Tourisme, l’impossible normalisation

Article  •  Publié sur Souria Houria le 19 novembre 2018

Faut-il s’en souvenir, à l’hiver 2016, alors que les combat faisaient rage à Alep, plusieurs comptes Twitter, en apparence anecdotiques, diffusaient quotidiennement des images rassurantes des plages de Lattaqié sous le soleil couchant. Le régime de Damas resserrant peu à peu son emprise sur des territoires symboliques comme Palmyre, ses représentants commerciaux se sont mis à rêver à haute voix. Bassam Barsik, directeur du marketing au ministère syrien du tourisme, déclarait au salon international du tourisme, en janvier 2018, « Cette année, c’est le moment de reconstruire la Syrie et notre économie ». Puis, la réouverture de l’autoroute Damas-Homs, a donné l’illusion de la continuité territoriale nécessaire aux voyagistes pour concevoir des « circuits ». C’est que le tourisme n’est pas, pour le régime, une simple donnée financière : c’est un outil stratégique d’un retour à la « normalité », qui joue sur tous les tableaux, dont celui de la fascination occidentale pour ses anciens protectorats, ou même des formes de culpabilité comme l’injonction à participer à l’effort de reconstruction d’« Orient éternels ».

Une inflexion idéologique est en cours. Ce qui est en jeu n’est pas, contrairement à ce qu’affirme malencontreusement l’écrivain zélote Sylvain Tesson dans Le Figaro du 15 novembre 2018, le romantisme d’une nuit à l’ombre du Crac des chevaliers, mais l’oblitération des bases militaires de Tartous ou Hmeimin : ce qui est en cours est pour une part la triste illustration de la perspicacité de Walter Benjamin, lorsqu’il écrivait en 1940, « Il n’est pas de témoignage de culture qui ne soit en même temps témoignage de barbarie » ; pour une autre part immédiatement prosaïque, la tentative par Bashar al-Assad de se repositionner en gardien des civilisations au dépit des centaines de milliers de Syriens condamnés à ne plus pouvoir fouler leur propre sol – nous, Syriens, interdits de séjour, nous, amis de la Syrie, nos proches décédés, nos correspondants disparus sous la torture.

Pour toutes ces raisons, SouriaHouria déplore, sans en être étonnée, que la première agence de voyages française à proposer ouvertement un séjour « touristique » en Syrie, soit, une agence dite « culturelle », Clio, qui se conforme dans son programme aux exigences du régime et à son escorte.

Nous ne sommes pas des « amoureux de l’Orient », et nous souhaitons dénoncer l’instrumentalisation du patrimoine syrien à des fins de réhabilitation et de négationnisme des destructions orchestrées par le régime et les forces en présence.

 

Sarah pour SouriaHouria



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