Syrie : la dynamique citoyenne qu’Al-Assad ne parvient pas à liquider – par Jean-Pierre Filiu

Article  •  Publié sur Souria Houria le 1 juillet 2013

En ce 30 juin, l’Egypte retient son souffle face aux manifestations rivales des opposants et des partisans du président islamiste Mohammed Morsi. En Syrie, c’est déjà le deuxième jour de l’offensive du régime Assad contre les quartiers révolutionnaires de Homs.

Avions, batteries et chars lâchent leurs bombes sur ces bastions déjà en ruines, dont la propagande gouvernementale a déjà annoncé la « reconquête » plusieurs fois par le passé.

La mosquée Khaled Ben Walid, le plus important monument de Homs, a été frappée par les tirs du régime, comme avant elle la mosquée des Omeyyades d’Alep ou la mosquée Omar de Deraa.

Des cortèges chaque vendredi depuis 2 ans

Ce déferlement de violence aveugle, sur fond de valse-hésitation occidentale sur l’armement de l’insurrection, rejette au second plan la dynamique citoyenne de la révolution syrienne.

Cette dimension, à la source du soulèvement populaire de mars 2011, est pourtant déterminante pour comprendre la capacité de résistance de millions de Syriennes et de Syriens face aux campagnes de liquidation de Bachar al-Assad, mais aussi face aux divisions de l’opposition syrienne.

Le 28 juin, comme tous les vendredis depuis plus de deux ans, des cortèges ont rassemblé des milliers de manifestants pacifiques sur le thème de « une révolution ardente pour une opposition paralysée ».

DÉFILÉ DE LA POPULATION À ALEP LE 28 JUIN 2013

Au-delà des images de combats et de massacres qui saturent nos écrans, c’est bel et bien une toile de militantisme citoyen qui préserve encore l’unité de la Syrie, et qui garantit à bien des égards l’avenir de sa population.

Le mouvement pacifiste syrien vient de diffuser une carte interactivedes centaines d’associations et de coordinations locales qui inscrivent la soulèvement syrien dans la durée et en profondeur.


Capture d’écran de la carte interactive mise au point par Bizava Astiyane suri, un mouvement pacifiste syrien

Chaque entrée renvoie à la page Facebook pertinente, avec un descriptif rapide. On y trouve aussi bien les différentes instances de gestion municipale, que l’assistance aux détenus, les initiatives d’agitprop symbolique ou les reporters-citoyens.

C’est peu de dire que cette dimension civile de la révolution syrienne est passée sous silence dans la couverture médiatique de la tragédie en cours.

Les « pires errements » des médias

La désinformation baasiste, systématique depuis mars 2011, a d’ailleurs atteint ces derniers jours des sommets.

  • La mort d’un franciscain syrien, le 23 juin, accompagnée du pillage du monastère où il était reclus, non loin de Homs, a suscité une émotion légitime en France.

L’extrême droite n’a pas craint d’affirmer à cette occasion que le soutien occidental aux révolutionnaires syriens « aide à tuer les Chrétiens ». D’autres sites comme RiposteLaïque.com allaient plus loin en assénant que trois franciscains, et non un seul, avaient été assassinés, et que les rebelles avaient mis en scène leur décapitation.

Tant pis pour ces prêcheurs de haine, la Custodie de Terre saintedémentait catégoriquement la mort de trois franciscains. Et il s’avère que les images du supplice ainsi diffusées soient l’œuvre d’unemanipulation encore plus contournée.

  • La mort de quatre personnes dans une explosion, le 27 juin, en plein quartier chrétien de Damas, a été prestement attribué à un « kamikaze » de l’opposition.

Cette thèse, relayée par les médias du régime Assad, a été reprise telle quelle par la presse internationale, entre autres en France. Or il semblerait que le dit « kamikaze » soit un employé de la télévision d’Etat, qui plus est de confession chrétienne, et que l’explosion soit due à la chute d’un obus de mortier, volontaire ou accidentelle.

Ces deux exemples ne font qu’illustrer la persistance d’une « guerre des images », où l’interdiction par la dictature syrienne de toute couverture de presse indépendante laisse libre cours aux pires errements.

En guise de conclusion, je vous renvoie à cet entretien diffusé le 29 juin par le site canadien Tolérance sous le titre « Le soulèvement syrien est condamné à la victoire ».

source : http://blogs.rue89.com/jean-pierre-filiu/2013/06/30/syrie-la-dynamique-citoyenne-qual-assad-ne-parvient-pas-liquider-230684

date : 30/06/2013



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