Syrie : l’UE maintient son refus d’armer les rebelles – par Alain Barluet

Article  •  Publié sur Souria Houria le 20 février 2013

Face aux réticences de certains pays de l’UE, les insurgés ne devraient recevoir que du matériel non létal.

L’implacable réalité s’est imposée aux Vingt-Sept: aucune solution politique n’est en vue en Syrie, et la population subit chaque jour plus intensément des violences qui, en presque deux ans, ont fait 70 000 morts. Prenant acte de cette situation, les ministres européens des Affaires étrangères réunis lundi à Bruxelles ont reconduit pour trois mois les sanctions infligées au régime de Damas. Parallèlement, ils ont accepté d’amender l’embargo sur les armes pour permettre l’envoi de matériel non offensif et une assistance technique pour la protection des civils. Concrètement, si cette décision est confirmée au terme de l’embargo, le 28 février, les insurgés pourront recevoir des équipements tels que des gilets pare-balles et des casques mais aussi des moyens de communication cryptés, de même que des moyens de détection et d’information infrarouge. «Ce sont des équipements dont ne sont pas dotées les forces de Bachar et qui, peuvent faire la différence dans un conflit», estime une bonne source.

Volet le plus sensible de la politique de sanctions décidée au printemps 2011 contre Damas, l’embargo sur les armes et son éventuel allégement font depuis plusieurs mois l’objet d’un âpre débat au sein des Vingt-Sept. «Il s’agit toutefois d’une évolution importante», souligne une source proche du dossier.

Comme ce fut le cas pour la Libye, plusieurs États appelaient à la levée

de l’embargo pour armer les rebelles. Une ligne sur laquelle le Royaume-Uni s’est montré en pointe, soutenu notamment par l’Italie et, dans une certaine mesure, par la France. Le chef de la diplomatie britannique, William Hague, a d’ailleurs salué la décision de lundi dans la mesure où elle permettra, selon lui, d’«aller plus loin» dans trois mois, lorsque le sujet reviendra sur la table. En face, une forte opposition s’est exprimée en particulier de la part des pays scandinaves, du Benelux et de l’Allemagne.

Dérives djihadistes

La France, longtemps hostile à toute fourniture d’armes à la rébellion, a évolué. En novembre dernier, Laurent Fabius avait évoqué la possibilité d’une levée de l’embargo pour fournir aux rebelles des armes défensives «puisque la Coalition (de l’opposition) nous l’a demandé». Lundi, le chef de la diplomatie française a d’ailleurs estimé que la décision avait été prise «conformément à la demande» du chef de la Coalition nationale syrienne, Moaz al-Khatib. Pour Paris, la priorité est la consolidation de cette structure politique, rempart, veut-on croire, contre les dérives djihadistes de la rébellion. Dans le contexte de la crise du Sahel, les risques d’une militarisation accrue n’ont pas manqué d’être évoqués à Bruxelles. «Le but n’est pas de combattre les djihadistes au Mali pour fournir des armes aux djihadistes en Syrie», a déclaré le Luxembourgeois Jean Asselborn. Récemment, François Hollande avait déclaré qu’une levée de l’embargo ne saurait être à l’ordre du jour tant qu’existait la possibilité d’une issue politique, signe que le débat a aussi lieu à Paris. «Ne pas alléger l’embargo, c’est donner des arguments aux plus extrémistes», argumente ainsi une source proche du dossier.

source: http://www.lefigaro.fr/international/2013/02/18/01003-20130218ARTFIG00717-syrie-l-ue-maintient-son-refus-d-armer-les-rebelles.php



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