SYRIE. Des médecins traqués et pris pour cible – par Sarah Diffalah

Article  •  Publié sur Souria Houria le 15 mai 2012

En avril dernier, un chirurgien et un anesthésiste de l’organisation humanitaire Médecins sans frontières (MSF) entrent clandestinement en Syrie par la frontière turque pour tenter d’apporter une aide médicale aux blessés qui se trouvent dans la région d’Idlib. Entrer clandestinement, opérer en toute discrétion, se cacher, changer d’endroit régulièrement… la liberté de mouvement des travailleurs humanitaires en Syrie est quasi-impossible. MSF dénonce mardi 15 mai une traque du personnel soignant et les menaces qui pèsent sur les réseaux de médecins syriens clandestins.

Dans un communiqué, l’organisation explique que « les patients et le personnel soignant sont pourchassés et courent le risque d’être arrêtés et torturés ». Joint par le « Nouvel Observateur », Dounia Dekhili, responsable adjointe des urgences de MSF, ajoute : « les médecins syriens expliquent qu’être pris avec un blessé, c’est comme être pris avec une arme » pour l’armée syrienne.

Pour la deuxième fois, depuis le début de la révolte syrienne qui a fait plus de 12.000 morts, l’organisation internationale tire la sonnette d’alarme. « Dans l’attente d’un cessez-le-feu et d’une solution politique pérenne, MSF insiste auprès de tous les acteurs du conflit sur la nécessité de respecter l’intégrité des blessés, des médecins et des structures de santé. Dans l’immédiat, MSF appelle à un redoublement des efforts diplomatiques et politiques visant à faire respecter sans violence la sécurité des blessés et du personnel médical. »

Des soins impossibles

Faute d’autorisation des autorités syriennes pour mener leurs missions, MSF s’est lancé clandestinement sur l’un des terrains de conflit les plus difficiles que l’organisation a connu, avant d’admettre qu’il était « impossible en Syrie d’apporter l’aide humanitaire nécessaire ».

« Nous avons commencé à travailler en soutien avec les médecins syriens dès le mois de mai de l’année dernière et nous avons tout de suite été interpellés sur les difficultés de soigner les blessés dans les hôpitaux car ces derniers risquaient d’être arrêtés ou exécutés », explique Dounia Dekhili. « Comme nos tentatives d’approche auprès du pouvoir syrien n’ont pas abouti, nous avons construit un réseau avec certains médecins syriens en dehors des structures officielles pour apporter du matériel médical. Mais n’étant pas sur place nous avons qu’une vision parcellaire de la situation. »

Leurs missions clandestines dans le pays, à Homs et à Idlib, apportent cependant de précieux témoignages. « Dans un hôpital public, nous avons travaillé tant qu’on a pu pendant trois jours. Nous avons opéré 15 blessés avant de devoir plier bagage en 10 minutes en raison d’une attaque jugée imminente », raconte le chirurgien de l’équipe de MSF. Tout est organisé de façon à prendre la fuite rapidement. Souvent, les médecins se limitent à prodiguer les premiers soins d’urgence avant de renvoyer les blessés chez eux pour qu’une éventuelle évacuation puisse se dérouler le plus rapidement possible au cas où… A certains endroits pourtant, l’équipement permettrait de dispenser des soins plus approfondis, mais la crainte des représailles et d’une arrivée soudaine des chars est plus forte.

Destructions des stocks de médicaments

Aussi, Dounia Dekhili a pu faire le constat que « les structures de santé officielles ou improvisées, ainsi que les stocks de médicament sont systématiquement brulés », lors d’incursions de l’armée. MSF rapporte que le personnel médical local est terrorisé et que certains « ont été arrêtés, d’autres ont disparus ». La peur et les risques ont fait fuir bon nombre de bénévoles.

A Idlib, comme à Homs, l’organisation confirme l’existence « d’établissements de santé militarisés », signifiant que « l’accès aux soins dépend du camp auquel on appartient ».

« La traque des blessés et du personnel médical fait partie de la stratégie de la répression », estime Dounia Dekhili. « Il faut rappeler qu’un blessé n’est plus un combattant et qu’un médecin n’est pas censé choisir son camp. »

Cet appel est lancé –et c’est un hasard- le jour de l’intronisation du nouveau président de la République François Hollande. Sans appeler expressément à une déclaration publique de Paris, Dounia Dekhili estime que la situation humanitaire en Syrie doit figurer « dans tous les agendas diplomatiques et politiques ». « Nous ne souhaitons pas de corridors humanitaires car cela signifierait d’emblée une militarisation de l’aide. Nous voulons sanctuariser notre travail. C’est difficile d’être optimiste mais on ne peut que réitérer cet appel. »

Devant l’impuissance et la difficulté d’envoyer des équipes en toute sécurité, MSF, comme de nombreuses autres associations humanitaires, continue d’apporter du soutien aux réseaux à partir des pays voisins comme la Jordanie ou le Liban et l’organisation se dit prête à mobiliser rapidement ses équipes en Syrie.

source: http://tempsreel.nouvelobs.com/la-revolte-syrienne/20120514.OBS5555/syrie-des-medecins-traques-et-pris-pour-cible.html



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