Syrie : un médecin en mission humanitaire raconte – par Winny Claret

Article  •  Publié sur Souria Houria le 15 novembre 2013

Jean-Pierre Letoquart, chirurgien parti en mission dans un hôpital clandestin de l’ONG dans la région d’Alep, témoigne de la situation humanitaire en Syrie.

Ce mardi, MSF a organisé des évènements à Paris, Marseille et Lyon pour lancer un nouvel appel aux dons. D’abord axé sur ses actions face à la situation des réfugiés syriens, des Centrafricains pris dans un conflit violent, de la précarité de la population haïtienne ou encore de la mortalité maternelle au Pakistan, le rendez-vous a été rattrapé par l’actualité.

MSF s’est concentré sur les sinistrés philippins après le passage du typhon Haiyan. Quinze médecins de l’organisation sont déjà présents aux Philippines, une cinquantaine de volontaires les rejoindront et trois avions cargos sont en cours d’acheminement. Mais l’organisation reste cependant mobilisée en Syrie, d’où revient Jean-Pierre Letoquart, chirurgien parti en mission dans un hôpital clandestin de l’ONG dans la région d’Alep. Il témoigne de la situation humanitaire dans ce pays.

« En mission dans une des régions les plus sensibles, dans quelles conditions travailliez-vous ?

Les équipes dans les hôpitaux de MSF sont restreintes : un anesthésiste, un chirurgien et un infirmier, c’est tout. On doit tous être polyvalents. Je suis spécialisé dans la chirurgie viscérale et digestive, mais j’effectue tous types d’opérations. On pratique la chirurgie d’urgence pour soigner les plaies par balles, les victimes de bombardements, mais aujourd’hui, c’est tout le système sanitaire syrien qui est désorganisé. On peut mourir de toutes les pathologies possibles. Un accouchement qui se passe mal, une appendicite peuvent être mortels. Du coup on a un rythme très intense, on travaille jour et nuit parce qu’on doit palier le vide sanitaire actuel.

Ce qui est difficile c’est que ça n’arrête jamais, les camps de réfugiés sont sans cesse bombardés. Quelques jours avant que je parte, des soldats de l’armée syrienne sont tombés sur un camp de réfugiés à quelques kilomètres de l’hôpital et l’ont bombardé, simplement parce qu’ils passaient par là, presque pour s’amuser. Quatre enfants ont été sérieusement blessés.

Comment envisagez-vous les réactions internationales ?

La priorité des gouvernements devrait être de garantir un accès à l’humanitaire pour tous. Le démantèlement de l’arsenal chimique syrien était nécessaire, mais c’était un écran de fumée. Il faut se concentrer avant tout sur le problème humanitaire, il faut combler le vide sanitaire en garantissant l’accès aux soins de base. Sur le plan des médias, ce qui me choque c’est le nouveau désintérêt pour le cas syrien. Quand je suis parti en septembre, on ne parlait que de ça. Aujourd’hui, je n’en entends quasiment plus parler.

Envisageriez-vous de retourner là-bas ?

Si la nécessité se présente, j’y retournerai sans aucun problème. C’est bien en Syrie qu’il faut cibler les actions humanitaires en ce moment.»

source : http://www.leparisien.fr/international/syrie-un-medecin-en-mission-humanitaire-raconte-12-11-2013-3309057.php

date : 12/11/2013



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