Syrie : un logiciel français au secours d’Assad ? – Antoine Serres

Article  •  Publié sur Souria Houria le 4 août 2012

Le groupe français Qosmos est soupçonné d’avoir vendu des technologies sensibles à la Syrie. Bachar al-Assad aurait en effet utilisé ce logiciel français pour espionner Internet dans son propre pays.

© DR

La société française Qosmos, aurait-elle aidé le pouvoir syrien à surveiller sa population ? La Fédération internationale des droits de l’Homme (FIDH) et la Ligue des droits de l’Homme (LDH), ont porté plainte mercredi contre Qosmos pour avoir fourni du matériel de surveillance utilisé par le régime syrien pour surveiller les opposants et organiser la répression. La FIDH et la LDH avaient déjà porté plainte en octobre 2011 pour « complicité de crimes de tortures » visant Amesys, pour des faits similaires concernant la Libye de Kadhafi. Une enquête avait été diligentée en mai par le parquet de Paris.

La société française Qosmos développe des logiciels informatiques très poussés. Il s’agit de technologies dites « DPI » (Deep Packet Inspection), du matériel nécessaire pour espionner Internet – qui communique avec qui, qui se connecte à quel site, qui utilise quel type de logiciel ou de service sur Internet.

« Ce serait une grande déception si c’était vrai »

« Ça me met en rage totale », explique Rabee Al-Hayek, co-fondateur de l’association Souria Houria (Syrie Liberté), groupe de soutien à la révolution syrienne qui espère sincèrement que cette vente de logiciel d’espionnage n’est pas vraie : « La communauté internationale ne cesse de dire qu’elle va sanctionner le régime d’al-Assad. Mais ce que l’on voit c’est que ce régime n’a jamais été sanctionné, il a toujours une grande liberté. Je suis très déçu. Là, on attend les preuves qui nous montreront que ce deal a bien eu lieu. Ce serait une grande déception si c’était vrai ».

« Le gouvernement était probablement au courant »

Jérémie Zimmermann, fondateur de la Quadrature du net, organisation de défense des droits et libertés sur Internet. Selon lui, il y a vraiment peu de chances que le gouvernement français n’ait pas été au courant d’une telle transaction : « Cela ressemble en tout point à de la vente d’arme. Et quand il y a ce genre de vente, il y a une commission interministérielle qui devrait se prononcer. Donc il y a gros à parier que le gouvernement français était au courant d’une telle transaction. Je crois encore à la présomption d’innocence… Mais l’enquête nous le démontrera ».

« Qosmos n’a rien à se reprocher »

« La société n’a absolument rien à se reprocher et attend sereinement tous les actes d’enquête », a réagi Qosmos par la voix de son avocat, Me Benoît Chabert. Le parquet doit décider d’ouvrir une enquête dans un délai de trois mois. A défaut, les deux ONG déposeraient une plainte avec constitution de partie civile afin qu’un juge soit automatiquement désigné, a précisé Me Baudouin, l’avocat de la FIDH.
Source : http://www.rmc.fr/editorial/281926/syrie-un-logiciel-francais-au-secours-d-assad/
Date : 26/07/2012


Inscrivez-vous à notre newsletter