Taste of Cement – Texte de Sarah de Haro pour SouriaHouria

Article  •  Publié sur Souria Houria le 21 février 2018

Taste of Cement au Studio Galande

Dimanche 18 février 20 h

Quatre ans séparent Eau argentée, film d’Ossama Mohammed ayant fait l’objet d’une
première mondiale à Cannes en 2014, et Taste of Cement, de Ziad Kalthoum , sorti le 3
janvier 2018, qui mène son chemin, depuis plus d’un mois sur les écrans, parisiens et
provinciaux.
Dimanche 18 février, le réalisateur Ossama Mohammed sera aux côtés de Mélanie
Simon-Fransa, distributrice de Taste of Cement, pour une soirée de projection-débat
autour du film de Ziad Khaltoum. C’est l’occasion de se souvenir d’Eau argentée(1) :
Ossama Mohammed était en France depuis 2011. Wiam Simav Bedirxan, Syrienne-Kurde,
l’avait contactée depuis Homs. Ensemble, avec les images exfiltrées par Wiam, ils avaient
construit Eau argentée, documentaire Nouvelle vague. La présentation en première
mondiale, au festival de Cannes, s’était faite dans un contexte dont on peinerait presque à
se souvenir en 2017, antérieures aux interventions militaires directes de la France et de la
Russie, antérieures au siège et à la chute d’Alep, mais simultanée à la capitulation quasi
complète de Homs, l’un des premiers de nombreux sièges qui appartiendraient par la suite
aux stratégies du régime.
Quatre ans séparent deux films qui jouent chacun à leur manière sur les limites qui
séparent le documentaire de la fiction et sur les vertiges nés du trouble entre réel et
métaphore. Avec Eau Argentée, Ossama Mohammed et Wiam Simav Bedirxan ont su
habilement mêlé des extraits des soulèvements tels qu’ils ont été diffusés par les
activistes sur youtube, à une narration proche de l’autofiction. Pour Taste of Cement, Ziad
Khaltoum a rusé auprès d’une entreprise du bâtiment en prétextant réaliser un film
architectural sur le projet de construction d’un gratte-ciel du nouveau Beyrouth, puis est
resté clandestinement de nuit auprès des maçons syriens. Ces ouvriers n’ont pas le droit
de sortir du site passé 19 h et dorment dans les fondations qu’ils ont eux-même posé,
reliés à la Syrie par leur smartphone et les images des destructions en cours dans leur
pays en guerre. Pour l’un d’entre eux, le Liban avait aussi été l’exil du père, qui avait
oeuvré à la reconstruction pour financer la maison de sa famille en Syrie – à son tour
détruite dans le conflit.
La rencontre prévue au Studio Galande promet d’être intéressante : Ossama Mohammed
a saisi tôt, et d’une manière unique, que se jouaient dans les soulèvements devenus
conflit une modification du registre des images (2) – son esthétisation du conflit avait à
l’époque de la sortie d’Eau argentée été parfois décrié. Ziad Khaltoum a fait le choix d’un
vertige très littéral, caméra penchée depuis les grues sur le front de mer, plan fixe sur une
bétonneuse en vrille dans des virages – si Eau argentée prennent parfois en otage le
spectateur dans leurs astuces et pièges formels, c’est peut-être bien qu’il y a malaise dans
la posture qui consiste à rester spectateur de 5 millions de déplacés et de 500 000 morts.
Mais, de cela, ni Eau argentée ni Taste of Cement ne font la leçon. ; tout juste, par leur art,
Ossama Mohammed et Ziad Khaltoum ont en commun d’inviter modestement et
souterrainement à poser la question : de quoi sommes-nous témoins ?

(1) et de le voir ou le revoir sur arte où il est disponible en replay :
https://www.arte.tv/fr/videos/048385-000- A/eau-argentee- syrie-autoportrait/

(2) lire par exemple http://www.liberation.fr/apps/2016/03/syrie-raconte- guerre-
douleur/#chapitre-1
Pour voir la bande-annonce de Taste of Cement : https://justedoc.com/films/taste-of-
cement/



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