Syrie: la diplomatie contre les peuples, un grand classique. Hélas… – Par Christian Makarian

Article  •  Publié sur Souria Houria le 13 décembre 2011

La France dénonce l’impuissance du Conseil de Sécurité à arrêter la répression brutale en Syrie. Mais tant que la Chine et la Russie refuseront de bouger, cette indignation risque de rester sans effet.

En bloquant, au Conseil de sécurité de l’ONU, une résolution visant à « exercer une pression sur les autorités syriennes », la Russie et la Chine contribuent objectivement aux souffrances du peuples syrien, qui compte ses morts (plus de 5000) et pleure ses enfants (plus de 300 sont tombés). Moscou dispose d’une base navale à Tartous, concédée par Bachar-el-Assad, qui lui permet de rayonner en Méditerranée à la recherche de ses fragments de gloire passée. Quant à Pékin, il est le premier fournisseur économique de Damas.

Mais ces deux capitales ont deux autres points communs cruciaux. 1. En tant que systèmes autoritaires, elles abhorrent les sanctions internationales décrétées par les Occidentaux (dont elles ont eu l’une et l’autre à pâtir dans leur histoire). 2. Elles n’ont pas apprécié l’interprétation extensive de la résolution 1973 qu’elles ont laisser adopter, en mars 2011, contre la Libye de Kadhafi. Russes et Chinois ont l’impression de s’être « fait avoir » à cette occasion, puisque il n’était pas question, dans le texte alors voté par le Conseil de sécurité, d’envoyer des troupes au sol ni du matériel. Or ces deux derniers points ont été très moyennement respectés ou, en tout cas, interprétés de façon très libre par les Etats-Unis, la France et la Grande-Bretagne, par souci d’en finir au plus vite avec le régime honni. Moscou et Pékin jurent, du coup, qu’on ne les y reprendra pas.

La diplomatie pour les peuples, un grand avenir. A voir… Face à l’horreur subie par un peuple, ces considérations de chancellerie ne devraient pas peser, ou s’effacer. C’est ce que la France a voulu rappeler par la voix de son ambassadeur à l’ONU, Gérard Arrau. Ce dernier, après avoir entendu l’exposé effrayant sur la situation syrienne de Navi Pillay, Haut commissaire à l’ONU pour les Droits de l’Homme, s’est indigné: « C’est l’exposé le plus épouvantable que nous ayons entendu devant ce Conseil depuis au moins deux ans. » La France s’insurge, dénonce « l’opposition de certains membres [du Conseil de Sécurité], l’indifférence des autres ». Mais l’indignation n’est pas une arme efficace, n’en déplaise à Stéphane Hessel. Le massacre continue en Syrie, et nos yeux horrifiés ne retiennent pas les mains des bourreaux. A terme, la Russie et la Chine paieront cher leur attitude, mais combien d’innocents vont encore tomber d’ici là?

source: http://www.lexpress.fr/actualite/monde/proche-orient/syrie-la-diplomatie-contre-les-peuples-un-grand-classique-helas_1060938.html



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