SYRIE. Et s’il y avait un homme providentiel ? – par Céline Lussato

Article  •  Publié sur Souria Houria le 7 juin 2012

Alors que Moscou ne s’oppose plus à l’hypothèse d’une Syrie sans Bachar, des opposants placent leur espoir entre les mains d’un homme capable d’assurer une transition.

Alors que le plan proposé par Kofi Annan pour mettre un terme au massacre en Syrie n’est pas parvenu à aboutir à un règlement du conflit, un nouvel espoir est né chez quelques opposants. Face au rouleau-compresseur répressif du régime qui a broyé les vies de plus de 13.000 personnes, à la dispersion des oppositions incapables de s’entendre, et à l’inaptitude de la communauté internationale à faire plier Bachar al-Assad, certains ont décidé de croire en une nouvelle voie pour parvenir à « la dignité, la liberté, la démocratie et la justice sociale », comme le scandent les manifestants.

Ils mettent désormais leur espoir entre les mains d’un « homme providentiel », quelqu’un « dans la structure du pouvoir, qui n’a pas de sang sur les mains et pourrait être accepté par la population et l’Armée libre pour assurer une transition », affirme l’opposant Omar Suleiman. « Son nom ne peut être encore révélé mais nous voulons y croire », assure celui qui manifestait il y a encore quelques mois à Homs aux côtés de Fadwa qu’il a épousé au cœur de la révolution. Lui et Fadwa Suleiman, cette figure de l’opposition, célèbre comédienne d’origine alaouite – la minorité de Bachar al-Assad – qui incarna la révolte de Homs avant de devoir fuir, poursuivie par les sbires du régime, pensent avoir trouvé là une porte de sortie.

Les réticences de Moscou et Pékin

Après le précédent libyen, ni la Russie ni même la Chine ne sont prêts à voter une résolution au Conseil de sécurité susceptible de donner un blanc-seing à tout Etat ou organisation désireux de s’interposer dans le conflit en cours. La diplomatie internationale est donc bloquée.

Les deux Etats souhaitent par ailleurs préserver leurs intérêts dans la région, qu’ils soient stratégiques ou économiques. Et la dispersion des opposants, la présence d’islamistes poussés par la Turquie et le Qatar en leur sein, l’absence d’interlocuteur représentant toute l’opposition syrienne inquiète Moscou et Pékin.

Pourtant, au fond de l’impasse, un mur semble être tombé mardi. Le vice-ministre russe des Affaires étrangères Guennadi Gatilov s’est en effet montré ouvert à un départ de Bachar al-Assad. « Nous n’avons jamais dit ou posé comme condition qu’Assad devait nécessairement rester au pouvoir à la fin du processus politique », a-t-il déclaré à l’agence Itar-Tass. Certes, il ne s’agit pas de propos de Poutine, Medvedev ou Lavrov, mais ils montrent une ouverture inédite jusqu’à présent.

Transition à la yéménite

De leur côté, certains opposants semblent, eux aussi, avoir mis de l’eau dans leur vin. Car si les opposants avaient bien une seule requête commune jusque-là, c’était la chute du régime dans son intégralité. Evoquer une transition à la yéménite, qui chasserait Bachar al-Assad mais conserverait un ou des membres du régime pour assurer la transition démocratique – même sous surveillance internationale – n’était pas à l’ordre du jour ces dernières semaines. Or les propos d’Omar et Fadwa Suleiman sur cet homme providentiel, s’ils n’ont pas encore trouvé d’écho dans la rue syrienne ou au sein du Conseil national syrien, ne sont pas isolés. Pour le nationaliste Haytham Manna, « un « monsieur propre » issu de l’armée ou de la société civile » pourrait prendre la place de Bachar al-Assad « pendant la période de transition », à condition que soit désigné « un gouvernement aux pouvoirs élargis avec une majorité de ministres, dont le Premier ministre, issus de l’opposition ». « Avec un tel scénario, on peut accepter de transférer les pouvoirs de Bachar al-Assad à un homme d’Etat », estime-t-il.

Conférence de Paris

En attendant, comme pour confirmer que les choses bougent sur le plan diplomatique, une réunion informelle de concertation sur la Syrie est prévue mercredi soir à Istanbul, à laquelle doivent assister les chefs de la diplomatie américaine, française, britannique et de plusieurs pays arabes. Et la réunion des Amis du peuple syrien, qui doit avoir lieu début juillet à Paris pourrait prendre une nouvelle forme, cette fois ouverte à tous les acteurs concernés par le conflit. Le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, a d’ailleurs appelé à une nouvelle conférence réunissant « les pays qui ont réellement une influence sur les différents groupes d’opposition » syriens comme la Turquie, l’Iran, la Ligue arabe, l’Union européenne et les membres du Conseil de sécurité de l’ONU. Or ni la Russie ni l’Iran n’ont participé dans le passé aux réunions internationales sur la Syrie. La conférence de Paris pourrait-elle être, enfin, celle de la transition en Syrie ? De nombreux obstacles sont encore à franchir, qui n’empêchent pas les opposants de garder espoir.

source: http://tempsreel.nouvelobs.com/la-revolte-syrienne/20120606.OBS7813/syrie-et-s-il-y-avait-un-homme-providentiel.html



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