Qui protège qui aujourd’hui en Syrie ? par Ignace Leverrier

Article  •  Publié sur Souria Houria le 14 novembre 2012

Les cas d’enlèvement crapuleux se sont récemment multipliés en Syrie, en particulier dans la région de Lattaquié. Il y a quelques jours, un chrétien répondant au nom de Georges Sleiman, agent commercial, a été enlevé alors qu’il circulait près de la côte à bord d’une voiture appartenant à la société pour laquelle il travaillait. Cette dernière avait fait placer dans le véhicule un dispositif permettant de le localiser. La famille de Georges Sleiman et son employeur ont porté cet élément à la connaissance d’un service de sécurité. Compte-tenu de l’importance de la société dans le gouvernorat de Lattaquié, les moukhabarat ont accepté d’engager une recherche. Ils n’ont pas eu de difficulté à aboutir à un certain Ammar, dans le village de Baït Yachout, sur les hauteurs de Jableh. Sous la pression, il a reconnu travailler pour Hilal Al Assad et avoué qu’ils avaient procédé ensemble à l’enlèvement.

Hilal Anwar Al Assad

Hilal Al Assad, dont le profil et l’entourage familial sont accessibles ici, avait étédonné pour mort dans les affrontements intervenus à Qardaha entre les clans Al Assad et Al Khayyer, à la mi-octobre 2012. Dans le berceau de la famille présidentiel, il a pris la tête, depuis le début de la révolution, de la « résistance populaire ». Il est protégé à la fois par son appartenance à la famille présidentielle, et par le fait que l’un de ses frères cadets, Ha’el, général dans l’armée, dirige la police militaire de la 4ème division dont le patron est son cousin Maher Al Assad. Le benjamin de la famille, Haroun, est l’un des chefs des chabbiha de Qardaha… Leur sœur, Daad, est mariée à un autre cousin, Zouheïr Al Assad, lui aussi général, qui participe, à la tête du 90ème régiment, à la protection de la capitale.

Une patrouille s’est donc dirigée vers la résidence dudit Hilal. Elle voulait mener une médiation et obtenir la remise en liberté du prisonnier, sans que sa famille ait à acquitter la rançon exigée dans une telle situation. Mais les chabbiha au service de Hilal ont empêché les moukhabarat de parvenir jusqu’à lui, leur faisant savoir, de la part de leur patron, qu’ils n’avaient « pas se mêler de ce genre d’affaire ». Un membre de sa famille ayant fait remarquer que l’homme qui avait été enlevé était « membre de la communauté chrétienne et n’avait jamais fait de mal à personne dans sa vie », leschabbiha ont répondu que « les chrétiens ne sont que les chiens de la famille Al Assad » et que « si celle-ci ne les avait pas protégés, cela fait longtemps qu’ils auraient été tués par les disciples du cheykh Al ‘Ar‘our ».

Le cheykh Adnan Al ‘Ar’our

Les chabbiha en question se sont ensuite dirigés vers le siège des moukhabarat où, sans rencontrer de résistance notable, ils ont procédé à la « libération » du dénommé Ammar… et ont récupéré la voiture volée qui avait été confisquée. Un peu plus tard, ils ont tué leur prisonnier. Ils se sont débarrassés de son cadavre en le jetant sur le bord d’une route, entre Lattaquié et Jableh. La victime était mariée. Elle avait un enfant de quatre mois. Georges Sleiman était respecté par son entourage pour son  honnêteté et sa conscience professionnelle. Il a peut-être été victime de ses qualités…

En tout cas, cette affaire a provoqué parmi les chrétiens de la région un mélange de perplexité et de révolte. S’exprimant sur les réseaux sociaux, l’une de ses amies « regrette que ses meurtriers n’aient pas été des hommes de l’Armée libre. Elle aurait au moins compris alors pourquoi il était mort » ! Elle est consolée par un Fadi Al Assad… Une autre s’énerve de constater que personne parmi les proches de la victime n’ose mentionner en toutes lettres, dans les messages adressés au président Bachar Al Assad pour le prendre à témoin de l’affaire, le nom des ravisseurs et les autres détails qui circulent à leur propos dans la région de Lattaquié où ils sévissent depuis longtemps. Elle déplore que, en taisant ces informations, ils contribuent à encourager la répéttion de ce genre de crime. Elle les exhorte donc : « N’ayez pas peur. La peur ne nous protège plus. Aujourd’hui, c’était le tour de Georges. Demain ce sera le tour d’un autre. Finalement, ce sera notre tour »…

Qui a dit que le régime de Bachar Al Assad protégeait les minorités ?

Même au sein des alaouites, on l’a récemment rappelé, ne sont véritablement protégés que ceux qui acceptent de se taire devant les choix du pouvoir, de ne pas voir ses agissements, de fermer l’oreille à tout autre discours que celui du régime, de faire allégeance aveugle à Bachar Al Assad et à son clan, et de se placer sous sa tutelle… pour servir à sa défense et, sans doute finalement, mourir à son seul profit.

source : http://syrie.blog.lemonde.fr/2012/11/14/qui-protege-qui-aujourdhui-en-syrie/

date : 14/11/2012



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