elle puisse absorber les conséquences des frappes aériennes tout en parvenant à une solution politique de la crise syrienne ?

Quant à Moscou et à Téhéran, admettront-elles la nécessité de cette solution, ou bien continueront-elles à soutenir mordicus Assad ??

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وليد شقير

الحرب على «داعش» في سورية وشروطها

هل يقود تقاطع المصالح بين القوى الإقليمية والدولية على محاربة تنظيم «داعش» والتطرف في الدول التي انفتحت الصراعات المتعددة الأوجه فيها على مصراعيها، إلى تغيير في خريطة التحالفات والخصومات، أم أن الأمر سينحصر بهذا التلاقي بين هذه القوى في مواجهة الإرهاب؟

يتوقف الأمر على الوجهة التي ستسلكها الولايات المتحدة الأميركية، فـ «داعش» كان رأس جبل الجليد لسياسات أدت إلى الوقوع في فخ «الإسلام الجهادي»، وإذا جاز الحكم على تدحرج الأحداث من خلال التفاعلات التي تركها صعود الإسلام السياسي في المنطقة بفعل الربيع العربي، فإن واشنطن ودولاً في الإقليم ساهمت في هذا الصعود، حين راهنت على النموذج التركي، الناجح نسبياً في قيادة الدولة وتنظيم شؤون المجتمع، فانسحبت تلك المراهنة على مصر «الإخوان» وعلى تونس «حركة النهضة» وعلى شبيههما في ليبيا. إلا أن ما حصل بعد تعثر هذه التجارب أدى إلى بروز «الإسلام الجهادي»، الذي أثبت التاريخ أنه يولد من رحم الإسلام السياسي التواق إلى السلطة. جاءت تلك المراهنة في سياق الانفتاح الأميركي على الإسلام السياسي (الشيعي) أيضاً في إيران، لعله يساهم في خفض حماوة الصراع الإقليمي بالتوازي مع انكفاء واشنطن عن منطقة أتعبتها بينما المردود الأساسي المقابل لتورطها المباشر، أي النفط، لم يعد بالأهمية التي كانت في السابق، فاكتشافاتها في مجال غاز الصخور ونفطها أخذ يخفض من استيرادها الذهب الأسود، ويحصر اهتمامها بضمان أمن طرق الإمداد إلى حلفائها الأوروبيين والآسيويين. والعقل الأميركي اعتبر أن التشكيلات الإقليمية التابعة لطهران لها مربط قادر على ضبطها مقابل التشكيلات الأخرى السنية المنفلتة من ضوابط أي دولة. لكنها غفلت عن أن طهران تستخدم هذا النوع من الإرهاب لخدمة استراتيجيتها، مثلما فعلت بالتعاون مع النظام في دمشق وحكم نوري المالكي في العراق. وكما أفلت هذا الاستخدام من دول مثل تركيا أفلت من طهران نفسها.

فجأة، اكتشفت إدارة الرئيس باراك أوباما مساوئ مراهنتها تلك، التي أمِلت أن تستبدل بها نفوذها المباشر فإذا بها تنتج وحشاً كاسراً، كما حصل في العراق. ومع أنها تأخرت في تقدير إمكان تضافر عوامل متناقضة في صعود التكفيريين الذين يعيشون خارج العصر، فإنها انتبهت إلى أن الإسلام السياسي بشقيه المذهبيين، غير قادر على قيادة المجتمعات العربية، أو على الأقل هو لن يثمر استقراراً.

تأتي إدارة باراك أوباما إلى المواجهة الحتمية مع «داعش» من مكان بعيد سياسياً لا يقاس بالمسافة الجغرافية، وهي لذلك تحتاج إلى ما سماه الرئيس الأميركي استراتيجية تتطلب التنسيق مع دول المنطقة ومن سمّاهم الحلفاء السنّة، بعدما أهمل تحفظات هؤلاء عن سلوك واشنطن في المنطقة. ولهذا السبب أقرن أوباما تعهده بتدمير»الدولة الإسلامية» بالقول إنه يتطلب وقتاً. وإذا كانت فظاعات «داعش» وانهيار التركيبة الإيرانية التي اعتمد عليها اوباما في بغداد فرضت عليه بدء المواجهة قبل اتضاح هذه الاستراتيجية، فإن استكمالها على امتداد الإقليم يحتاج إلى خطة سياسية متكاملة، مثلما هي أمنية وعسكرية، تتناول «داعش» في سورية التي انطلقت منها نحو بلاد الرافدين.

ومع أن المواقف العلنية لأوباما ولمعظم القادة الأوروبيين بدت حاسمة في أن نظام بشار الأسد لا يمكن أن يكون جزءاً من هذه الاستراتيجية لأنه «ساعد» في صنع «داعش»، فإن على قيادة الحملة ضد هذا الصنف من الإرهاب أن تحسم العديد من الأمور. وإذا كانت المملكة العربية السعودية تصدرت الوقوف الحاسم ضد هذا الصنف في وقت مبكر، وبإجراءات واضحة إن في الداخل أو في الإقليم، خصوصاً في لبنان، وبددت بذلك كل الاتهامات من إيران وحلفائها بأنها تقف وراء هذا الإرهاب، فإن على دول أخرى شريكة في هذه المواجهة أن تحسم أمرها.

وفضلاً عن أن اشتراك إيران في هذه الاستراتيجية يتطلب معالجة خصوماتها مع دول في الإقليم، ولا سيما السعودية، فمن الطبيعي أن تحسم دول أخرى موقفها من «الإسلام الجهادي»، بدءاً بتركيا وانتهاء بقطر.

يحتاج الانتقال بالمواجهة إلى سورية إلى شروط، وإلى الإجابة على العديد من الأسئلة، فهل يتم استهداف «داعش» ليستقوي نظام الأسد على المعارضة المعتدلة بعدما ساهم الغرب في إضعافها، أم يُكتفى بالضربات الجوية في العراق التي ستؤدي إلى انكفاء «داعش» إلى بلاد الشام، ليُستنزف هو والنظام في معارك بينهما (وربما المعارضة «الأخرى» غير الإرهابية) تمهيداً لضربه بعد ذلك؟ وإذا كانت المواجهة في سورية والعراق معاً حتمية، فهل ستلتزم واشنطن، ثم تركيا وغيرها، دعم المعارضة المعتدلة وتوحيدها لتتمكن من استيعاب نتائج الضربات وصولاً إلى حل سياسي للأزمة السورية؟ وهل ستسلّم موسكو وطهران بالحاجة إلى هذا الحل أم ستتابعان دعم الأسد في كل الأحوال؟



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