Syrie. Ahmed al-Jarba, réélu à la présidence de la Coalition nationale – par Ignace Leverrier

Article  •  Publié sur Souria Houria le 8 janvier 2014

Réunis à quelque distance d’Istanbul pour leur assemblée générale, les membres de la Coalition nationale des Forces de la Révolution et de l’Opposition syrienne ont procédé, dimanche 5 janvier dans la nuit, à l’élection de leurs dirigeants pour les six mois à venir. Ils avaient précédemment écouté la synthèse présentée par le cheykhAhmed al-Jarba, président sortant, de ses activités et des différents contacts noués par lui-même et son équipe avec de nombreux Etats et organisations internationales au cours des six mois de son mandat.

Le cheykh Ahmed al-JarbaLe cheykh Ahmed al-Jarba

Le poste de président était brigué par deux candidats : Ahmed al-Jarba, président sortant, et l’ancien premier ministre Riyad Hijab, auteur d’une défection remarquée au cours de l’été 2012. Il avait été admis le matin-même dans la Coalition en remplacement de son ami Abdo Housameddin, ancien ministre adjoint du pétrole, membre comme lui du Rassemblement national libre des Agents des Institutions de l’Etat qui regroupe les anciens employés et hauts fonctionnaires ayant pris leurs distances avec le pouvoir. C’est le cheykh al-Jarba qui l’a emporté avec une confortable avance, obtenant 65 voix sur 120 suffrages exprimés, contre 52 à son concurrent. Les électeurs ont ainsi fait le choix de la continuité, estimant, en dépit de l’expérience dont pouvait se prévaloir Riyad Hijab, qu’il serait peu judicieux de modifier l’attelage au milieu du gué, à quelques petites encablures de la conférence de « Genève 2 ».

Pour les trois postes de vice-président, six concurrents étaient en lice :
– Mohammed Farouq Tayfour, membres des Frères Musulmans,
– Georges Sabra, membre du Parti démocratique du Peuple (ex Parti communiste – Bureau politique) et de la Déclaration de Damas, président en exercice du Conseil national syrien,
– Abdel-Hakim Bachar, secrétaire général du Parti démocratique kurde en Syrie et premier président du Conseil national kurde,
– Noura al-Amir,
– Rima Flihan, porte-parole des Comités locaux de Coordination,
– et Mondher Makhos, ambassadeur de la Coalition en France.

Tableau des voix obtenues par les candidatsTableau des voix obtenues par les candidats

Au terme du dépouillement, comme le montre le tableau ci-dessus, trois des candidats ont obtenu la moitié des voix requises en principe pour être élu :
– Abdel-Hakim Bachar (82 voix),
– Noura al-Amir (68 voix) et
– Mohammed Farouq Tayfour (61 voix).
Mais, arguant d’un problème juridique dont elle n’a pas précisé la nature à ce stade, la commission de supervision du processus électoral a ultérieurement annoncé qu’elle ne pouvait entériner ces résultats et qu’un second tour de scrutin serait organisé lundi 6 janvier, au second et dernier jour de l’assemblé générale.

Un deuxième vote sera également nécessaire pour l’attribution du poste de secrétaire général, ni Moustapha Sabbagh (59 voix), qui avait le premier occupé cette fonction lors de la création de la Coalition, en novembre 2012, ni Badr Jamous (57 voix), qui lui avait succédé six mois plus tard, n’ayant obtenu la majorité des suffrages.

Lorsque ces deux votes auront été dépouillés, l’assemblée générale se penchera sur la question à laquelle tout le monde attend sa réponse : celle de sa participation ou de sa non-participation à la conférence dite « Genève 2 ». On sait déjà que pour le Conseil national syrien, l’une des principales composantes de la Coalition, les conditions d’une telle participation ne sont pas réunies. Il ne voit pas comment il pourrait accepter de siéger face à des représentants d’un régime qui, tout en prétendant négocier, s’acharne contre les populations des villes échappant désormais à son autorité, qu’il bombarde, mitraille, emprisonne et soumet à des blocus alimentaires et sanitaires, comme s’il cherchait délibérément à accroître jour après jour le nombre des morts, des blessés et des réfugiés.

Leurs camarades de la Coalition tenteront sans doute de les convaincre qu’ils doivent au contraire tirer parti, lors de la conférence, des opérations actuellement menées dans divers villes et régions du nord de la Syrie contre les camps et sièges de l’Etat islamique d’Irak et du Levant, « Da’ech ». Elles démontrent en effet que, islamistes ou laïcs, ce sont les Syriens et non pas le régime qui se battent aujourd’hui avec le plus de fermeté contre les djihadistes radicaux… libérés de la prison de Sadnaya ou de la branche Palestine, sur ordre de Bachar al-Assad, au cours de l’année 2011, pour servir d’épouvantail et dissuader les Occidentaux d’intervenir en Syrie et de fournir aux révolutionnaires les soutiens politiques et militaires dont ils avaient besoin.

 source : http://syrie.blog.lemonde.fr/2014/01/06/syrie-ahmed-al-jarba-reelu-a-la-presidence-de-la-coalition-nationale/
date : 06/01/2014

 



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