Syrie : un Français espion malgré lui – par Sabrina Dufourmont

Article  •  Publié sur Souria Houria le 18 juillet 2012

Le logiciel d’un informaticien a été utilisé, à son insu, par Bachar el-Assad pour surveiller les opposants au régime.

 

« Inventer DarkComet était un défi pour moi. Je n’aurais jamais imaginé qu’il serait utilisé par un gouvernement pour espionner ses citoyens. Si je l’avais imaginé, je ne l’aurais jamais créé. » Ce sont les explications données au site américain Wired par Jean-Pierre Lesueur, jeune geek de 22 ans qui voulait se faire un nom dans le monde informatique. La raison de ce mea culpa ? DarkComet a été utilisé par Bachar el-Assad pour surveiller les opposants au régime et aurait ainsi permis leur arrestation. Le Français se trouve aujourd’hui au coeur d’une polémique qui le dépasse.

Jean-Pierre Lesueur, informaticien pour une société qui vend des billets d’avion dans la région parisienne, a mis au point DarkComet en 2008. Un programme informatique loin d’être anodin puisqu’il s’agit d’un RAT (Remote Administration Tool) qui permet de prendre le contrôle d’un ordinateur à distance. Cette fonction est très prisée par les experts en informatique pour apporter, à distance, une aide informatique à leurs clients ou régler des problèmes sur leur poste. Et dont raffolent aussi les pirates, car cet espion silencieux et discret permet de voler les mots de passe, d’enregistrer des images et du son en évitant d’être détecté par les logiciels antivirus. Distribué gratuitement, DarkComet s’est révélé aussi efficace que des solutions commerciales payantes. Gratuit et disponible sur Internet : deux raisons de l’intérêt porté par le gouvernement syrien.

Espionnage

D’après des chercheurs cités par Wired, ce programme a été l’outil informatique le plus utilisé par la Syrie entre novembre 2011 et mai 2012. Selon CNN, plusieurs opposants auraient ainsi été arrêtés à cause des informations récoltées via DarkComet et des réseaux d’activistes auraient été détruits. Car une fois l’ordinateur infecté, les pirates utilisent l’ordinateur comme un tremplin pour en contaminer d’autres, généralement via Skype.

C’est le cas d’Oussama, qui a refusé de donner son nom de famille. Environ cinq mois auparavant, un ami médecin a reçu un fichier via Skype qui semblait avoir quelque chose à voir avec la médecine et la révolution syrienne. « Son compte a commencé à envoyer ce fichier à ses contacts (dont le mien) et, comme il est un médecin, un grand nombre de ses contacts ont accepté », a raconté ce militant. Oussama ne sait pas avec certitude si l’ordi de son ami a été infecté par le DarkComet, mais il est très probable que ce soit le cas.

Ces révélations ont poussé dans un premier temps Jean-Pierre Lesueur à créer un outil pour permettre la désinstallation de DarkComet. Une initiative qui laisse sceptique, car le programme a continué d’être distribué. Mais le 10 juillet, l’informaticien poste un message annonçant la fin du programme sans un mot sur la Syrie : « Je ne cautionne pas les groupes de pirates informatiques qui utilisent illégalement mon programme. » Décision inespérée motivée par une prise de conscience tardive, imagine-t-on. Pas du tout. L’explication est effarante : « Pourquoi j’ai pris cette décision ? Parce que je peux être tenu légalement responsable des actes perpétrés par d’autres. » Cela s’appelle s’en laver les mains.

source: http://www.lepoint.fr/monde/syrie-un-francais-espion-malgre-lui-17-07-2012-1486208_24.php



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