Réfugiés syriens: des passeports sans contrôle, mais payants – avec Angélique Férat (correspondante à Amman)

Article  •  Publié sur Souria Houria le 20 mai 2015

Depuis fin avril, les Syriens vivant hors de leur pays peuvent demander un passeport dans leur ambassade, sans aucune condition. Cela signifie la fin des contrôles menés par les services de renseignements à Damas. La nouvelle à peine connue, des milliers de Syriens se sont précipités devant les ambassades de Syrie dans les pays d’accueil.

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Deux enfants syriennes, le 28 avril 2015, au camp de réfugiés d’Azraq en Jordanie, où vivent 18 000 personnes.
AFP PHOTO / KHALIL MAZRAAWI

Les alentours de l’ambassade syrienne d’Amman ressemblent à un camp de transit. Certains arrivent en pleine nuit, dorment sur un carton en attendant l’ouverture des portes. Un jeune homme vend même des cafés et du thé. Des centaines de personnes viennent s’inscrire, la file d’attente est longue de plusieurs centaines de mètres.

Un allègement des contrôles annoncé fin avril

Avant, la règle qui prévalait était la suivante : si vous étiez sorti illégalement de Syrie, si vous avez fui une arrestation ou si vous n’aviez pas de tampon de sortie sur votre passeport, il était impossible d’obtenir une régularisation à l’ambassade. Autant de verrous qui ont désormais sauté.

Dans une circulaire envoyée jeudi 23 avril aux missions diplomatiques syriennes, le ministère syrien des Affaires étrangères a annoncé autoriser « l’octroi ou le renouvellement des passeports par les ambassades syriennes, aux Syriens installés à l’étranger sans passer par le département de l’Emigration et des Passeports à Damas ». Et les passeports peuvent donc être délivrés désormais « même si [les Syriens demandeurs] sont sortis d’une manière illégale, et même s’ils sont détenteurs de passeports ou de documents de voyage non officiels », précise encore le ministère.

Entre 200 et 400 dollars à payer «cash»

Oum Abdallah, qui est arrivée à 4 h du matin devant l’ambassade de Syrie à Amman pour pouvoir retirer son passeport, prend son mal en patience. « On va finir à cinq heures, cet après-midi avec le monde qu’il y a », regrette-t-il. Il avoue aussi son étonnement face à cette décision soudaine. « Je ne sais pas pourquoi ils ont pris cette mesure. Peut-être parce que la valeur de la Livre syrienne est tombée très bas… Ils ont peut-être besoin d’argent », avance-t-il.

Car la seule condition émise par le gouvernement syrien est financière. Le tarif est de 400 dollars pour un nouveau passeport et de 200 pour un renouvellement. Et il faut payer cash. L’explication d’Oum se tient : la Syrie ne disposerait en effet aujourd’hui plus que d’un milliard de dollars de réserve en devises étrangères.

Et le marché potentiel est gigantesque : depuis le début du conflit, ce sont 4 millions de Syriens qui ont fuit le pays, où les combats continuent et où les civils, toujours, paient le prix fort.

A Alep, le calvaire de civils continue

Ce mardi 5 mai, Amnesty International a sorti un nouveau rapport sur la situation spécifique d’Alep, l’une des villes les plus touchées par le conflit. L’ONG, qui juge que « certaines actions du gouvernement équivalent à des crimes contre l’Humanité », dénonce en particulier les attaques aux barils d’explosifs. « Les barils d’explosifs sont l’arme la plus horrible et la plus cruelle. [Nous voyons arriver des] des polytraumatisés, il faut amputer, on voit des gens avec les intestins hors du corps, c’est affreux », rapporte un médecin en poste à Alep, cité par Amnesty international, qui estime que 85 civils ont été tués par ces attaques au cours du seul mois d’avril 2015.

Alep, où Médecins sans frontières a annoncé sa décision de suspendre ses activités à l’hôpital al-Sakhour. « L’hôpital a été bombardé plus de sept fois, il a été détruit, en bonne partie », rapporte au micro de RFI le chef de la mission de MSF à Alep, Sylvain Groulx. «Notre personnel nous dit que c’est impossible de continuer à travailler dans cette structure », explique-t-il.

La fermeture de cet hôpital qui a permis de sauver la vie de 400 000 Syriens depuis le début du conflit aura des conséquences directes sur les civils qui vivent encore à Alep. « Les gens ont de grandes difficultés à pouvoir voyager à l’extérieur de leur petit quartier. Sortir pour aller chercher du pain, pour aller se faire soigner dans un centre de santé est toujours un risque, en fonction des bombardements, explique Sylvain Groulx. S’aventurer à l’extérieur de son quartier pour essayer de trouver des soins médicaux élève encore le risque. »

 



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