Syrie : Baba Amro ne répond plus – Garance Le Caisne

Article  •  Publié sur Souria Houria le 4 mars 2012

Le quartier rebelle de Homs pilonné pendant 26 jours d’affilée a été repris par l’armée syrienne jeudi. Depuis, impossible d’y établir le moindre contact.

Des femmes et des enfants se terrent dans un sous-sol de Baba Amro pour échapper aux bombardements de l'armée, fin février. (Reuters)

Les contacts établis entre les révolutionnaires et des groupes de résistants à l’étranger sont rompus. Que se passe-t-il à Baba Amro? « On est très inquiets », affirme Seif*, résistant syrien installé à Paris et originaire de Homs. Le seul témoignage que son association, Souria Houria, a obtenu depuis jeudi est celui d’une activiste vivant sur place. Selon elle, les soldats passent de maison en maison et demandent aux hommes et aux garçons de plus de 14 ans de sortir. Pour les arrêter et peut-être les abattre. Invérifiable, mais ce genre de méthodes rappelle des souvenirs.

Il resterait entre 3.000 et 4.000 civils dans le quartier populaire de Homs. Seuls, sans la protection des combattants de l’Armée syrienne libre qui ont dû annoncer un « repli tactique » jeudi en début d’après-midi. « Le régime veut se venger de Baba Amro, continue Seif, on a peur qu’ils tuent tout le monde. » Ce chercheur d’une trentaine d’années sait de quoi il parle. En février 1982, son grand-père a été sauvé in extremis d’un peloton d’exécution. L’ancien dentiste avait été reconnu par un soldat qui l’avait fréquenté comme patient. C’était à Hama. Pendant trois semaines, les troupes de Rifaat El-Assad, oncle de l’actuel président, Bachar el-Assad, avaient massacré entre 10.000 et 30.000 personnes pour mater la rébellion des Frères musulmans. La ville avait été bouclée, fermée au monde.

 

« Le régime persécute la mémoire vivante de la ville »

La famille de Seif habite aujourd’hui le quartier bourgeois du centre de Homs. Homs, ville fantôme. « C’est comme si elle était revenue au Moyen Âge », remarque Seif. Pas d’eau, pas d’électricité, plus de mazout pour se chauffer. Magasins vides. Couvre-feu dès 14 heures. De toute façon, presque personne ne se risque à sortir. « Mon oncle, ma tante et mes cousins ne sortent plus. Il y a des snipers », raconte Seif. L’oncle a fermé son commerce il y a déjà un mois. Le week-end dernier, le quartier a été visé par des tirs, ils ont dû descendre, laissant la grand-mère de près de 80 ans, invalide, au dernier étage de l’immeuble. Quand Seif a téléphoné, il est tombé sur son neveu de 3 ans. « Tonton, pan pan », a raconté le petit garçon qui court se cacher sous le lit dès qu’un tir résonne. Depuis quelques jours, les communications entre Homs et le reste du monde sont à nouveau extrêmement difficiles.

Exilée à Paris depuis huit ans, Zein n’a plus de nouvelles de ses oncles qui habitent Hamidiyyé. Il y a eu des accrochages dans les ruelles de ce vieux quartier, entre l’armée régulière et les insurgés. La maison de l’un de ses oncles a été bombardée puis brûlée. « Quand j’étais petite, je jouais dans la cour de cette maison, raconte Zein, la trentaine. Le régime persécute la mémoire vivante de la ville. Ce sont les souvenirs de plusieurs générations qui sont détruits, effacés. »

Trois cousins de Seif avaient quitté Homs pour se réfugier à Damas. Ils sont revenus il y a deux semaines. Trois jeunes de 20 ans, dans un appartement du centre de la capitale. « C’était suspect, le régime pouvait les prendre pour des activistes, ce qu’ils ne sont pas, et les arrêter. » D’autres ont réussi à fuir. Comme Zeinab qui habitait à l’entrée de Baba Amro dans une maison dotée d’un générateur. Raison pour laquelle une quinzaine de soldats de l’armée loyaliste s’y sont installés pour deux jours. Elle a dû leur faire du thé. Zeinab n’a pas quitté son manteau, de peur d’être expulsée d’un moment à l’autre sans pouvoir rien emporter. Mercredi, elle a réussi à fuir, en compagnie des trois familles réfugiées chez elle. Le lendemain, l’armée lançait l’assaut terrestre final sur le bastion rebelle.

(*) Tous les prénoms ont été modifiés.

Garance Le Caisne – Le Journal du Dimanche
samedi 03 mars 2012



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