Salam Kawakibi : « Bachar al Assad est un homme faible qui ne possède aucun atout dans son jeu » – propos recueilli par Pierre Cochez

Article  •  Publié sur Souria Houria le 4 décembre 2015
A handout image obtained from the official facebook page of Syrian Presidency shows Syrian President Bashar al-Assad speaking to the press following a meeting with a delegation of French lawmakers in Damascus on November 14, 2015. Assad said that French policy had contributed to the "spread of terrorism" that culminated in attacks claimed by the Islamic State group which killed 128 people in Paris. AFP PHOTO / HO / THE OFFICIAL FACEBOOK PAGE OF THE SYRIAN PRESIDENCY == RESTRICTED TO EDITORIAL USE - MANDATORY CREDIT "AFP PHOTO / HO / THE OFFICIAL FACEBOOK PAGE OF THE SYRIAN PRESIDENCY" - NO MARKETING NO ADVERTISING CAMPAIGNS - DISTRIBUTED AS A SERVICE TO CLIENTS ==

A handout image obtained from the official facebook page of Syrian Presidency shows Syrian President Bashar al-Assad speaking to the press following a meeting with a delegation of French lawmakers in Damascus on November 14, 2015. Assad said that French policy had contributed to the « spread of terrorism » that culminated in attacks claimed by the Islamic State group which killed 128 people in Paris. AFP PHOTO / HO / THE OFFICIAL FACEBOOK PAGE OF THE SYRIAN PRESIDENCY

Le directeur adjoint de l’Initiative arabe de réforme insiste sur la responsabilité historique du dirigeant syrien.

Il estime que la Russie peut accepter son retrait à terme.

Est-ce une solution de pactiser avec bachar al assad pour lutter contre daech ?

Pour justifier un accord avec Assad, des diplomates européens évoquent le précédent de la deuxième guerre mondiale. L’alliance des Anglo-Saxons avec Staline a permis de contrer Hitler.

Le parallèle ne me semble pas pertinent. Staline avait une armée forte. Aujourd’hui, Assad ne contrôle que 20 % du territoire syrien. C’est un homme faible qui ne possède aucun atout dans son jeu, une sorte de pari perdu. Le retournement occidental en sa faveur ne fera que renforcer le radicalisme en Syrie.

Bachar Al Assad a une responsabilité juridique dans ce qui s’est passé dans son pays depuis plus de quatre ans. Il sera amené à répondre de ces tueries, comme son entourage et une partie des membres de son opposition.

Le régime de bachar al assad peut-il être un rempart contre daech ?

Le président syrien nous propose de travailler avec lui pour combattre Daech. C’est un piège. Depuis le début du conflit, son clan combat, avant tout, les rebelles modérés. Il sait que son existence est liée à celle de Daech. La période actuelle le prouve.

Prenons l’exemple de la prise de Palmyre par Daech. Cette ville, avec son patrimoine, est emblématique dans l’imaginaire occidental. Bachar al Assad savait que sa prise aurait un écho international. Alors, son armée a abandonné la ville pour prouver au monde la puissance de Daech.

En quoi le clan assad porte-t-il une responsabilité dans la montée des islamistes ?

Bachar al Assad possède une responsabilité historique dans la construction de Daech. Son régime a permis au début des années 2000 aux djihadistes européens de passer par son pays pour aller combattre les forces américaines en Irak. Sous son contrôle bienveillant, Daech a pu grandir.

La puissance de nuisance a toujours été l’arme du clan Assad, pour s’imposer sur la scène internationale. Ils ont réussi à contrôler le Liban pendant trente ans, à manipuler le mouvement de libération de la Palestine pour le diviser, à renforcer les oppositions en Irak sous le régime de Saddam Hussein et après sa chute.

Tout est possible tant que cela sert les intérêts de ce clan pour rester au pouvoir. En Turquie, ils ont soutenu le parti kurde PKK jusqu’en 1998 avant de livrer son chef à Ankara.

Que recherche bachar al assad ?

Son clan veut rester au pouvoir. Bachar Al Assad, le premier. Ceux qui ont véhiculé l’idée qu’il avait pris le pouvoir contraint et forcé se trompent. Ce clan n’est pas issu d’une minorité religieuse, les Alaouites, comme on le dit trop souvent.

Il regroupe aussi bien des chiites, des sunnites ou des chrétiens. Leur intérêt commun est le seul pouvoir. Ils se maintiennent par un esprit clanique depuis 1970.

Tout le monde a cru qu’il y aurait un infléchissement quand le pouvoir est passé du père au fils Assad. Les Européens ont misé sur le fils. Il a été invité sur les Champs-Élysées en 2008. Aujourd’hui, la déception est totale.

En interne, les Syriens n’ont pas vu de différence. En quelques mois, il a été clair que le régime continuait dans la « sécuritocratie », pour reprendre un néologisme qui définit bien la nature de ce régime.

La russie et l’iran peuvent-ils fléchir dans leur soutien à bachar ?

Ces deux pays ont des motivations différentes. Les Iraniens feront tout pour maintenir Bachar Al Assad au pouvoir. Ils ont un attachement personnel à ce clan. Il est né dans le soutien sans failles que la Syrie leur a apporté durant le conflit entre l’Iran et l’Irak.

Les Russes ont une motivation autre. Ils cherchent à revenir sur la scène internationale, après les nombreuses humiliations qui ont suivi l’écroulement du monde soviétique. Ils veulent se servir de la crise syrienne pour montrer aux Américains qu’ils n’ont pas disparu.

La partie est d’autant plus confortable que les Américains sont notoirement indifférents à la crise en Syrie. Cette indifférence de Washington rendent fragiles les positions de la Turquie ou des pays du Golfe qui appellent à la chute d’Assad.

Ceci dit, les Russes ne sont pas dupes. Ils sont convaincus que Bachar Al Assad est incapable de gérer le problème. Ils ont déjà dans la tête une solution politique avec une transition graduelle. La convocation du président syrien à Moscou il y a quelques jours allait dans ce sens.



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