Souria Houria à CHALON : « On aurait voulu tuer le régime syrien avec des fleurs, mais… »

Article  •  Publié sur Souria Houria le 23 novembre 2012

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Invités par la Ligue des Droits de l’Homme de Chalon-Sur-Saône, trois syriens ont tenu une conférence ce mercredi soir dans la salle du Cloître afin d’expliquer ce qu’il se passait vraiment dans ce pays en proie à la révolution depuis maintenant 20 mois.

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La révolution en Syrie, la lutte du peuple contre le régime « stalinien » de Bachar Al Assad… on en a tous entendu parler, souvent via des images sanglantes de manifestations ou de bombardements. On sait que ce pays est en crise, que la communauté internationale ne parvient pas à trouver de solution et surtout à user de son poids diplomatique pour faire tomber la dictature. On est au courant que la situation est grave mais ça fait du bien de l’entendre de la part de personnes directement touchées par les événements.
Après une première visite chalonnaise au printemps, l’association Souria Houria (ou Syrie Liberté) a de nouveau été invitée pour une soirée consacrée à la vie quotidienne de ce pays en guerre depuis 20 mois, et qui pleure des centaines de morts chaque jour. On dénombre ainsi 44 000 victimes et 76 000 disparus « dont on ne sait rien, ils sont probablement morts » annonce gravement Hazam, l’un des réfugiés syriens assis à la table et qui a encore de nombreux proches là bas. Pendant plus d’une heure, les trois bénévoles ont raconté ce qu’ils savaient : « on n’est pas objectifs… » nuance Firas, car aucun ne cache sa sympathie pour l’armée libre. Subjectifs peut-être, mais réalistes. Le tableau qu’ils dépeignent fait froid dans le dos et encore, les photos qu’ils montrent sont des images « que vous pouvez regarder », sous entendu, il y a bien pire. « Après deux mois de prison mon cousin avait perdu 20kg », explique Hazam, « la torture est quotidienne. Parfois, ils ’’oublient’’ de donner à manger aux détenus ». Son propos est une suite d’anecdotes, toutes plus surréalistes les unes que les autres : « pendant son service militaire, un membre de ma famille refusait de tirer sur les rebelles. Ils l’ont tué d’une balle dans le dos puis l’ont fait passer pour un terroriste après un attentat dans un bus. Ce n’est qu’à ce moment là que l’on a récupéré son corps » assène-t-il encore. Une violence extraordinaire devenue quotidienne en Syrie où « au début des événements, le simple fait de croire à la révolution était déjà un crime » poursuit Hazam qui connait quelqu’un qui nie toujours les faits et croit au complot. « Il y a un vrai culte d’Al Assad » explique-t-il en montrant les innombrables photos du leader sur les murs de l’aéroport de Damas. « Dans les livres de grammaire, les enfants apprennent avec des extraits de ses discours » ajoute Firas.

Avec le sentiment d’avoir été humiliés pendant 40 ans, ces syriens réfugiés continuent néanmoins d’aimer profondément leur pays : « on veut la même chose que vous : la démocratie, parler librement, choisir notre gouvernement » lance Firas, optimiste obstiné et qui parle à visage découvert malgré la réticence de certains membres de sa famille, toujours sur place. « A cause des risques que je leur fait prendre en parlant, j’ai fait sortir deux de mes sœurs du pays qui demandent aujourd’hui l’asile en France. Mais les ambassades distribuent les papiers au compte-goutte ». Dans l’hexagone, on estime à 30 000 le nombre de personnes d’origine syrienne, seulement quelques centaines sont arrivées depuis mars 2011, la majorité des réfugiés préférant la Jordanie, la Turquie ou l’Algérie, accessible sans visa.

Devant la quarantaine de personnes présentes ce mercredi, les membres de Souria Houria ont rappelé leur détermination à aider leur peuple en récoltant des fonds mais aussi en sensibilisant la population « peu mobilisée, sans doute à cause de la crise… » selon Firas qui dénonce surtout le manque d’action de la communauté internationale : « on nous promet 20 millions d’euros, c’est à peine un euro par syrien ! Pour mes parents, avec qui je suis en contact au quotidien, la vie est très difficile. Le pays est en guerre, détruit, la reconstruction prendra du temps. On passe la journée à chercher le minimum vital : gaz, sucre, nourriture, eau… La communauté internationale a poussé le peuple syrien à prendre les armes ». « On aurait voulu faire tomber Al Assad avec des fleurs, mais c’était impossible » complète Hazam. Alors il faut vivre avec la hantise de la mort : « un beau jour, on découvre que derrière ce profil Facebook, il n’y a plus personne… » malgré tout, tous sont persuadés que les rebelles sont sur la bonne pente. Celle qui mène vers la démocratie. Mais que l’ascension est longue…

Olivier COLLET

Plus d’infos : www.souriahouria.com 

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Source : http://www.infos-chalon.com/article.php?sid=38042#.ULASarToF34


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