Syrie: Hama meurtrie se souvient du massacre de 1982 – par Hala Kodmani

Article  •  Publié sur Souria Houria le 3 février 2012

Trente ans après son calvaire, la ville martyre de Hama craint le pire, alors que la répression bat son plein dans la Syrie de Bachar el-Assad.

Abdallah Orfelli est mort une deuxième fois, le 26 janvier à Hama. Il est tombé sous les balles des miliciens de Bachar el-Assad avant d’avoir pu fêter ses 30 ans. Sa mère, qui l’a mis au monde en 1982, l’avait prénommé comme son père, Abdallah Orfelli, tué en février de cette année-là avec les milliers ou dizaines de milliers d’autres victimes du carnage ordonné par le père, Hafez el-Assad. Pour « liquider » une tentative d’insurrection des Frères musulmans, l’armée syrienne avait détruit en grande partie la quatrième ville du pays.

« Peuvent-ils, vont-ils réitérer un massacre comme à Hama? » s’interrogent les Syriens, terrorisés face à l’escalade meurtrière de ces derniers jours. Quand le régime a annoncé, la semaine dernière, par la voix de son ministre des Affaires étrangères, Walid Mouallem, sa détermination « à en finir avec la révolte populaire » après l’échec des efforts déployés par la Ligue arabe pour une issue pacifique, le spectre de la « solution définitive », selon l’expression de la presse officielle, est revenu hanter les esprits. Hama, ville de 700 000 habitants, a subi à nouveau l’assaut des blindés et de quelque 3 000 soldats qui ont fait une cinquantaine de morts en deux jours, dont le père Bassilius Nassar. Premier religieux chrétien à être tué en Syrie, ce prêtre orthodoxe qui tentait de secourir un enfant blessé est devenu un symbole dans une ville où l’influence islamiste reste très forte.

Internet empêche le huis clos

L’immense défi du mouvement de protestation syrien lancé en mars dernier dans la foulée du printemps arabe était de surmonter le traumatisme de Hama 1982, qui avait permis aux Assad d’imposer leur régime par la terreur. Trente ans plus tard, les téléphones portables et Internet protègent la population d’un tel massacre à huis clos. « Je suis branché en permanence sur Skype pour suivre, heure par heure, tout ce qui se passe dans ma ville », confirme Khaled al-Khani, derrière son ordinateur dans la chambre de service prêtée par des amis, à Paris, où il s’est réfugié au mois de juin. Cet artiste peintre réputé a un contentieux personnel à régler avec le régime. Il avait 6 ans, en 1982, quand le cadavre de son père, ophtalmologiste, a été rendu à sa famille, les yeux arrachés. Des yeux présents de façon obsessionnelle dans ses toiles et qu’il jure encore aujourd’hui « vouloir récupérer ». Son jeune frère Hikmat porte le prénom de son père, « comme le veut la tradition », parce que sa mère le portait dans son ventre au moment du drame.

vidéo: http://youtu.be/0aYjZHY_hdc

source: http://www.lexpress.fr/actualite/monde/proche-orient/syrie-hama-meurtrie-se-souvient-du-massacre-de-1982_1078369.html



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