Syrie : le curé néerlandais des chrétiens assiégés de Homs tué – par Pierre Haski

Article  •  Publié sur Souria Houria le 8 avril 2014

Capture d’écran du père Frans Van der Lugt dans une vidéo de 2013 (capture)

A 72 ans, le père Frans Van Der Lugt refusait d’abandonner ses derniers paroissiens dans le quartier chrétien de Homs, situé dans la zone tenue par les rebelles syriens, assiégée par l’armée. Lundi matin, ce jésuite, présent en Syrie depuis près d’un demi-siècle, a été abattu dans son monastère de deux balles dans la tête par des agresseurs masqués.

L’information a été donnée par l’ordre des jésuites aux Pays-Bas, qui dit tout ignorer de l’identité ou de la motivation des assassins du prêtre de Homs.

Sa disparition a créé une vive émotion parmi les Syriens, notamment les activistes anti-Assad, qui le considéraient comme l’un des leurs.

Frans Van Der Lugt avait refusé à plusieurs reprises d’être évacué de ce vieux quartier de Bustan al-Diwan, autrefois très peuplé et prospère – aujourd’hui abandonné par la plupart de ses habitants –, comme il le racontait il y a un an dans cette vidéo, enregistrée en français et diffusée par le site Jesuites.com.

MESSAGE DE FÉVRIER 2013

Un an plus tard, la situation n’avait fait qu’empirer. Dans une nouvelle vidéo, en arabe, il lançait un SOS en faveur des derniers chrétiens de Homs.

MESSAGE DE JANVIER 2014

Contacté ensuite, il y a seulement deux mois, sur Skype, par un journaliste du Daily Telegraph, il donnait une vision apocalyptique de la situation à Homs et s’en prenait à la passivité de la communauté internationale :

« Notre ville est devenue une jungle sans loi. Nous faisons de grands efforts pour nous comporter de manière fraternelle et ne pas nous jeter les uns sur les autres, poussés par la faim. »

Le quartier chrétien dans lequel il vivait est assiégé depuis plus d’un an. Personne n’a pu en sortir et aucune nourriture n’y est entrée pendant cette période, expliquait-il.

« Les enfants sont ceux qui souffrent le plus. Les mères ne peuvent plus allaiter car elles sont trop faibles. Nous cherchons partout du lait, et quand nous en trouvons, nous le coupons avec de l’eau. »

A la suite des négociations de Genève, les Nations unies et le Croissant-Rouge ont pu évacuer une partie des habitants du réduit rebelle, considérablement affaibli depuis des contre-offensives de l’armée gouvernementale l’an dernier.

Malgré ce contexte très difficile, le père Frans refusait toujours de partir tant qu’il restait un seul de ses paroissiens. Des tueurs ont décidé lundi de l’éliminer. Un acte de barbarie de plus dans cette guerre sans fin.

source : http://rue89.nouvelobs.com/2014/04/07/syrie-cure-neerlandais-chretiens-assieges-homs-tue-251295

date : 07/04/2014



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