Syrie : la clé reste à Moscou – OLIVIER BERGER

Article  •  Publié sur Souria Houria le 20 août 2011

Le ton monte, un peu au-dessus des valeurs saisonnières. Malheureusement, le temps diplomatique n’est pas indexé sur le rythme des horreurs perpétrées en Syrie depuis cinq mois par le régime de Bachar el-Assad. La réaction est ferme mais distante. Une bonne fois pour toutes, la Syrie n’est pas une « proie » isolée comme la Libye.

Ses partenaires russe et iranien, son poids sur les enjeux de la région la plus explosive du monde (du Liban à la bande de Gaza)obligent les occidentaux et les Nations-Unies à la componction. On a donc grimpé hier un barreau sur l’échelle des menaces. Qui sont nombreuses et variées… Barack Obama a demandé au président syrien de « se retirer ». Nicolas Sarkozy, Angela Merkel et David Cameron ont fait de même sans ambiguïté : « Nous l’appelons à tirer les conséquences du rejet total de son régime par le peuple syrien et à quitter le pouvoir, dans l’intérêt supérieur de la Syrie et de l’unité de son peuple. » Après les sanctions financières, le blocage des avoirs, les États-Unis ont interdit hier toute importation de produits pétroliers syriens sur leur territoire. Vous vous en doutez, les exportations syriennes (8 milliards d’euros en 2010, estime la CIA sur son site) sont quantité négligeable sur le sol américain. Les trois premiers clients sont en 2009 l’Irak (31 %), le Liban (13 %) et l’Allemagne (9,2 %). Le langage diplomatique est ainsi fait, tortueux et délicat mais sans jamais perdre de vue le but final.

Avant une réunion du conseil de sécurité de l’ONU consacrée à la répression syrienne, Bachar el-Assad a indiqué par téléphone au secrétaire général Ban Ki-Moon que « les opérations militaires et policières avaient cessé ». Mais devant le comité central du parti Baas, le premier depuis le début de la révolte le 15 mars, le président ensanglanté n’a pas cédé d’un pouce : « La Syrie restera forte, continuera de résister et ne renoncera pas à sa dignité ni à sa souveraineté. » Le pouvoir syrien s’inquiète de son image mais n’entend pas s’évaporer de sitôt. Il se sent fort. Et pour cause.

La Russie continue ainsi de lui livrer des armes. C’est le patron du groupe public Rosoboronexport, Anatoli Issaïkïne, qui l’a déclaré mercredi. Un vrai commerçant, respectueux de la parole donnée et bien achalandé avec ça, son catalogue allant du missile tactique au gilet pare-balles : « Tant qu’il n’y a pas de sanctions ni d’instructions ou d’ordre du gouvernement, nous sommes tenus de remplir nos engagements contractuels et c’est ce que nous faisons en ce moment. » Résumons-nous : la Russie menace d’un veto toute résolution onusienne et poursuit son business avec la Syrie. Vous comprendrez que l’affaire n’est pas faite. Ce n’est pas de Washington ou de Paris qu’on attend une déclaration mais de Moscou. La population gagnerait du temps et des vies.

Source: http://www.lavoixdunord.fr/France_Monde/actualite/Secteur_France_Monde/2011/08/19/article_syrie-la-cle-reste-a-moscou.shtml



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