Syrie : «Sans essence pour nos ambulances, on risque de devoir arrêter le travail» – par Hala Kodmani

Article  •  Publié sur Souria Houria le 9 août 2016

Bebars Mechaal, 31 ans, est responsable de la défense civile du quartier de Bab al-Neirab, dans la vieille ville d’Alep. Ces «casques blancs» volontaires prodiguent les premiers soins après les bombardements, déblaient, réparent…

«La pression est terrible pour nous depuis le début du siège. Tout d’abord, l’intensification des raids aériens et des tirs de l’artillerie nous obligent à intervenir beaucoup plus qu’avant. En plus de nos missions de secours habituelles, il faut aller éteindre les incendies qui se sont multipliés ces derniers jours dans les immeubles et les locaux commerciaux ou entrepôts visés. La fréquence des raids est telle qu’un même point bombardé la première fois l’est à nouveau quand on intervient.

«Dimanche, quand certains habitants ont entendu les appels à partir par les couloirs humanitaires ouverts, quelques dizaines ont tenté d’échapper au siège et aux bombardements. Plusieurs ont été tués par les snipers. Sur la route du Castello désormais aux mains des forces du régime, où sont tombées plusieurs victimes, même la défense civile était interdite d’aller les secourir. Nos casques blancs ne nous protègent plus.

«On a aussi de gros problèmes d’effectifs puisque certains de nos cadres, dont les plus expérimentés, habitent dans les villages voisins hors de la zone encerclée. Ils ne peuvent plus arriver depuis que toutes les routes d’accès sont coupées. Et puis on a perdu plusieurs de nos hommes dans les bombardements depuis le début du siège. L’un d’entre eux ici même il y a quinze jours, quand notre local a été touché. Aujourd’hui encore, un missile est tombé à 100 mètres de nous. Par miracle, aucun des nôtres n’a été touché. Mais malheureusement, il y a eu des victimes civiles.

«Notre plus grosse angoisse, maintenant, c’est le manque de carburant. Nos réserves sont près de s’épuiser, bien plus vite que prévu, parce qu’on est intervenus plus souvent que d’habitude ces derniers jours. Si on n’a plus d’essence pour nos ambulances, nos véhicules extincteurs, on risque de devoir arrêter le travail.

«Et puis, comme tous les autres habitants d’Alep, nous sommes affectés par les problèmes économiques et pratiques. Après des journées éprouvantes, quand on rentre à la maison pour quelques petites heures de sommeil, on doit trouver des solutions pour nourrir nos familles, alors qu’on n’a plus les moyens d’acheter des produits essentiels.»

Dans le quartier de Bani Zeid, à Alep, le 29 juillet. Photo George Ourfalian. AFP



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