Risque d’enlisement en Syrie à la manière libanaise – Par Émile Khoury

Article  •  Publié sur Souria Houria le 27 avril 2012

La crise syrienne risque-t-elle de se prolonger durant plusieurs années comme c’était le cas pour la guerre libanaise ? C’est la question que se posent en ce moment les observateurs et analystes qui suivent de près ce dossier explosif.
Pour certains d’entre eux, il faudra attendre les conclusions de la mission Annan qui seront soumises au Conseil de sécurité. Si le régime syrien est porté responsable de la violation du cessez-le-feu, la Russie ne pourra plus couvrir alors les activités militaires du pouvoir en place, ce qui conduira très probablement à la création d’une zone d’exclusion aérienne et de couloirs humanitaires ou autres résolutions qui pourraient mettre un terme à la crise. Mais si les brèches constatées sur le terrain sont l’œuvre des deux protagonistes, à savoir le régime et les forces de l’opposition, la Russie prendra alors position en concertation avec les États-Unis et l’Union européenne une fois les élections américaines et françaises terminées. Ce cas de figure pourrait présager de la possibilité d’une entente sur un règlement de la crise en Syrie avant la fin de cette année. Il faudra s’attendre en outre à ce que le peuple puisse même faire chuter le régime par le biais de manifestations populaires importantes, une fois que l’armée se serait retirée dans les casernes comme le prévoit le plan Annan.

Pour d’autres observateurs, ce qui se passe en Syrie est semblable à la situation libanaise durant la guerre, notamment en ce qui concerne la lenteur à faire cesser les combats qui avaient fini par s’étendre sur une quinzaine d’années au pays du Cèdre. Rien, absolument rien, ne pouvait mettre un terme final à la guerre libanaise à l’époque : ni l’envoi d’une force multinationale ni les obus tirés à partir du navire militaire américain, le New Jersey. Les combats n’ont finalement cessé que lorsqu’il fut convenu de confier le dossier libanais au président Hafez el-Assad, à la suite d’un accord américano-israélien, consistant à envoyer sur place une force de dissuasion arabe devenue exclusivement syrienne par la suite. Les accords de Taëf sont ensuite venus consacrer la présence syrienne au Liban pour une durée de deux ans, le temps de mettre les réformes sur les rails, une période qui s’est prolongée sur plusieurs années.
Il reste donc à savoir si des parallélismes peuvent être établis entre la guerre libanaise et la crise syrienne et à quelle partie ou puissance sera confiée la gestion d’un règlement en Syrie. Serait-ce la Russie et l’Iran, ou plutôt un groupe d’États qui seraient concernés non seulement par la situation en Syrie mais par l’ensemble de la région, l’idée étant de parvenir à une solution globale pour le P-O, à la manière des accords de Sykes-Picot ? Israël ne serait d’ailleurs pas absent de ce pool d’États ou de l’accord concocté. Cette situation ne manquerait pas de transformer la Syrie en une arène d’ingérences – comme ce fut le cas au Liban dont la partie sud s’est transformée en un front de lutte contre Israël –, à moins qu’une solution de paix juste et globale ne soit trouvée pour l’ensemble de la région.

source: http://www.lorientlejour.com/category/Liban/article/756490/Risque_d%27enlisement_en_Syrie_a_la_maniere_libanaise.html



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