SYRIE. Et si la situation était en train d’échapper à Assad ? Par Céline Lussato

Article  •  Publié sur Souria Houria le 10 juillet 2012

De défections en série dans l’armée régulière en victoires militaires des insurgés, les signes d’un régime en difficulté s’accumulent.

Lors d'une manifestation (ANWAR AMRO / AFP)

« C’est confirmé, l’armée syrienne libre a poussé dehors l’armée régulière à Atarib, près d’Alep », s’enthousiasme un activiste, vidéos à l’appui. La veille, c’est une base de l’armée de l’air à Daret Izza qui tombait aux mains de l’Armée Syrienne Libre (ASL), trois jours seulement après l’attaque de la chaîne de télévision officielle Al-Ikhbariya à Damas. « C’est indéniable, depuis trois semaines, la situation a changé sur le terrain syrien », souligne un diplomate français. « On ne peut pas parler de basculement du rapport de force, mais le domaine militaire est devenu un élément d’appréciation important », affirme-t-il. Les massacres guidés par le régime se poursuivent, qu’il s’agisse de bombardements de l’armée, ou de descentes des milices barbares fidèles à Bachar al-Assad. Mais, en face, l’armée libre s’organise et commence à mettre en difficulté le régime. Si la supériorité numérique reste dans le camp d’Assad, les défections s’accélèrent, et le grade des militaires quittant le rang est de plus en plus élevé. Point d’orgue de ce processus : la fuite, vendredi 6 juillet, du général Manaf Tlass, fils de l’ancien ministre de la Défense de Hafez puis Bachar al-Assad, Moustapha Tlass. A-t-il senti le vent tourner ? A-t-il fui l’horreur de la guerre civile ? Va-t-il rejoindre l’opposition ? Aucune information n’a pour le moment filtré. Mais cette première défection dans le cercle rapproché du président syrien est un sale coup porté au régime.

« Des régions libérées »

Il existe en fait comme un « cercle vertueux » : « Plus nous avons de régions libérées, plus les défections sont possibles », affirme un activiste proche de l’ASL. « Beaucoup de soldats n’osaient pas fuir par peur des menaces de représailles qui pesaient sur leur famille. Mais, plus il y a de régions libérées, plus les soldats, sachant leur famille à l’abri, osent quitter les rangs ».

Forte de ces nouvelles recrues, l’armée libre est passée d’une position défensive à une position de combat actif. En presque seize mois d’insurrection, malgré la traque implacable du régime, les hommes en armes – déserteurs de l’armée régulière ou civils insurgés – sont parvenus à se structurer à peu près, notamment dans le Nord-Ouest, dans la région d’Idlieb frontalière de la Turquie.

C’est à cette frontière que l’ASL trouve l’aide décisive dont elle a besoin : arrivée d’armes, repli sanitaire pour les combattants blessés, entrée d’argent et de moyens de communications.

Coordination

« Il y a un véritable effort d’amélioration de la coordination entre les conseils militaires locaux de l’ASL », souligne un activiste proche du Conseil national syrien, la plus représentative organisation de l’opposition syrienne. « Encore aujourd’hui un conseil militaire, composé de quelques pelotons opérant dans la région, a été fondé à Alep », souligne l’activiste. Ils sont onze à s’afficher à visage découvert et en habit militaire sur la vidéo immortalisant cette création. Pas de quoi, à eux seuls, s’opposer frontalement à la puissance militaire du régime. Mais de défection en défection, les rangs grossissent. Certains médias turcs ont même été jusqu’à évoquer le chiffre de 100.000 défections, soit le tiers de l’effectif d’Assad.

Surtout, l’ALS s’arme. « Les armes inondent la région depuis la Turquie », affirme le même militant. « Des armes légères surtout des fusils, des pistolets… payés par des hommes d’affaires pro-opposition ou des Qataris, des Saoudiens, des Turcs… Les gros équipements sont plutôt obtenus lors des raids sur l’armée régulière ».

Changement de ton

Un accroissement de moyens qui permet de mettre l’armée d’Assad plus en difficulté. Des villes comme Homs, que le régime avait décidé coûte que coûte de ramener dans son giron, sont toujours le théâtre d’une présence insurgée. Et des régions entières – notamment celle d’Idlieb – sont presque contrôlées par ces derniers.

Au point que certains activistes publient des cartes de Syrie délimitant les régions sous contrôle du régime (en rouge ci-dessous) de celles considérées comme « libérées » (en vert).

Une communication un peu exagérée mais qui commence à peser un peu sur la diplomatie. « Je suis frappé par le changement de ton des Russes dans les conversations informelles », témoigne le diplomate français. « Il est clair qu’ils prennent désormais en compte l’hypothèse d’une chute d’Assad, même s’ils ne l’ont pas intégrée en évolution politique ».

Source : http://tempsreel.nouvelobs.com/la-revolte-syrienne/20120709.OBS6561/syrie-et-si-la-situation-etait-en-train-d-echapper-a-assad.html

Date :09/07/2012



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