Syrie : les bombardements du régime à Alep, un crime de guerre

Article  •  Publié sur Souria Houria le 9 mai 2016

Quand l’aviation américaine a bombardé, en octobre 2015, un hôpital de Médecins sans frontières (MSF) à Kunduz, en Afghanistan, lors d’affrontements avec les talibans, on a parlé de « crime de guerre ». Quarante-deux personnes ont été tuées dans l’établissement. L’ONU a été mobilisée, des enquêtes diligentées.

Quand des chasseurs russes – pilotés par des Syriens ou des Russes – ont bombardé, mercredi 27 avril, un hôpital tenu par MSF et la Croix-Rouge dans la partie d’Alep contrôlée par la rébellion, rien de tel. La routine. Aucune mobilisation particulière, juste un tollé dans les milieux humanitaires. Cinquante Syriens ont été tués – 44 patients, 6 membres du personnel soignant. MSF n’a aucun doute : ce fut un raid délibéré. Le lendemain, une clinique a été visée. « Ces attaques contre des hôpitaux et contre le personnel hospitalier signent la façon, terrible, dont cette guerre est menée », a déclaré Muskilda Zancada, la chef de mission de MSF en Syrie. Mais qui parle encore de « crimes de guerre » dans ce pays ?

Pour le régime de Damas, il s’agit de faire fuir la population civile, celle qui se trouve encore dans les quartiers aux mains de l’opposition armée. La deuxième ville de Syrie, dans le nord-ouest du pays, sa capitale économique, est divisée en deux. Si les Russes et les forces loyales à Bachar Al-Assad arrivent à l’encercler ou à la reprendre entièrement, ils coupent l’insurrection de son accès vers la Turquie. La chute d’Alep marquerait un tournant dans la guerre. Elle consoliderait la mainmise du clan Assad sur la partie la plus peuplée de Syrie.

Gesticulations diplomatiques

De leur côté, les groupes rebelles ont bombardé à coups de mortiers la partie ouest d’Alep, les quartiers contrôlés par l’armée du régime, faisant eux aussi de nombreuses victimes civiles. Observé depuis le 27 février, le cessez-le-feu destiné à soulager les civils et à favoriser une reprise des négociations à Genève a volé en éclats. Les pourparlers sont arrêtés. Moscou et Washington se livrent à des gesticulations diplomatiques : on fait semblant de vouloir calmer le jeu.

 

Manifestation de solidarité avec les habitants de Alep à Tripoli au Liban le 1er mai.

Manifestation de solidarité avec les habitants de Alep à Tripoli au Liban le 1er mai. IBRAHIM CHALHOUB / AFP

Vladimir Poutine a l’initiative. L’essentiel de ses forces, déployées au début de l’été, est resté sur place. Chasseurs et hélicoptères russes appuient les dizaines de milliers de miliciens étrangers venus en renfort de ce qui reste de l’armée syrienne. Dans l’autre camp, la Turquie et les monarchies arabes du Golfe ont réarmé les différentes composantes de l’insurrection – et sans doute le Front Al-Nosra, branche syrienne d’Al-Qaida, présent à Alep. Barack Obama donne la priorité non à apaiser le front syro-syrien, mais à lutter contre l’organisation dite Etat islamique (EI). Il s’agit, cette fois, de préparer une attaque contre la ville de Rakka, le fief de l’EI en Syrie. Alep attendra.

 

Cette cité millénaire comptait près de deux millions d’habitants. Il n’en resterait que quelques centaines de milliers. Ils vivent dans les décombres d’une ville dévastée par les combats. Quintessence du terrorisme d’Etat, le régime a largué sur Alep des centaines de barils de TNT, destinés, avant tout, à tuer le maximum de personnes au sol.

Américains et Russes semblent avoir négocié une nouvelle cessation partielle des hostilités. Si l’on comprend bien, elle ne concerne pas le nord-ouest du pays. Alep attendra, comme si son destin était celui d’une ville martyre, qui concentre en ses ruines toutes les tragédies d’une guerre qui n’en finit pas.

 



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