Témoignage de Muzaffar Salman, brillant photojournaliste syrien

Article  •  Publié sur Souria Houria le 28 juin 2015

Témoignage de Muzaffar Salman, brillant photojournaliste syrien

Muzaffar Salman nous a livré un superbe témoignage de son parcours de photojournaliste. Il nous raconte sa vie, son exil forcé et pourquoi il en est venu la photographie…

La photographie et les souvenirs d’enfance

Né en 1976, Muzaffar Salman est originaire de la ville de Homs au Nord de la Syrie. Muzaffar Salman nous raconte comment il en est venu à la photographie. Au début de sa carrière de photographe, il n’y avait pas d’accès à internet en Syrie et il connaissait très peu les photographes de renommée internationale. Il nous dit que même dans ses premiers souvenirs d’enfants, il se souvient de voir des photographies et le cinéma dans sa maison car son père aimait faire de nombreuses photographies. De plus, il y avait dans sa maison un projecteur cinématographique et à l’âge de six ans, il avait vu de beaucoup de films de Charlie Chaplin, des films russes. Lorsqu’il avait dix ans, son père est décédé et il a alors un peu oublié le cinéma et la photographie…

Âgé de 19 ans, il a pratiqué de nouveau la photographie. Chez lui, il retrouve un vieux film. Il demande à son frère ce peut être ce film, celui-ci lui répond que c’était le dernier film présent dans la caméra paternelle. Muzaffar Salman a peur que la bobine soit abimée mais il l’emmène à Damas pour le développer. Il en extrait seulement une photographie pas très claire. Après deux années d’études en photographie, il a pu réimprimé ce négatif en couleur grâce aux techniques qu’il avait appris. Et il y a vu un petit enfant accompagné de deux jeunes filles : lui et ses sœurs! A partir de ce moment, son rapport à la photographie devient plus fort…et il acquiert la conviction que c’est la seule chose qu’il souhaite faire…

Au début de sa carrière, il a comme support l’argentique (appareil soviétique zenit) et imprimait lui-même ses photos en noir et blanc puis il se dirige vers la couleur comme le lui demandent les agences de presse… Pour ses expositions, il se réservent le choix du noir et blanc ou de la couleur.

Un parcours exemplaire

Après avoir étudié la photographie dans sa ville natale de Homs (il obtient un diplôme de photographie en 2003). En 2006, il reçoit le prix du concours photographique “Regards Croisés : Patrimoine vivant en Méditerranée” pour la photographie à Rome et participe donc à l’exposition itinérante de ce concours entre 2006 et 2007. Muzaffar Salman va travailler comme photojournaliste pour de grandes agences de presse internationales comme la britannique Reuters ou l’étasunienne Associated Press. Homme de terrain, il va notamment travailler dans son pays pour le journal Al-Watan (de 2006 à 2011).

Muzaffar Salman ne se considère pas comme un photojournaliste de guerre car il ne souhaite pas uniquement photographier la guerre. Il souhaite surtout photographier les personnes, la beauté de son pays et il espère pouvoir continuer son activité.

Cependant suite à la naissance du conflit, il va être licencié du journal national Al-Watan. Il poursuit sa carrière de photojournaliste et travaille avecAssociated Press et Reuters mais le gouvernement syrien l’appel pour servir dans l’armée. Il fuit alors son pays pour Beyrouth au Liban. Après un séjour de 20 jours au Liban, il repart travailler dans son pays natal à Alep. Pour arriver dans cette ville au cœur du front, il passe par la Turquie. Devoir quitter son pays fut une expérience très difficile pour lui.

Entre exil forcé et futurs projets

En couvrant le conflit syrien depuis la ville d’Alep qui se trouve au cœur des combats, Muzaffar Salman court de nombreux risques et commencent certainement à gêner. En effet, l’État Islamique tente de le kidnapper mais l’Armée Syrienne Libre le protège. Ne pouvant continuer son travail, il se voit dans l’obligation de quitter de nouveau son pays pour le Liban où l’ambassade de France l’aide pour rejoindre l’Europe malgré des problèmes de passeports. Il arrive en France à la maison des journalistes en juin 2014 (maison à Paris qui accueille des journalistes exilés) et y organise l’exposition Alep Point Zéro.

Il reste bien sûr en contact avec sa famille et ses amis restés sur place notamment grâce aux réseaux sociaux. A Paris, tous les jours il fait beaucoup de photos!

Muzaffar Salman n’est pas certain de son avenir car il a de nombreux problèmes administratifs (passeport) mais il espère toujours réaliser un travail auprès des réfugiés syriens, il souhaite raconter leurs histoires et leurs parcours…et ce qu’ils font dans leurs nouvelles vies…

 

source : http://www.radiovl.fr/muzaffar-salman-photojournaliste/

date : juin 2015



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